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Quand on parle d'ouverture tardive aux restaurateurs, on entend de tout. Mais surtout que ce n'est pas assez rentable. Certaines personnes parlent même du temps "béni" du travail au noir généralisé, où "un extra appelé en renfort en dernière minute ne coûte pas un bras".
Pour Matthieu Léonard, président de la Fédération Horeca Bruxelles (renommée Horeca Brussels), ce discours est à exclure totalement.
"Pas de recours au travail au noir. On ne soutient "ab-so-lu-ment" pas, c'est de la concurrence déloyale. On ne fraude pas", assène-t-il d'entrée, un brin hérissé par cette idée. "On n'est pas plus catholique que le pape mais ce n'est clairement pas un discours à véhiculer. Il y a suffisamment de mesures fiscales qui existent et on continue de travailler dessus pour qu'elles soient maintenues, voire augmentées afin d'éviter tout le travail illégal", indique-t-il.
"Si on vend trois bières, un café et une menthe à l'eau entre 22 h 30 et minuit, ça ne sert à rien."
Parmi les mesures, il espère que les heures supplémentaires défiscalisées passent de 360 à 450 heures par an. Une mesure dont seul l'Horeca bénéficie. "C'est attendu pour le 1er juillet", précise-t-il.
Le secteur espère aussi pouvoir augmenter la quantité de "flexijobs", avec un plafond passant de 12 000 euros maximum par an à 18 000 euros pour le travailleur, qui travaille en complément d'un autre job. Précisons que le flexijob coûte moins cher aux patrons de restaurants (28 % moins de charges ONSS) mais peut provoquer une forme de concurrence sur le reste des employés.
"Passé une certaine heure, la rentabilité décline fortement" : la fin d'une époque dans les restaurants ?"On lutte contre le fléau du noir et il faut continuer à le faire, sinon on ne sera jamais pris au sérieux par le politique. On ne soutiendra jamais de tels propos", insiste Matthieu Léonard, pour défendre une diminution de la charge fiscale du travail.
Les "2 services", la solution ultime ?
Sur la question des ouvertures en soirée, le président de la fédération estime que les mœurs ont changé.
"Ces horaires permettent une meilleure qualité de vie pour les restaurateurs. Ils ne sont plus corvéables à merci. Tenir une cuisine ouverte jusqu'à 23 heures, c'est partir après minuit. Les clients ne se rendent pas compte du travail. Alors que le prix de l'énergie et des marchandises augmente. Et le personnel reste ce qui coûte le plus cher. C'est la première cause du manque de rentabilité en soirée. Si on vend trois bières, un café et une menthe à l'eau entre 22 h 30 et minuit, ça ne sert à rien. C'est triste mais ce n'est pas possible", lance-t-il, estimant le coût d'une seule personne à minimum 35 euros par heure.
"Ne pas proposer de double service aujourd'hui, c'est presque se tirer une balle dans le pied."
"Fermer un samedi pour un restaurant, ça reste un sacrifice financier, idem pour le dimanche. Il faut soupeser la décision, entre demandes du personnel et rentabilité. Mais les restaurants peuvent s'en sortir, ils peuvent créer de l'attractivité aussi en n'ouvrant pas 7 jours sur 7. C'est la loi de l'offre et de la demande. Mais, clairement, fermer un jour de week-end, c'est s'asseoir sur un manque à gagner", poursuit-il.
Les restaurants ont tendance à fermer de plus en plus tôt en Belgique. ©Jean Luc FlemalParfois, des clients critiquent les restaurants qui proposent uniquement deux services puis ferment boutique. Du type premier service à 19 heures jusqu'à 20 h 30 et deuxième de 20 h 30 à 22 heures.
Pour Matthieu Léonard, c'est pourtant l'une des meilleures options pour les restaurants traditionnels, qui n'ont pas spécialement de forte demande tardive le soir, comme pour les snacks.
La guerre entre brasseurs et Horeca bientôt résolue ? "Je paie 9000 euros de loyer par mois ! C'est ça, pas cher ?""Je pense que c'est une opportunité pour tout le monde. Laisser 1 h 30 aux consommateurs, c'est un peu 'scherp' ('limite', NdlR). Mais 2 heures, ce n'est pas abuser. Ne pas proposer de double service aujourd'hui, c'est presque se tirer une balle dans le pied. Et ça convient à toute une série de clients. Ça s'est répandu dans le monde anglo-saxon d'ailleurs", lance-t-il. "Et pensez au personnel. Ça resserre les heures de travail, ils savent clairement quand ils vont travailler et peuvent partir un peu moins tard. La poste ouvre bien de 9 heures à 17 heures… Si cela ne convient pas aux clients, ils peuvent aller ailleurs. Les clients oublient parfois la qualité de vie des travailleurs. Et c'est sans parler du no-show. Environ 10 % des réservations ne sont pas respectées. C'est un manque de politesse de ne pas prévenir. On peut nous reprocher tout ce qu'on veut, de paraître vénal, mais on est là pour gagner notre vie aussi. Il faut rester décent", lance le président de la fédération bruxelloise.
Trop d'aides et pas assez d'emplois ?
Quand on parle Horeca, on entend souvent "aides". Particulièrement pendant le Covid, alors que les établissements ont dû tout simplement fermer boutique, à l'exception de ceux qui pouvaient faire des livraisons (à condition d'en vivre).
Mais les restaurateurs ont-ils touché trop d'aides ? Difficile à dire, les aides variant fortement entre régions et établissements. Mais pour Matthieu Léonard, c'est non.
"Payer la bière 8 euros en sortie de brasserie, c'est devenu un non-sens""Je trouve ça d'une démagogie et d'un populisme sans nom. Si les gens se rendaient compte de ce qu'on a vécu pendant qu'ils télétravaillaient… Les Flamands ont été les plus aidés, les Wallons un peu moins et à Bruxelles encore moins. Les gens qui pensent qu'on a été arrosés de pognon oublient que c'était ça ou la faillite, avec tous les emplois que cela représente", estime-t-il. S'il reconnaît avoir, par exemple, bénéficié de 28 000 euros d'aide pour un établissement, il rappelle que le loyer pour ce même établissement, fermé, était de 3 500 euros par mois. "C'est de l'argent du contribuable. Mais sans ces aides, c'était 3 000 restaurants supplémentaires en faillite. Regardez My Tannour. Malgré le succès, il paie encore les dettes du Covid et est encore en PRJ (procédure de réorganisation judiciaire, NdlR). Ça a été une crise très compliquée", fustige le président de la fédération.
Voici les restaurants où il est possible de manger après 22 heures à Bruxelles"Certains restaurateurs vivent très bien, sont pleins de cash, mais tous ne sont pas dans cette situation. Ce sont une poignée de gens qui ont beaucoup de succès mais tout le secteur ne doit pas être réduit à ce cliché", nous glisse un autre professionnel du secteur.
Les exclus du chômage, une occasion pour le secteur ?
L'emploi dans l'Horeca est resté stable ces dix dernières années, malgré la chute pendant le Covid. Cela représente environ 27 000 emplois à Bruxelles, et environ 120 000 dans tout le pays. Mais sur vingt ans, il est plutôt en baisse (environ 145 000 postes en 2004). Mais les exclus du chômage pourraient faire gonfler les rangs en cuisine et en salle.
"On n'a pas envie d'être des pigeons": la tension, révélatrice pour l'Horeca, entre Bruxellois et touristes aux abords du piétonnier"Le gouvernement bruxellois vise un taux d'emploi de 70 %, contre 65 % actuellement. Et il y a 98 000 demandeurs d'emploi. On se réjouit de voir que le nouveau ministre de l'Économie, Laurent Hublet (Les Engagés), en fait une priorité, avec la construction", affirme le président de la fédération Horeca Bruxelles.
"La vague d'exclus du chômage de plus de dix ans se fait sentir. Ils sont plus délicats à mettre au travail mais celle des exclus du chômage pour des durées moins longues va provoquer de l'offre de main-d'œuvre. Il faut récupérer ces demandeurs d'emploi, les former et leur trouver une place sur le marché. C'est une bonne chose de les accompagner vers ces métiers, alors que l'Horeca recherche justement", termine-t-il.
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