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Avec plus d'un foyer sur deux en situation de surpeuplement et une liste d'attente de plusieurs centaines de personnes, le Nunavik fait face à un déficit chronique de logements, devenu un enjeu de santé publique pressant.
10 ans. C’est le temps qu’a attendu la jeune mère de famille Paasa Lemire sur une liste d’attente avant d’avoir accès à son appartement à Kuujjuaq.
Elle se dit heureuse et soulagée de pouvoir offrir un toit stable à ses enfants, après avoir cru être oubliée par le système.

Paasa Lemire a attendu 10 ans sur la liste de l'Office d'habitation du Nunavik avant qu'on lui attribue un logement.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Je me sens beaucoup plus légère! Mes enfants l’ont remarqué aussi. Je me sens enfin chez moi, explique Paasa Lemire, en se servant une tasse de café.
Elle a emménagé dans un logement social géré par l'Office d’habitation du Nunavik (OHN). C’est le cas de 98 % des résidents de la région. Le marché locatif privé est pratiquement inexistant, car il est totalement inabordable.
Auparavant logée par son ancien employeur, elle hésitait à quitter son emploi, par peur de se retrouver à la rue. Retourner chez ses parents, avec ses cinq frères et sœurs, dans un logement de trois chambres n’était pas une solution envisageable.
Dépendre de mon emploi pour me loger, avec mes enfants, c’était beaucoup sur mes épaules, souligne-t-elle.

Retourner vivre chez ses parents, avec ses deux enfants, aurait été difficile par manque d'espace. C'est un dilemme auquel font face de nombreux Nunavimmiut.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Tous n’ont toutefois pas eu la chance de Paasa Lemire. À l’heure actuelle, plus de 600 personnes sont sur la liste d’attente pour obtenir un logement de l'OHN.
Mais en comptant aussi les adultes non inscrits à la liste d’attente, qui habitent chez des proches, le déficit de logements dépasse les 1000 unités d’habitation.
Une pénurie qui exerce une pression énorme sur les familles, alors qu’elles doivent s’entasser dans des appartements souvent trop petits.

Les logements surpeuplés ont des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique des Nunavimmiut.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Dans les 14 villages du Nunavik, environ 52 % des logements sont considérés par l'OHN comme étant en déficit de pièces. Autrement dit, ils sont surpeuplés.
Ça engendre beaucoup de stress, des problèmes de sommeil, de l'anxiété, de la dépression. On constate même qu'il y a davantage de suicides dans ces milieux, souligne la directrice de Santé publique, la Dre Marie-Jo Ouimet.

De gauche à droite : l'adjointe à la direction de la Santé publique du Nunavik, Annie Kumarluk, et la Dre Marie-Jo Ouimet.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Le surpeuplement des logements favorise la transmission de la tuberculose. Cette maladie contagieuse et potentiellement mortelle atteint par ailleurs des niveaux records depuis les trois dernières années.
Des femmes prises au piège
Au-delà de la santé mentale et physique, ce manque d'espace nuit gravement à la sécurité des personnes les plus vulnérables, en particulier les femmes victimes de violence conjugale.
Elles finissent par rester dans un environnement ou une relation toxique. Où iront-elles une fois la porte franchie? Il n'y a nulle part où aller pour se protéger. L'impact de ça est déchirant, déplore Annie Kumarluk, adjointe à la direction de la Santé publique.

Annie Kumarluk espère que les instances gouvernementales vont se pencher sur cette question, en raison des conséquences dramatiques du manque de logements au Nunavik.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
L’organisation constate par ailleurs n’avoir que très peu de leviers pour faire changer les choses, à part celui de dénoncer cette situation, aux conséquences tragiques.
J'aimerais que tous les paliers de gouvernement s'entendent pour donner des logements en quantité suffisante et en qualité satisfaisante pour tous , dénonce la Dre Marie-Jo Ouimet.
À la recherche de solutions
Selon l’Office d’habitation du Nunavik, le manque de logements sociaux n’est pas nécéssairement dû à un manque de budget, mais plutôt à la saturation de la capacité de construction régionale.
On n'arrive pas à suivre le rythme. Même avec 60 logements neufs construits par an, on reste à peu près à 600 personnes en attente [...] ce chiffre-là ne bouge pas, explique le directeur général de l’OHN, Lupin Daigneault.

Lupin Daigneault est directeur général de l'OHN.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
La courte saison de construction estivale, combinée au fait que les matériaux doivent être livrés par navire, limite la capacité de construire au Nunavik.
La question de la main-d'œuvre, envoyée du sud de la province à fort prix, est aussi centrale dans la pénurie de logements, selon l’OHN.

La saison de construction s'arrête généralement en hiver, en raison des conditions météorologiques extrêmes de la région.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Il faut essayer de trouver une façon d'augmenter la quantité de maisons qui sont livrées au Nunavik. C'est là-dessus qu'il faut travailler, je pense, ajoute le directeur général.
Pour accélérer la cadence de construction, des entrepreneurs proposent de nouvelles méthodes.
C'est le cas de Willie Gadbois, copropriétaire de l'entreprise Nunavik Modulaire. Fabriqués sur la Rive-Sud de Montréal, ses modules sont acheminés par navire durant la saison estivale.

Les maisons modulaires nécessitent moins de main-d'oeuvre sur place, mais prennent beaucoup d'espace sur les navires de transport.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Ça prend à peu près deux à trois jours pour avoir une maison terminée, au lieu de bâtir sur place et que ça prenne six à huit mois, explique-t-il. Seuls quelques employés sont nécessaires sur place pour effectuer les branchements en plomberie et en électricité.
Son entreprise a livré une cinquantaine de modules cette année, principalement pour loger des travailleurs essentiels.

Willie Gadbois croit que la construction modulaire pourrait aider à améliorer le portrait de l'habitation au Nunavik.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
On pourrait rentrer dans le système aussi pour rajouter beaucoup plus de logements et aider à la demande dans le Nord, espère éventuellement Willie Gadbois.
Ces modules permettent pour le moment de loger des personnes seules ou en couple. Mais la demande demeure forte pour les unités unifamiliales, qui sont plus complexes et coûteuses à bâtir.
Si ces initiatives locales apportent une réponse partielle, la réduction du déficit de logements au Nunavik dépendra d'un soutien financier et politique accru.
Alors que la campagne électorale s'achève dans le Sud de la province, les attentes sont grandes face aux orientations du prochain gouvernement en matière d'habitation nordique.


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