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Si le Soleil est scruté en permanence par toute une armada de satellites et de télescopes, certains phénomènes qui s’y déroulent restent encore mal évalués. Une tempête solaire passée longtemps inaperçue laisse ainsi penser que nos défenses ne sont pas adaptées face à ces secousses.
Le 19 décembre 2024 aurait dû être une journée ordinaire pour la sonde Europa Clipper. Lancée deux mois auparavant en direction des lunes de Jupiter, elle était tranquillement en train de vérifier si tous ses instruments fonctionnaient convenablement avant d’arriver à destination.
C’est là que son détecteur de plasma baptisé PIMS (Plasma Instrument for Magnetic Sounding) a relevé un signal inattendu : une forte quantité de plasma passait à proximité. Soit il s’agissait d’une tempête solaire, soit d’un défaut de l’instrument qui mesurait l’activité de l’appareil lui-même.
Remonter dans le temps avec des satellites
Dans une étude publiée fin août dans la revue Science Advances et notée par le média Gizmodo, une équipe de chercheurs revient sur l’enquête qui a mené à la découverte d’un phénomène solaire passé inaperçu partout ailleurs, et qui serait certainement resté invisible.
Le signal détecté par la sonde alors qu’elle se dirigeait vers Mars, à plus de 27 millions de kilomètres de la Terre, correspondait à une éjection de masse coronale, une grosse explosion de plasma. Ce type d’événement est scruté de près sur Terre puisqu’il peut entraîner des tempêtes géomagnétiques et perturber l’activité des satellites, comme les ondes radio. À cela s’ajoutent les risques pour les astronautes en orbite, moins protégés des radiations que dans l’atmosphère terrestre.

Les chercheurs ont donc dû remonter le temps pour savoir d’où était venue cette éjection et retracer tout son parcours. Un sacré travail, car cela a nécessité l’aide de 17 satellites, répartis aussi bien en orbite terrestre que se situant au-delà. Parmi eux, le satellite SOHO dédié à l’observation du Soleil, mais aussi BepiColombo qui se dirige vers Mercure ou encore Maven qui était en orbite autour de Mars.
Ces multiples points de vue ont permis de dessiner la silhouette générale de cette éruption. Une forme atypique qui explique pourquoi elle aurait pu passer complètement inaperçue depuis la Terre.
Pas de dégât, mais…
En effet, l’éjection s’est propagée dans plusieurs directions à la fois, et si on l’avait observée depuis la Terre, on aurait pu noter que la plus grande partie est partie vers le sud, sans se diriger vers nous. Cela aurait ainsi expliqué l’absence de la moindre alerte. Mais la détection par Europa Clipper a mis en lumière une autre partie de l’éjection qui, elle, est bien venue vers la Terre, et qui est même allée jusqu’à Mars.
Bonne nouvelle, cependant. Bien qu’elle soit passée inaperçue, l’éjection de masse coronale n’a provoqué aucun dégât, ni sur Europa Clipper, ni sur les autres satellites. La mauvaise, c’est qu’elle aurait pu être dangereuse si des astronautes avaient été en partance vers Mars, là où se trouvait la sonde. Les radiations peuvent avoir de graves conséquences sur l’organisme des humains, sans protection adéquate.

Cette étude montre à quel point l’activité solaire peut encore nous échapper, malgré les très nombreuses données disponibles. Ici, il a fallu tout un réseau de satellites dispersés à travers le Système solaire pour bien distinguer le phénomène. Il reste à savoir si ce type d’éjection de masse coronale était exceptionnel, ou s’il en existe d’autres semblables qui, eux aussi, arrivent à passer sous les radars.
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