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Une affaire turque met en scène le parcours fatal d’un avocat d’origine turque pris entre ascension sociale, fidélité familiale et pressions communautaires. Un thriller à thèse dont les ambiguïtés idéologiques sont peut-être plus intéressantes que le discours affiché. En salles le 12 août.

Mustafa Duman, jeune Turc naturalisé français, a changé son prénom en Mathieu – ça sonne mieux sur un CV, croit-il. Avocat d’affaires propre sur lui, belle présentation, jolie frimousse (dans le rôle, Lionel Erdogan, bon acteur assidu des séries, cf. Marseille, avec Depardieu, ou La Révolution, toutes deux sur Netflix), ce transfuge de classe entretient des relations tendues avec son austère géniteur mahométan : l’ambitieux rejeton, cintré dans son costume, n’observe pas le ramadan, déserte la mosquée, bref, ne fait pas franchement communauté avec son modeste milieu musulman d’origine, même si sa maman l’adore – toutes pareilles. Mathieu s’est donné une sorte de père de substitution en la personne de Claude (joué par un Charles Berling chenu et inhabituellement chevelu – l’acteur est par ailleurs producteur du présent film), patron du gros cabinet de conseil qui l’emploie. Claude est même en passe de propulser comme associé son protégé si prometteur.
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Or voilà que la sœur du grand frère qui a le bras long demande à Mathieu un petit service : défendre un « cousin », le jeune Abdullah (Metehan Aygün), chauffeur de taxi de son état, en situation précaire (pas de licence, et indûment exploité par la compagnie G7, bien sûr), dont l’éducation a été régentée par son père, qui est imam. Car le candide garçon s’est fait agresser par un méchant client raciste : œil au beurre noir, emploi perdu, etc. Abdullah a décidé de porter plainte. Mais, évidemment impécunieux, il n’a pas de quoi s’offrir un défenseur, et puis il n’y connaît rien. Quoique pas du tout versé dans le pénal, Mathieu, bonne âme, après s’être un peu fait prier, accepte à contrecœur de sacrifier son temps précieux (suractif, il passe sa vie au volant de sa voiture, en perpétuel déplacement, rivé à son smartphone) pour la bonne cause : la famille, c’est sacré, non ? Or il s’avère que le coupable s’appelle « Geoffroy Muller », et que c’est le neveu de « Foucart, vous savez, le parlementaire européen » : intouchable ! Sale histoire.
Les bonnes intentions de Mathieu
Animé des meilleures intentions, Mathieu prend le risque de sortir des rails de la légalité pour enterrer le problème, par un « arrangement » en cash au profit d’Abdallah, une fois effacée la vidéo incriminant l’agresseur. Mais le gus complique tout : il refuse le pognon, tient absolument à maintenir sa plainte, quitte à passer, pour assurer sa défense, par une association dont on apprend au passage qu’elle est « très politique, très à gauche, très “droit des femmes” » [sic]. Bref, cette sombre « affaire turque » – c’est le titre du film – commence à sentir le roussi pour Mathieu, qui trouve bientôt face à lui Faïza Bensedek (campée par Lubna Azabal), une avocate roublarde, militante très « communautariste ». Comme, dans les hautes sphères, circulent de dangereuses rumeurs sur le deal clandestin conclu par Mathieu avec le plus gros client du cabinet de Claude, Faïza, la consœur retorse – entre confrères, on se tutoie –, lui met en balance la captation dudit client, ou bien… le déballage public du pacte de corruption. Ce, tandis que le fisc commence à enquêter.
Mathieu (Lionel Erdogan) et Abdallah (Metehan Aygün) dans « Une affaire turque ». © Les films du clanRésultat : Mathieu, par ailleurs piégé par trois « barbus » ottomans aux faciès de sicaires qui, au terme d’une balade forcée à bord d’une berline, l’abandonnent en sang sur le bas-côté après l’avoir roué de coups (façon manifestement en usage pour lui faire payer sa supposée « trahison » de la communauté), se voit inexorablement proscrit par Claude, son mentor : « Ton portefeuille client, ça n’a pas de prix ! Je ne veux plus entendre parler de toi. »
Claude (Charles Berling) et Mathieu (Lionel Erdogan) dans « Une affaire turque ». © Les films du clanUne leçon de communautarisme
La tragédie s’invite au dénouement d’Une affaire turque, premier long métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy, 38 ans, né en Turquie de parents émigrés en France alors qu’il était enfant. Autant dire que le cinéaste est hanté, de façon toute personnelle, par la question de ce qu’il est convenu d’appeler la double culture. Efficacement scénarisé par Ludovic de Clary, quoique au prix d’invraisemblances factuelles assez grossières, ce film-dossier costumé en thriller est surtout désagréablement investi de forts présupposés sociétaux, dont les apparentes intentions iréniques finissent par se retourner contre son propos assumé.
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De fait, si sa conclusion sonne comme une charge contre le népotisme, la corruption délétère des pouvoirs publics, les machinations de l’instance judiciaire, etc. – puisqu’il s’agira, in fine, de sauver à n’importe quel prix l’honneur du Parlement européen ! –, Une affaire turque brosse, comme à son corps défendant, une peinture plutôt effarante de l’imperium communautaire. Au point que, face à cette petite sœur tellement sûre de son bon droit dans la logique communautariste qui lui tient lieu d’outillage mental, Mathieu, à raison, rétorquera : « Si la famille d’Abdullah était arabe, est-ce que tu l’aurais aidée ? Non, parce que t’es une putain de raciste… »
Et le spectateur, au rebours du discours de façade qu’on serait tenté de prêter au film dans un parfait contresens, de vouer son plein d’empathie, justement, à Mathieu, l’avocat bien intégré, mais piégé par ses bonnes intentions dans une fuite en avant fatale. Et, a contrario, nullement à cette engeance bornée, recluse dans ses traditions communautaires, confite dans ses rites confessionnels exogènes.
Non, la France n’est pas une turquerie : voilà qui paraît être la vraie leçon (masquée) d’Une affaire turque.
Une affaire turque. Film de Hüseyin Aydin Gürsoy. Avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Lubna Azabal. Durée : 1 h 32. En salles le 12 août 2026.
L’article Une turquerie française ? est apparu en premier sur Causeur.


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