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Photographies, archives, outils, sculptures et témoignages d’anciens graniteurs retracent des siècles d’exploitation du granit dans le Bocage, dans cette expo à Vire Normandie.
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Par Rédaction La Voix Le Bocage Publié le 3 juil. 2026 à 21h40
La Loure, Le Labomylette, l’Office de tourisme du Pays de Vire et la Ville de Vire Normandie, proposent l’exposition Granit – Mémoire de pierre pour faire revivre cette mémoire tout l’été à la Porte-Horloge.
Une pierre qui a façonné le Bocage
Pendant des siècles, le granit bleu de Vire a façonné le Bocage virois. Utilisée pour la construction, les travaux publics et les monuments funéraires, cette pierre a connu son âge d’or à la fin du XIXᵉ siècle, puis lors de la Reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Si l’activité s’est aujourd’hui fortement réduite face à la concurrence internationale, le granit reste un symbole de l’identité du Bocage virois.
« Particulièrement apprécié pour sa solidité et sa résistance aux intempéries, le granit bleu de Vire a été massivement utilisé pour les pavés, les bordures de trottoirs, les bâtiments publics et les églises », rappelle Yvon Davy, de l’association La Loure. « Très sollicité après 1945, il est devenu une véritable pierre du quotidien », ajoute Stéphane Janou, du Labomylette.

Plus d’une centaine de carrières
L’exploitation du granit constituait autrefois l’un des principaux moteurs économiques du Bocage virois. Selon le Parc-musée du Granit, plus d’une centaine de carrières étaient exploitées entre le XIXᵉ siècle et la première moitié du XXᵉ siècle autour de Saint-Michel-de-Montjoie, principal bassin granitier de la région. L’activité s’étendait également à Coulouvray-Boisbenâtre, Le Gast, Champ-du-Boult et à l’ensemble du territoire compris entre la haute vallée de la Sée et le sud du Bocage virois.
Les artisans réalisaient principalement des pavés et des bordures destinés à des villes comme Le Havre, Rouen ou Paris, tandis que les pierres de construction approvisionnaient les maçons de la région.
Cette activité a également attiré une importante main-d’œuvre étrangère. Dans les années 1930, de nombreux Italiens, Portugais et Espagnols sont venus travailler dans les carrières et les ateliers du Bocage virois.

Préserver la mémoire des graniteurs
L’exposition est le fruit d’une vaste enquête de terrain menée depuis plusieurs années. À la collecte de témoignages conduite par Yvon Davy s’ajoute le travail photographique de Stéphane Janou, qui documente depuis près de vingt-cinq ans les carriers, les tailleurs de pierre et les paysages marqués par cette activité. Ses photographies côtoient des archives, des objets et des outils qui témoignent des savoir-faire des graniteurs.
Tous les entretiens réalisés seront versés aux Archives départementales du Calvados et de la Manche afin de constituer une mémoire orale des travailleurs du granit.
Commencée en 2023, la collecte se poursuit aujourd’hui. Certains témoignages permettent même de remonter jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle grâce aux souvenirs transmis de génération en génération.

« On a quand même souffert »
Parmi les témoins figure Émile Germain, habitant de Saint-Michel-de-Montjoie. Ancien contremaître de l’entreprise David, spécialisée dans la taille et le façonnage de la pierre, il est issu d’une famille de graniteurs. « Depuis l’âge de 14 ans, et même avant en donnant un coup de main à mon père. Dès 11 ou 12 ans, on allait tourner la forge à la carrière Pedretti », raconte-t-il. Au-delà du métier, il évoque aussi les conditions de vie des familles. « Étant enfant, on a quand même souffert. Il fallait aller au boulot. Mes parents avaient une petite ferme, comme beaucoup de graniteurs. Il fallait couper le bois, faire les foins… On n’a pas eu une enfance de tout repos. Je n’ai jamais voulu que mon fils reprenne la suite. »
À travers ces récits, l’exposition redonne une voix à celles et ceux qui ont extrait, taillé et façonné une pierre devenue un symbole du Bocage virois. Une mémoire ouvrière que les organisateurs entendent préserver et transmettre aux générations futures.
Jusqu’au samedi 29 août, exposition Granit – Mémoire de pierre, à la Porte-Horloge à Vire Normandie. Du mardi au jeudi de 14 h à 18 h. Vendredi et samedi matin de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Gratuit.
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