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Attraper un avocat de la défense pour une entrevue au palais de justice de Sept-Îles, c’est un peu comme jouer au chat et à la souris. Un rendez-vous, aussitôt trouvé, est reporté par une audience ou une urgence. La pression est d’ailleurs généralisée, poussée par l'explosion de la quantité de dossiers et un très petit nombre d’avocats.
Gerson Foisy Junior ne cherche donc pas vraiment à se cacher. Seulement, il n’a d’autre choix que de parcourir le palais de justice à vive allure : il est l’un des trois seuls avocats de la défense en droit criminel à Sept-Îles, en plein conflit entre groupes criminalisés.
À 48 ans, M. Foisy joue donc un rôle capital dans la région où il s’est installé il y a un peu plus d’un an. Les quelque 500 dossiers à son actif représentent une part considérable au volume du palais de justice de Sept-Îles, qui ne cesse d’augmenter depuis trois ans.
C’est une criminalité qui implique des guerres de gangs, confirme-t-il au téléphone, sur le chemin du retour de Havre-Saint-Pierre, où il se déplace avec la cour itinérante. Il y a donc plus de dossiers impliquant de la violence.

Les incendies criminels se sont multipliés au cours des dernières années à Sept-Îles et ses environs. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau
Le nombre de dossiers à Sept-Îles a véritablement explosé entre 2023 et 2024, avec une augmentation d’environ 50 %. Entre 2024 et 2025, le nombre de dossiers judiciaires autorisés a grimpé de 916 à 1151, une hausse de 25 %.
La tendance a peut-être ralenti quelque peu, mais un autre enjeu se profile à l’horizon : le départ imminent d’avocats de la défense.
Le doyen de la pratique à Sept-Îles, Jean-Luc Desmarais, prendra sa retraite dans les mois à venir, selon M. Foisy. Une autre figure importante en cour, Mathieu Tshernish-Jourdain quitte lui aussi son poste, confirme le directeur de l’aide juridique de la Côte-Nord, Steeve Beaupré. Ce ne sera pas le dernier, lance ce dernier dans l’escalier du palais de justice, avant de disparaître.

Le bureau de l'avocat criminaliste Gerson Foisy Jr., sur la rue Arnaud à Sept-Îles.
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie
En conflit d’intérêts
La convergence de ces deux enjeux – la hausse de la criminalité et la pénurie d’avocats de la défense – pose un problème pour l’accès à la justice, selon le Barreau de la Côte-Nord.
Une des conséquences du petit nombre d’avocats dans un petit milieu comme Sept-Îles est que ceux-ci se retrouvent fréquemment en situation de conflits d’intérêts. Il leur arrive en effet d’être dans l'impossibilité de représenter un accusé parce qu’ils ont déjà eu comme client une personne susceptible d’intervenir dans son procès.
Pour cette raison, les personnes qui cognent à sa porte sont parfois obligées de regarder à l’extérieur de la région pour trouver un avocat. Ceci implique des coûts parfois exorbitants, par exemple pour les déplacements.
L’autre option pour le citoyen, c’est de se représenter soi-même. Gerson Foisy Jr met en garde quiconque voudrait s’y essayer avec un proverbe lui venant d’un collègue.
Un avocat qui se représente lui-même a un idiot comme client.
L’absence de distance par rapport aux faits reprochés nuit à la défense, même pour un avocat, explique-t-il. Si ça vaut pour un avocat, imaginez pour quelqu’un qui ne connaît pas les subtilités du droit criminel.
Comment va-t-on continuer sans relève?
Cette question que se pose Gerson Foisy Jr tracasse aussi le Barreau de la Côte-Nord. La région compte le plus petit nombre d’avocats sur son territoire. Un territoire non négligeable, rappelle la bâtonnière de la région, Marie-Philippe Lévesque.
Celle-ci se réjouit tout de même qu’à Sept-Îles, les avocats en poste aient de l'expérience. Ils sont assez solides pour mener à terme beaucoup de dossiers. Mais ce n’est pas un rythme qui est durable.

Le nombre de dossiers criminels autorisés au palais de justice de Sept-Îles a augmenté de 25 % entre 2024 et 2025.
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie
Pour cette raison, le Barreau de la Côte-Nord met beaucoup d’efforts pour recruter de nouveaux avocats. Le principal défi : faire venir dans la région des personnes qui n’en sont pas originaires.
Plusieurs d’entre eux ne connaissent tout simplement pas la Côte-Nord, déplore Mme Lévesque.
À ce titre, l’arrivée de M. Foisy il y a un peu plus d’un an est une bonne nouvelle. Comme bien d’autres qui viennent travailler sur la Côte-Nord, il reconnaît que ça a impliqué un certain déracinement : sa conjointe l’a suivi, mais sa famille élargie, elle, est restée à Granby.
Reste à savoir combien de temps il restera. Pour sa part, il promet de pratiquer sur la Côte-Nord encore plusieurs années. Je compte bien finir ma carrière ici, avance-t-il.


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