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Après une avancée dans le dossier de l'ancien site Audi à Forest, un autre haut lieu de l'activité économique bruxelloise entame sa mue.
C'est acté depuis cet été, la Région va lancer un appel à candidatures pour la conception et la gestion d'une piscine sur le toit du bâtiment "Manufakture" aux abattoirs d'Anderlecht. Le site, aujourd'hui quasi achevé, accueille un parking et 9 ateliers dédiés aux activités de la SA Abattoir. Un chantier annoncé à 22,5 millions d'euros en 2023 avec 10 millions de fonds européens et 4 millions d'euros d'argent public (Région et VGC) pour renforcer la structure afin de pouvoir accueillir une piscine.
©DRAujourd'hui, le toit de 4 000 m² est vide mais, à terme, il sera rehaussé pour accueillir un bassin couvert de 25 mètres, un autre grand bassin à ciel ouvert et un plus petit bassin d'apprentissage. Pour financer la chose, la Région passe par un mécanisme baptisé Design, Build, Finance, Maintain, Operate. Concrètement, la Région cherche un partenaire privé pour concevoir, construire, financer, entretenir et exploiter cette piscine. La Région devrait investir un montant de base et versera ensuite une rémunération de fonctionnement au partenaire privé. Au bout de 30 ans, la Région deviendrait ainsi propriétaire de l'infrastructure.
L'activité d'abattage cessera en 2028 à AnderlechtUn mécanisme, qui a déjà été mis en place notamment en Flandre et qui ravit la secrétaire d'État Ans Persoons (Vooruit), en charge de la Rénovation urbaine et du Patrimoine : "on a un vrai manque de place pour que les écoles puissent apprendre à nager à leurs élèves. Ce lieu sera parfait pour cela. Et avec les fortes chaleurs qui deviennent la norme chaque été, cet espace de fraîcheur ne sera pas de trop et proposera une vue imprenable." Il s'agirait de la seule piscine à ciel ouvert de Bruxelles même si d'autres projets sont dans le pipe, assure la secrétaire d'État qui évoque une nouvelle fois l'idée d'un bassin de baignade dans le canal. La commune d'Uccle porte également un projet.
©DRPiscine chauffée aux chambres froides
L'appel pour trouver le prestataire va être lancé par la Société d'Aménagement Urbain, mandatée par la Région pour le projet. Plusieurs conditions y seront intégrées, notamment l'obligation de proposer les fameux trois bassins, mais aussi des fourchettes de tarifs imposées pour les scolaires ou encore pour les entrées classiques. L'exploitant pourra aussi développer d'autres infrastructures s'il le souhaite (sauna, hammam…).
La procédure de sélection de ce partenaire devrait prendre deux ans. Deux années supplémentaires seront nécessaires pour construire la piscine, ce qui nous amène à 2030 pour une infrastructure opérationnelle. Un timing qui correspond à celui annoncé en 2023 par la Région malgré plus d'un an de retard sur le chantier du bâtiment Manufakture et un budget qui a largement augmenté. On approche aujourd'hui des 30 millions hors piscine.
©DRNotons que la piscine devrait être chauffée par un réseau de chaleur récupérée des activités économiques, notamment issue du refroidissement des chambres froides proposées par la SA Abattoir.
Le montant de la rémunération régionale que touchera l'exploitant reste encore à déterminer en fonction de tous les critères que la Région ajoutera dans l'appel.
Les abattoirs d'Anderlecht : chronique d'une mort annoncéeAbattoir se lance dans le logement
Mais il ne s'agit pas là du seul projet sur le site. En effet, le gouvernement bruxellois a aussi validé un master plan pour la transformation du site des abattoirs (10 hectares) dont la Région est en partie propriétaire. Une occasion en or pour la SA Abattoir qui doit elle aussi se réinventer, notamment avec la fin de ses activités d'abattage en 2028.
©DRÀ terme, les bâtiments de la chaîne d'abattage mais aussi des grossistes seront détruits. Certains présentent encore des vestiges des bâtiments originels datant de la fin du 19e siècle, mais ces constructions datent surtout des années 80 et fin 90 (suite à l'incendie de 1996). Dans tous les cas, ces bâtiments arrivaient à moyen terme en fin de vie. Aujourd'hui, la SA peine à identifier la durée de vie restante des installations de réfrigération.
Côté canal, le master plan prévoit une large esplanade en forme de trapèze entourée de deux bâtiments accueillant ensemble, dans leur rez-de-chaussée, 19 000 m² d'activités de production et de commerce dans le secteur agroalimentaire géré par la SA.
Sur l'un de ces bâtiments, celui côté Delacroix, 17 000 m² de logements sont prévus. S'agissant de terrains régionaux, ils devraient très majoritairement être publics. Les abords de la station de métro devraient aussi recevoir un coup de neuf de la part de Bruxelles Mobilité. Sur l'autre bâtiment, côté Erasmus Hogeschool, 10 000 m² sont aussi prévus. Il pourrait ici aussi s'agir de logements publics, mais d'autres activités sont possibles (équipements collectifs…).
Elke Tiebout (Sa Abattoir), Gilles Delforge (Société d'Aménagement Urbain), Ans Persoons
©DRÀ titre d'exemple, on compte en moyenne 100 m² pour un logement. Mais ces ordres de grandeur sont pour le moment purement indicatifs.
Une esplanade verdurisée devrait s'installer entre ces bâtiments et le canal. Avec l'espace en trapèze, elle représenterait 14 000 m² d'espace public, notamment à la place de l'actuel grand parking.
Le restaurant doublement étoilé La Paix quitte Anderlecht pour une autre commune bruxelloiseObjectif 2040
Côté chaussée de Mons, c'est la SA Abattoir qui prend la main avec le projet Kotmet. Cet ensemble de bâtiments devrait s'intégrer de part et d'autre de l'entrée du site côté Clemenceau. Il proposera des magasins alimentaires en rez-de-chaussée. Les étages seront dédiés à du logement classique et pour étudiants. Rue Ropsy Chaudron, entre la chaussée de Mons et l'entrée des abattoirs située au bout de la rue Heyvaert, un autre bâtiment doit prendre place avec la même vocation (commerces en bas, logements en haut).
D'autres projets sont sur la table : les caves du site pourraient accueillir des projets liés à la "night life" (événements festifs, boîte de nuit). La SA Abattoir a aussi un projet d'hôtel qui ciblerait plutôt une clientèle en itinérance (type backpackers).
©DREn 2023, la Région annonçait le premier logement sur le site en 2026. Visiblement, ce sera pour bien plus tard. L'ensemble du projet de master plan va faire l'objet d'un permis de lotir (pour encadrer les volumes dédiés à chaque activité) qui ne devrait pas arriver avant 2027. Il faudra ensuite démolir l'ancien pour construire le neuf… Objectif : réalisation complète et achevée du master plan en 2040.
Le plan A, c'est de garder les grossistes en viande, mais ça ne dépend pas que de nous."
"Les taxes tuent les initiatives et tout le monde y perd"
Reste tout de même beaucoup d'incertitudes. La SA Abattoir avait annoncé ne pas souhaiter renouveler le permis pour la chaîne d'abattage. Incertitude politique sur l'abattage rituel, projet de logements de la Région difficilement compatible avec de l'abattage… les raisons étaient multiples. Mais la SA Abattoir va donc devoir vivre… sans abattoir. Pour le moment, il n'y a pas de garantie que les grossistes en viande, privés de chaîne d'abattage, souhaitent rester sur le site. Les 9 ateliers du bâtiment Manufakture leur étaient pourtant dédiés.
"S'ils restent tous ensemble pour devenir le pôle de grossistes de viande de Bruxelles, ça peut le faire," concède la SA. On a des réunions prochainement avec eux. Cela leur permettrait aussi de rentabiliser les transports de carcasses jusqu'ici en commandant ensemble. Mais si certains décident de partir, les autres risquent aussi de ne pas rester."
"Manufakture, à peine fini, pourrait dès lors déjà devoir être adapté pour d'autres types de grossistes, voire pour proposer de la vente directe aux clients sur place, explique Paul Thielemans, porte-parole de la société. Le plan A, c'est de garder les grossistes en viande, mais ça ne dépend pas que de nous."
Le développement du site, notamment les idées de "night life" ou encore l'hôtel, dépendra aussi de l'évolution du quartier. On sait par exemple que la commune essaie de faire signer une convention à la SA pour le nettoyage de plusieurs espaces publics les jours de marché. Mais visiblement la SA n'est pas très friande, elle qui envoie déjà des équipes nettoyer les trottoirs (y compris devant des bâtiments qui ne lui appartiennent pas) de son côté de la rue Ropsy Chaudron et de la chaussée de Mons.
L'ancienne Grande clinique centrale classée à Anderlecht a été transformée en lofts de luxe"On nous dit que les vendeurs ambulants salissent, mais ce n'est pas notre responsabilité. C'est à la commune de faire respecter les règles. Elle a aussi dû retirer ses équipes de nettoyage le week-end. Ce n'est pas non plus de notre ressort."
L'arrivée de l'antenne communale "Lisa" qui concentre des services communaux et de police sur la chaussée de Mons est vue d'un bon œil de la part de la SA, mais il faudra d'autres bons signaux. "C'est frustrant, on voit tout le potentiel du site. Pour la night life par exemple, ce serait parfait avec aucune nuisance. Mais on a besoin de tellement de partenaires pour avancer et il y a encore tellement de barrières. Prenons les taxes sur les lieux festifs ou les hôtels par exemple. On comprend que la commune ait besoin d'argent. Sauf que les taxes tuent les initiatives qui au final n'aboutissent pas. Donc le site ne se développe pas et la commune n'a pas plus d'argent. Personne n'est gagnant et le quartier perd aussi."
Face aux enjeux de propreté publique mais aussi plus largement sécuritaires à Cureghem, la SA espère donc trouver du soutien.
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