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Une prolongation des heures de cours qui dérange dans deux cégeps

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Si Québec voit dans la décision de deux cégeps de prolonger leurs heures de cours en soirée, l’automne prochain, « une solution tout à fait réaliste » pour répondre à la croissance de la population étudiante et au manque de locaux disponibles, enseignants et étudiants se mobilisent pour dénoncer cette décision. Celle-ci nuira à la réussite éducative et à la conciliation travail-famille de plusieurs, appréhendent-ils.

Une grève étudiante a d’ailleurs eu lieu lundi au Cégep Gérald-Godin pour dénoncer la décision de l’établissement d’implanter des cours en soirée à la prochaine rentrée. Il est prévu pour l’instant que cette mesure ne s’appliquera qu’à entre 28 et 60 étudiants sur les plus de 1400 que compte le cégep. Cette décision vise à pallier le manque d’espace dans les laboratoires du programme Sciences de la nature, où sont donnés de nombreux cours.

Les étudiants concernés par ce changement devront donc, jusqu’à deux soirs par semaine, suivre des cours se terminant à 20 h, plutôt qu’à 18 h comme c’est le cas actuellement.

« On voit que les administrations sont à court d’argent », donc les cégeps « se tournent vers des méthodes non financières, dont l’augmentation des heures de cours », pour pallier le manque de locaux disponibles entre leurs murs, relève la vice-présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Clémentine Bergeron-Isabelle. Une décision qui représentera « un frein » dans la capacité d’étudiants à occuper un travail pendant leurs études, au moment où nombre d’entre eux vivent dans la « précarité », craint-elle.

« Ce n’est pas une mesure qui favorise la réussite », puisque les étudiants qui suivront des cours après 18 h, en plus d’être moins attentifs, auront accès à moins d’installations, comme la bibliothèque du collège, celle-ci étant fermée en soirée, déplore pour sa part le président de la Fédération de l’enseignement collégial, Youri Blanchet. La tenue de cours le soir pourrait aussi nuire à la conciliation travail-famille de plusieurs enseignants et étudiants, note-t-il.

« Bien entendu, ce n’est pas une décision qu’on prend de gaieté de cœur », relève pour sa part le responsable des communications du cégep montréalais, Pascal Turcotte. Cependant, devant l’absence de financement fourni par Québec pour permettre à l’établissement d’aménager un pavillon des sciences, réclamé par le cégep depuis plusieurs années, celui-ci n’avait d’autre possibilité que d’opter pour une prolongation de son cadre horaire, souligne-t-il.

Un effet « boule de neige »

Le cas de Gérald-Godin n’est d’ailleurs pas unique. En février, le Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu avait déjà annoncé qu’il prolongerait son cadre horaire jusqu’à 20 h, du lundi au mercredi, à partir de la session de l’automne prochain. Actuellement, les cours se terminent à 18 h, peu importe le jour de la semaine.

Une décision qui vise à « maintenir l’accessibilité aux études collégiales » tout en répondant à « la croissance de la population étudiante dans le cadre du déficit d’espaces », indique la directrice des communications de l’établissement, Nadine Sabongui, dans un courriel au Devoir. Sans l’ajout de ces six heures de cours en soirée sur une base hebdomadaire, « près de 350 étudiantes et étudiants admissibles n’auraient pas pu poursuivre leur parcours et entreprendre des études supérieures dans leur région », ajoute-t-elle.

Le cégep assure que ce ne sont pas tous les étudiants qui se verront touchés par cette décision et que ceux qui le seront n’auront qu’un soir de cours par semaine, à moins d’en faire la demande.

Tout de même, l’inquiétude est palpable du côté des étudiants du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, qui ont voté pour une grève contre l’élargissement du cadre horaire jusqu’à 20 h. Celle-ci aura lieu jeudi, de 8 h à 16 h.

Quelque 120 enseignants de ce cégep ont pour leur part signé une lettre ouverte, acheminée au Devoir, dans laquelle ils soutiennent qu’enseigner le soir « n’est pas la solution » à la hausse de la fréquentation étudiante, qui engendre une « pénurie d’espace dans les bâtiments vétustes déjà occupés à pleine capacité » du réseau collégial québécois.

Dans un sondage interne mené auprès des 45 syndicats membres du réseau collégial de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), 11 d’entre eux ont affirmé que des cours du soir étaient déjà offerts entre les murs de leur cégep, tandis que 18 ont évoqué un manque d’espace dans leur établissement.

Or, « ce manque d’espace était prévisible », souligne le vice-président responsable du regroupement cégep à la FNEEQ, Yves de Repentigny. « Si les cégeps étaient mieux financés, on n’en serait pas là », lance-t-il, tandis que la Fédération des cégeps presse elle aussi Québec d’accélérer « ses investissements en infrastructures » dans le réseau.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, estime pour sa part que la décision de cégeps d’avoir recours à des cours de soir pour « augmenter leur capacité d’accueil » représente « une solution tout à fait réaliste à court terme », le temps que les « investissements historiques de 3,5 milliards » prévus pour les 10 prochaines années dans le réseau collégial portent leurs fruits.

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