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Le réchauffement climatique pousse certains agriculteurs à se lancer dans la production de fruits exotiques dans le sud de la France. Ce marché de niche séduit notamment des producteurs dont les cultures ont énormément souffert de la sécheresse et des canicules.
Luc Chaillot - Aujourd'hui à 09:00 | mis à jour aujourd'hui à 09:45 - Temps de lecture :
« C’est le soleil des Antilles en Provence. » Depuis 2023, Isabelle Pertois a reconverti sa ferme bio d’Ollioules (Var) dans la culture de fruits exotiques pour s’adapter au réchauffement climatique. « Cette diversification est partie d’un constat que j’ai fait après les canicules de 2022. Dans mon champ en maraîchage, les tomates, les poivrons et les aubergines, tout avait brûlé. J’avais tout perdu », raconte l’agricultrice. Pour l’aider à rebondir, des amis lui suggèrent de se lancer dans une expérimentation plutôt audacieuse : planter des bananiers et des goyaviers. « Le résultat a été extraordinaire », explique Isabelle Pertois, qui a elle-même été surprise de voir des arbres tropicaux s’acclimater aussi bien sous nos latitudes.
En 2025, l’agricultrice varoise a récolté ses premiers régimes de bananes et ses premières papayes. Le domaine de l’Enregado, qui produit aussi des goyaves et des fruits de la passion, est en train de s’étendre sur trois hectares supplémentaires à La Seyne-sur-Mer (Var). Isabelle Pertois ne regrette pas d’avoir basculé 90 % de son exploitation en arboriculture tropicale. Les événements climatiques de cet été lui ont donné raison. « Les tomates que j’ai continué à cultiver en maraîchage classique n’ont pas résisté aux canicules. Les pieds ont brûlé », explique-t-elle. Les fruits tropicaux sont beaucoup plus économes en eau. « Un champ de bananiers a besoin de quatre fois moins d’eau qu’un champ de tomates et de salades. C’est une agriculture résiliente pour l’eau et le climat », constate l’arboricultrice.
Des bananes décarbonées plus chères
Reste l’obstacle du prix. « Nos bananes sont décarbonées mais elles coûtent deux à trois fois plus cher que celles importées de République dominicaine ou des Antilles », explique Isabelle Pertois. L’agricultrice travaille avec AgribioVar à la reconnaissance d’une appellation d’origine contrôlée pour la banane de Provence, un label qui permettrait de la valoriser. « L’agriculture doit se réinventer face au réchauffement climatique. Les gens doivent comprendre que la tomate l’été dans le Var ce n’est plus possible », souligne Isabelle Pertois.
La productrice de bananes et de papayes fait des émules. Une vingtaine d’agriculteurs du Var expérimentent à leur tour la production de fruits exotiques. Douze d’entre eux ont créé un Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) Diversification et adaptation au changement climatique. Certains essais portent sur le gingembre, l’avocat, la cacahuète ou le poivre. « On travaille sur la structuration de la filière et la commercialisation de la production », explique Lola Lerceteau, chargée de mission à AgribioVar. L’organisme réalise une étude auprès des consommateurs dans les magasins bio du Var. « Le but est de voir si les clients sont prêts à acheter des fruits exotiques bio et locaux », ajoute l’ingénieure agronome. Pour Lola Lerceteau, les premiers résultats sont encourageants. « On n’est pas sur des rendements industriels mais sur une diversification qui apporte de la plus-value aux autres cultures des producteurs », explique la chargée de mission d’AgribioVar.


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