À plus de trois kilomètres sous la glace de l’Antarctique oriental, une équipe internationale vient de cartographier une structure géologique gigantesque restée invisible jusqu’ici. En forme d’éventail à l’échelle continentale, elle regroupe certains des bassins sous-glaciaires les plus connus de la planète. Sa découverte bouleverse la compréhension de l’histoire tectonique de la Terre — et soulève des questions inattendues sur la stabilité de la calotte glaciaire.
Ce que vous allez apprendre
- Ce qu’est la Province des bassins en forme d’éventail et pourquoi personne ne l’avait identifiée avant
- Comment ce géant géologique s’est formé il y a des millions d’années sous le supercontinent Gondwana
- Pourquoi cette structure enfouie pourrait influencer la stabilité de la calotte glaciaire antarctique aujourd’hui
Trois kilomètres de glace cachaient un géant géologique
L’Antarctique oriental est recouvert d’une calotte glaciaire parmi les plus épaisses de la planète. Par endroits, la glace dépasse trois kilomètres d’épaisseur — suffisamment pour dissimuler pendant des décennies une structure géologique d’une ampleur exceptionnelle.
C’est précisément ce que vient de révéler une équipe internationale de chercheurs, dont des géographes de l’Université de Cambridge. Leurs travaux, publiés dans Nature Geoscience, décrivent un système de bassins sous-glaciaires interconnectés formant ensemble une structure en éventail à l’échelle continentale.
Des bassins connus depuis longtemps, mais jamais reliés entre eux
Certains éléments de cette structure étaient déjà connus des scientifiques. Le bassin de Wilkes, le bassin d’Aurora, le lac Vostok — le plus grand lac sous-glaciaire identifié sur Terre — avaient chacun fait l’objet d’études individuelles.
Ce qui n’avait jamais été reconnu, c’est leur appartenance à une seule et même entité géologique cohérente. L’équipe a désormais baptisé cet ensemble la Province des bassins en forme d’éventail de l’Antarctique oriental, et il pourrait constituer l’un des plus grands exemples d’extension rotationnelle jamais documentés dans la croûte continentale.
Crédit : Nature Geoscience (2026).Une croûte qui s’est étalée comme une main ouverte
Le mécanisme à l’origine de cette structure porte un nom : l’extension rotationnelle distribuée. Concrètement, la croûte continentale s’est progressivement étalée à partir d’un point central, à la manière d’une main dont on écarte les doigts.
Les espaces qui se forment entre ces doigts imaginaires correspondent aux bassins triangulaires observés dans la structure. Le point fixe, lui, correspond à la base du pouce — un ancrage géologique autour duquel tout le reste s’est déployé sur des millions d’années.
Un héritage du supercontinent Gondwana
L’origine de cette structure remonte aux grandes fragmentations tectoniques qui ont redessiné la surface de la Terre. Les chercheurs estiment qu’elle s’est développée à travers plusieurs phases liées à l’évolution du Gondwana — ce supercontinent qui regroupait l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Inde, l’Australie et l’Antarctique — et à sa dislocation progressive.
Cette structure pourrait même avoir joué un rôle actif dans la séparation de l’Antarctique et de l’Australie. Une influence tectonique majeure que personne n’avait jusqu’ici reliée à ces bassins.
La topographie rebondissante : un outil clé pour percer le mystère
Pour analyser cette structure sans retirer la glace — ce qui est évidemment impossible — les chercheurs ont eu recours à une technique ingénieuse. Le Dr Guy Paxman a calculé quelle serait l’altitude du sol antarctique si toute la glace venait à disparaître, en tenant compte du rebond isostatique que provoquerait ce délestage.
Sans le poids de la calotte, le terrain pourrait remonter jusqu’à un kilomètre. Cette topographie rebondissante a ensuite été croisée avec des données gravimétriques, magnétiques, sismiques et des modèles lithosphériques pour reconstituer la géométrie réelle de la structure.
Un enjeu climatique concret
Cette découverte dépasse le seul intérêt géologique. La forme du socle rocheux sous la glace détermine en partie comment cette glace s’écoule, où se forment les lacs sous-glaciaires et quelles zones sont les plus vulnérables au réchauffement climatique.
Certaines parties de la calotte antarctique orientale, situées précisément au-dessus de ces bassins, pourraient se révéler plus sensibles à la déstabilisation que les modèles actuels ne le prévoient. Une donnée qui intéresse directement les projections sur l’élévation du niveau des mers.


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