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La commune va se doter d'un réseau de chaleur alimenté à 100 % par les calories de sa station d'épuration, pour chauffer plusieurs bâtiments dont la piscine et les collèges.
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Par Olivier Bacquet Publié le 25 sept. 2026 à 18h20
Et si les eaux usées devenaient une source de chaleur ? À Flixecourt (Somme), ce qui n’était jusqu’ici qu’une énergie perdue pourrait bientôt servir à chauffer une partie des équipements publics et privés de la commune.
La station d’épuration rejette en effet des eaux traitées dont la température oscille, selon les saisons, entre 14 et 22 °C. Des calories aujourd’hui tout simplement perdues dans la nature.
C’est ce qu’on appelle une chaleur fatale : des calories qui ne sont pas exploitées.
C’est ce syndicat intercommunal, (ex-FDE) qui porte ce projet de réseau de chaleur pour la commune de Flixecourt.
Le principe est relativement simple : une pompe à chaleur récupérera les calories contenues dans les eaux traitées pour chauffer l’eau du futur réseau jusqu’à environ 80 °C. Cette eau chaude circulera ensuite dans près de deux kilomètres de canalisations pour alimenter plusieurs bâtiments.
Le projet en 5 chiffres
2,5 M€ : le coût de l'investissement.
2 km : la longueur du futur réseau.
2 GWh : la production prévue dans un premier temps.
15 à 20 % : les économies attendues pour les abonnés.
2029 : l'année prévue de mise en service.
Une configuration particulièrement favorable
La récupération de chaleur sur une station d’épuration n’est pas une première. Mais le projet flixecourtois présente une particularité : le futur réseau sera alimenté à 100 % par cette chaleur fatale.
À Amiens, un dispositif comparable existe déjà, mais il repose sur un mix énergétique intégrant notamment la biomasse et les anas de lin.
À Flixecourt, le projet serait donc une première dans la Somme : une commune disposant d’un réseau de chaleur reposant entièrement sur les calories de sa station d’épuration.
La situation est exceptionnelle à Flixecourt. La station d’épuration est située à proximité d’un ensemble de bâtiments tertiaires. Il y a à la fois la proximité et la densité des besoins thermiques, ce qu’on retrouve dans peu d’autres communes.
Comment ça marche ?
1. Les eaux traitées sortent de la station d'épuration entre 14 et 22 °C.
2. Une pompe à chaleur récupère l'énergie contenue dans ces eaux, aujourd'hui perdue.
3. Les calories récupérées permettent de chauffer l'eau du réseau jusqu'à environ 80 °C.
4. L'eau chaude est transportée dans un réseau de 2 km.
5. Les bâtiments raccordés sont chauffés grâce à cette chaleur.
400 tonnes de CO2 économisés chaque année
À Albert ou à Doullens, l’hypothèse avait également été étudiée, mais elle a finalement été écartée, les stations d’épuration étant trop éloignées des bâtiments susceptibles d’être raccordés.
À Flixecourt, le futur réseau pourra desservir le centre aquatique, la patinoire, le complexe sportif, le Chiffon Rouge, mais aussi la cité scolaire Manessier ainsi que l’école et le collège privés. Des discussions sont également engagées avec le Château de Flixecourt, devenu lieu de réception rue de Bourdon.
Pour le maire Patrick Gaillard, le projet répond à un double enjeu
Bien sûr, il y a des économies à attendre. Mais il y a aussi l’enjeu environnemental. C’est une énergie propre et innovante, avec moins de rejet de CO2.
Quelles économies pour la commune ?
C'est l'un des arguments importants du projet : au-delà de son intérêt environnemental, le futur réseau doit permettre aux bâtiments raccordés de réduire leur facture énergétique : entre 15 et 20 % d'économies dès la première année.
Pour la commune de Flixecourt, cela concernera le Chiffon Rouge, le complexe sportif et les deux écoles (Prévert et Malot), aujourd'hui chauffés avec des énergies conventionnelles, et dont la consommation totale dépasse les 80 000 € par an.
Le montant exact des économies dépendra toutefois de l'évolution des prix de l'énergie et de la consommation. C'est pourquoi la commune préfère rester prudente sur le montant annuel qui pourra être dégagé.
« Les économies réalisées devraient nous donner de nouvelles marges de manœuvre, explique le maire Patrick Gaillard. Attendons de voir concrètement combien nous économiserons, mais cela pourrait permettre de faire des améliorations dans les écoles... »
Selon les premières estimations, le réseau devrait permettre d’éviter l’émission d’environ 400 tonnes de CO2 chaque année. Soit environ 400 cols aller-retour Paris-New York, ou 2,2 millions de kilomètres en voiture thermique.
Le projet n’est pas nouveau. Les premières études ont été lancées en 2023. Plusieurs solutions énergétiques avaient alors été examinées, notamment le bois, les anas de lin ou encore les déchets agricoles.
Un projet étudié depuis 2023
L’étude de faisabilité est désormais terminée. Le projet représente un investissement estimé à 2,5 millions d’euros, dont environ la moitié devrait être couverte par des subventions, notamment de l’ADEME et du FEDER. Le solde sera porté par Territoire d’Énergie 80, grâce à ses fonds propres et à l’emprunt.
Les futurs abonnés – commune, communauté de communes, Département, Région et établissement privé – ne devraient donc pas supporter directement le coût du raccordement.
Pourquoi les habitants n'en profiteront-ils pas ?
La station d'épuration produit suffisamment de chaleur pour alimenter bien plus que les bâtiments visés. Pourquoi, alors, ne pas en profiter pour chauffer directement les maisons des Flixecourtois ?
« Techniquement, ce serait possible, mais le coût du raccordement serait trop élevé pour que les habitants s'y retrouvent financièrement. Les conditions ne sont aujourd'hui pas réunies pour que ce soit rentable », explique Théo Klaus, chargé de piloter ce projet pour Territoire d'Énergie 80.
Un réseau de chaleur fonctionne d'autant mieux lorsque de nombreux bâtiments ayant des besoins thermiques importants sont sont regroupés sur un périmètre relativement restreint, comme c'est le cas à Flixecourt (la piscine, le complexe sportif...). Raccorder des logements individuels nécessiterait de multiplier les branchements et d'allonger le réseau, avec des investissements supplémentaires.
Le réseau reste volontairement de taille modeste : environ 2 km de canalisations pour une production de 2 GWh de chaleur. « Cela représente à peine 50 % de la capacité de la station d’épuration, qui pourrait produire 4 à 5 GWh », souligne Théo Klaus.
Le potentiel laisse donc entrevoir de possibles extensions. La zone d’activité de Flixecourt pourrait notamment être concernée à terme, même si une extension nécessiterait probablement le recours à une énergie renouvelable complémentaire.
Une petite chaufferie et un réseau discret
Un autre développement est également étudié : la production de froid. Les épisodes de fortes chaleurs faisant apparaître de nouveaux besoins de rafraîchissement dans les bâtiments publics, un second réseau pourrait être envisagé. Mais la création de canalisations supplémentaires représenterait un investissement qui ne serait pas forcément rentable dans un premier temps.
Le réseau de chaleur pourra-t-il être étendu ?
Les chiffres donnent une idée du potentiel : le futur réseau devrait produire environ 2 GWh de chaleur, alors que la station d'épuration pourrait théoriquement en fournir entre 4 et 5 GWh. La moitié environ de cette capacité ne sera donc pas exploitée dans un premier temps.
« Plusieurs hypothèses sont déjà étudiées pour l'étendre », confirme Delphine Cornet, directrice de la Transition et de l'Efficacité Énergétique chez Territoire d'Énergie 80. La zone d'activité de Flixecourt pourrait notamment constituer une piste. Mais plus le réseau s'éloigne de la station d'épuration, plus les besoins doivent être importants pour justifier le coût des canalisations.
Une autre piste concerne les besoins en froid. La chaleur récupérée pourrait en théorie contribuer à produire du rafraîchissement pour certains bâtiments, mais cela nécessiterait un second réseau de canalisations. L'investissement supplémentaire pourrait être difficile à rentabiliser dans un premier temps.
Sur le terrain, le projet devrait rester relativement discret. Une petite chaufferie sera construite en face de la station d’épuration, sur un terrain déjà viabilisé. Le chantier devra néanmoins composer avec le caractère marécageux du secteur et la présence de nappes affleurant, ainsi qu’avec la proximité des établissements scolaires.
Autre avantage : les canalisations ne traverseront pas le centre-ville.
C’est un projet relativement facile, par la proximité de la station, et parce qu’il évite la partie la plus densément peuplée de Flixecourt.
Après les dernières études viendront le montage définitif du projet, le choix de l’exploitant puis la sélection des entreprises. Les travaux pourraient débuter à la fin de 2028 ou au début de 2029, pour une mise en service envisagée en septembre 2029.
L’idée est finalement aussi simple qu’elle est originale : ne plus rejeter dans la nature une chaleur qui peut encore être utile.
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