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Populaire auprès des jeunes sur les réseaux sociaux, la thérapie par le rejet consiste à s’exposer délibérément à des refus pour vaincre ses peurs.
Si les adeptes y voient un outil de résilience efficace, les spécialistes de la santé mentale appellent à la prudence face à une pratique non encadrée.
En mai dernier, Fallon Waddell, une jeune femme de 20 ans, a choisi de lancer un message d'adieu amical aux passagers d'un autobus au moment de descendre. Face au silence complet des usagers, elle a quitté le véhicule animée d'un élan d'excitation.
Mon cœur battait si vite, je ne vais pas mentir. Mais en fait, c'était agréable. C'est sûr, ils n'ont pas répondu, mais il ne s'est rien passé de mal, a déclaré Waddell lors d'un entretien téléphonique, comparant cette sensation à une décharge d'adrénaline.
La vidéo de son expérience, publiée sur TikTok, s'inscrit dans une tendance lourde sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes s'essaient désormais à la thérapie par le rejet, une démarche d'auto-assistance où l'on provoque volontairement des situations de refus.
Pour Fallon Waddell, cette initiative faisait écho à une période de sa vie où elle recourait à des techniques d'exposition pour traiter des symptômes liés à un trouble obsessionnel-compulsif (TOC).
Inspiré par un jeu de cartes
La jeune femme explique que l'une de ses plus grandes craintes était de se ridiculiser. Elle avait notamment bravé cette peur à son entrée à l'université en demandant l'autorisation de venir en cours avec son animal de soutien, un poulet. Sa demande a été rejetée par l'établissement.
C'était juste quelque chose… que je devais faire pour surmonter ma peur de me ridiculiser, a confié Fallon Waddell.
Popularisée par le blogueur et conférencier Jia Jiang, la thérapie par le rejet vise à habituer les individus à ce sentiment d'inconfort afin de briser l'anxiété qui pousse à l'effacement. Cette mouvance s'inspire directement d'un jeu de cartes conçu par l'entrepreneur canadien Jason Comely. Le principe commande de piger une carte et de réaliser le défi d'exposition proposé, l'objectif étant de rechercher activement le rejet au quotidien plutôt que de chercher à l'éviter.
Selon Fallon Waddell, l'engouement de la jeunesse pour cette pratique s'explique par la volonté de surmonter l'anxiété pour s'ouvrir à de nouvelles opportunités, d'autant plus dans un contexte marqué par une épidémie de solitude où la peur d'aborder autrui reste vive.
J'ai entendu beaucoup de gens parler d'une épidémie de solitude. Beaucoup de personnes ont peur d'aborder les autres en public ou d'essayer de se faire de nouveaux amis, a souligné Waddell, précisant que la peur du rejet fait partie intégrante de ce problème.
Sur le plan clinique, cet exercice s'apparente à une déclinaison ludique de la thérapie par exposition, une composante de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) couramment utilisée pour traiter les troubles de l'humeur et de l'anxiété.
À ce sujet, un rapport de l'Université du Manitoba publié en 2022 révélait que ces troubles affectent plus d'un Manitobain sur cinq. Dans un cadre thérapeutique formel, l'exposition consiste à introduire très graduellement un patient dans des situations anxiogènes de faible intensité, sous la supervision d'un professionnel ou d'un accompagnateur.
Les risques pour la santé mentale
Bien que la thérapie cognitivo-comportementale présente des taux d'efficacité élevés, plusieurs professionnels mettent en garde contre une application autonome et arbitraire de ces principes.
Les gens peuvent être imprévisibles. Lorsque vous vous faites rejeter constamment sans aucun soutien en place, cela peut nuire à votre santé mentale, et même aggraver l'anxiété dans certains cas, a prévenu le Dr Jason Ediger, psychologue clinicien agréé à Winnipeg.
Un cumul de rejets sans encadrement adéquat peut ainsi altérer l'estime de soi à long terme. Les risques s'avèrent particulièrement prononcés chez les personnes neurodivergentes, sujettes à la dysphorie sensible au rejet (DSR), qui se traduit par une réaction émotionnelle d'une extrême intensité face à une critique ou un échec, qu'il soit réel ou simplement perçu.
Angela Taylor, thérapeute et fondatrice de l'organisation Supporting Community Together, précise que 99 % des personnes atteintes d'autisme ou de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) connaîtront la DSR.
Quand on a un neurotype sensible, le rejet peut donner l'impression qu'on est en train de mourir, a expliqué Angela Taylor, tout en nuançant son propos : Mais les gens qui pratiquent la thérapie par le rejet partent de belles intentions. Je suis fière de ces gens qui ont conscience de vouloir changer.
Malgré ces réserves, Fallon Waddell demeure convaincue des bienfaits de la méthode, invitant chacun à cibler ses blocages personnels pour les affronter délibérément.
Identifiez ce qui vous retient d'atteindre vos objectifs et faites quelque chose de délibéré pour y remédier. La pire chose qui puisse arriver, c'est qu'on vous dise non. En fin de compte, ce n'est pas si terrible, a-t-elle conclu.
Avec les informations de Mary Autumn Big George


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