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Les nuisances olfactives de la station de compostage Valterra, située à Labécède-Lauragais, exaspèrent les élus et habitants de la commune et de villages voisins. Le point.
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Par Valentine Gaxieu Publié le 4 oct. 2026 à 0h00
À Labécède-Lauragais, un petit village de l’Aude, la station de compostage Valterra cristallise depuis plusieurs années la colère de nombreux habitants. Et notamment depuis son extension, autorisée par la préfecture en 2019. La raison ? Les nuisances olfactives provoquées par l’activité du site. « Odeurs épouvantables », plaintes, démarches auprès des autorités… Le sujet empoisonne le quotidien des riverains et élus de la commune et des villages voisins. Tous dénoncent une situation qui se serait « aggravée » au fil des années. Une pétition a d’ailleurs été lancée au mois de novembre 2025 et le collectif Bol d’air frais vient d’être créé. De son côté, l’entreprise affirme « rester à l’écoute des habitants », rappelant toutefois son respect des normes en vigueur. Elle détaille par ailleurs les mesures engagées et les prochains aménagements destinés « à limiter ces nuisances ». Le point sur ce dossier.
Une arrivée bien accueillie
La station de compostage Valterra, déclarée sous le régime ICPE (réglementation qui encadre certaines activités susceptibles de présenter des risques ou nuisances pour l’environnement, la santé ou la sécurité), est en service depuis 2016 dans ce petit village du Lauragais audois comptabilisant près de 420 âmes. À cette période, le site était autorisé à traiter 7 300 tonnes de matières par an.
« Il y avait des mauvaises odeurs de temps en temps mais c’était franchement supportable », se souvient Xavier Quemerais, un riverain installé à proximité de la station. « On n’était même pas contre l’arrivée de cette entreprise. On nous l’a vendue comme une station de déchets verts. Il y a même eu à l’époque la signature d’une convention avec la commune. Pour nous, c’était vraiment une bonne démarche en faveur de l’écologie », ajoute la maire de Labécède-Lauragais, Germaine Candebat.
Une extension en 2019
Mais la situation a évolué en 2019, lorsque la Préfecture de l’Aude a autorisé l’extension de la station, malgré les avis défavorables exprimés par la population dans le cadre d’une enquête publique et l’avis « très défavorable » prononcé par le conseil municipal. « Depuis, c’est un calvaire », témoigne la dizaine d’habitants et élus venue témoigner auprès de Voix du Midi Lauragais.
Notons que cette extension permet désormais à la station de traiter 27 375 tonnes de matières par an. « En 2025, nous étions à environ 25 000 tonnes », indique le directeur développement Xavier Hedevin, contacté par la rédaction. « Ça représente environ un tiers de déchets verts, et deux tiers de boue. Ça peut varier de 2 % à 5 % selon les périodes mais on reste toujours globalement sur cette proportionnalité », complète Camille Vernières, responsable du site audois.
« Odeur de la mort »
Les plaignants décrivent cette odeur comme « insupportable » et « épouvantable ». « C’est vraiment l’odeur de la mort, de charogne », pose le maire d’Issel, Henri Poisson. Ces nuisances – plus au moins intenses selon le vent – seraient par ailleurs « de plus en plus fréquentes » selon les témoignages.
Bernard Genoud, un autre riverain, les a relevées durant ces dernières semaines : « Ça a pué du 7 au 10 août, du 13 au 18 août, du 21 au 24 août, du 1er au 6 septembre, du 8 au 10 septembre et du 17 au 23 septembre ». Un autre administré a quant à lui noté toutes les dates concernées depuis trois ans dans un carnet qu’a pu consulter Voix du Midi Lauragais. « On est sur 100 jours par an, et encore il y a des jours où il n’étaient pas chez lui pour les relever », analyse Gaëlle Crouves, la représentante du collectif Bol d’air frais.
Une mise en demeure en mars
Depuis 2020, la mairie de Labécède-Lauragais s’est adressée « de nombreuses fois » à la Préfecture. Ces plaintes ont d’ailleurs entraîné une première inspection de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) en 2020, ainsi que la création d’un premier collectif. « Mais il s’est essoufflé. Les gens étaient désespérés, ne savaient plus comment faire », regrette Gaëlle Crouves.
La dernière mise en demeure date quant à elle du mois de mars 2026 et relevait plusieurs manquements, dont une absence d’étude sur les nuisances olfactives « malgré les plaintes récurrentes ». Depuis, nous sommes au courant de rien. La seule chose que l’on entend c’est « ne vous inquiétez pas on teste de nouveaux produits » », déplore la première édile. Et Xavier Quemerais d’ajouter : « J’ai envoyé une lettre recommandée au siège situé à Montrouge, je n’ai jamais eu de réponse. J’ai donc déposé plainte à la gendarmerie. Et on est environ cinq-six à l’avoir fait. »
Un quotidien « insupportable »
Aujourd’hui, les plaignants se disent « désespérés », qualifiant leur quotidien « d’insupportable ». « Lorsqu’on étend le linge, l’odeur s’imprègne. On est obligé de refaire une machine », s’insurge Bernard Genoud. « Puis ça arrive même la nuit ! Il fait chaud mais on ne peut pas dormir la fenêtre ouverte, ça nous réveille », complète Xavier Quemerais.
S’il y a quelques années, ces nuisances olfactives étaient perceptibles dans un rayon proche, elles le sont aujourd’hui depuis le centre-bourg et les communes avoisinantes, dont Issel, située à environ 3,6 km. « Ce n’est peut-être pas aussi fréquent chez nous. Mais c’est aussi intense. La deuxième partie de l’été, c’était insupportable. Lors d’un concert, en milieu de soirée, il y a eu une vague d’odeur épouvantable… Alors qu’on était de l’autre côté du village ! Le pire, c’est quand il n’y a pas de vent dominant, car l’odeur stagne », décrit Henri Poisson. Selon eux, d’autres communes seraient concernées, dont La Pomarède, Vaudreuille ou encore Tréville, toutes situées entre 2,5 et 3 kilomètres de la station à vol d’oiseau.
Ils achètent une maison sans savoir qu’il y a cette station
Cette situation impacterait aussi l’activité immobilière et économique de la commune. Les plaignants à l’initiative de la pétition lancée au mois de novembre, Marie et Philippe Da Cruz, ne savent pas si leur projet pourra aboutir. Tout droit venu du nord de la France, ce couple comptait lancer son activité de location de gîtes : « Nous sommes descendus deux fois, pour la visite et la vente. Personne, ni les anciens propriétaires, ni l’agence, ne nous ont prévenus qu’il y avait cette station juste à côté. Manque de bol, il n’y avait pas d’odeurs ces jours-là. On a mis toutes les économies d’une vie dans ce projet et on ne sait même pas si ça va marcher », déplorent-ils.
L’avenir de la ferme communale La Micoulade est aussi incertain. Germaine Candebat explique « ne plus pouvoir se projeter » : « Si on fait des logements, est-ce que les gens vont vouloir rester avec cette odeur ? Et pourra-t-on faire venir des entreprises ou agriculteurs ? »
Selon la première édile, le domaine des Armengauds serait aussi impacté : « Il est touché uniquement lorsque le vent est marin. Il m’a raconté que des femmes enceintes étaient mêmes tombées dans les pommes ! »
Pour Xavier Quemerais, la seule solution serait de déménager : « Ma fille et ma femme sont contre la vente de notre maison mais si ça ne tenait qu’à moi, je partirais. Mais bon, à quel prix ? Car je ne peux pas cacher ça aux futurs acquéreurs. »
Relance du collectif
Dépassés par la situation, les habitants n’excluent pas de se rapprocher d’un avocat. « On donne beaucoup d’énergie, mais on a l’impression qu’on fait tout dans le vide. On a choisi de vivre ici, à la campagne, pour sa tranquillité. Alors que c’est beaucoup de contraintes : on doit prendre la voiture pour tout faire, on a moins de services que les plus grosses communes… Mais l’apaisement, on ne l’a pas. On se sent abandonnés et on ne sait pas comment s’en sortir », s’attriste Laurence Roux, secrétaire de l’association Vivre le village.
C’est cette situation qui a poussé Gaëlle Crouves à relancer le collectif : « Je me suis rendu compte que beaucoup de personnes faisaient leurs démarches de leur côté et je me suis dit qu’il serait plus pertinent de rassembler les actions. »
Rejet de lixiviats
Les plaignants s’inquiètent aussi du rejet de lixiviats (liquide résiduel chargé en polluants qui provient de l’infiltration d’eau à travers des déchets ou un sol contaminé). En effet, un arrêté préfectoral de février dernier explique qu’environ 500 m3 de lixiviats issus d’un des bassins de rétention ont été déversés dans le fossé en contrebas de l’installation et le long de la route départementale 334. Une situation télé-déclarée par la station. « Des parents nous ont confié être inquiets pour leurs enfants », déclare Laurence Roux. La commune reste aussi vigilante quant à la pollution de l’air et à ses cours d’eau attenants, et a récemment demandé des analyses de deux laboratoires différents.
Sur ce point, l’entreprise affirme qu’il s’agit bien d’un accident. La pompe reliant les deux bassins aurait été « actionnée par un chauffard » sans que l’opérateur sur place n’ait été averti : « Lorsqu’il s’en est rendu compte le lundi en arrivant, le bassin était vide. Nous avons déclaré l’accident et avons mis en place des prélèvements dans le bassin déversé. Les analyses ont montré une diminution rapide des quantités et nous avons très rapidement effectué un curage du fossé », indique Camille Vernières.
Des études conformes
Concernant les nuisances olfactives, Valterra explique qu’une première étude de dispersion d’odeur a été réalisée en décembre. « Mais elle ne correspondait pas à ce que souhaitait notre service instructeur », contextualise la responsable. Après la mise en demeure du mois de mars, deux études ont été établies le mois d’après. Elle détaille :
La première consistait à prendre un échantillon d’odeur de la plateforme. En prenant en compte la météo de ces trois dernières années et par le biais de formules mathématiques, les experts ont pu analyser la dispersion. L’autre, la « panache dynamique », consistait à ce que les experts viennent sur place, suivent les odeurs et les évaluent directement sur le terrain. Je leur ai demandé de se rendre là où les plaintes étaient les plus récurrentes.
Ces études ont révélé des résultats « conformes », avec moins d’une unité d’odeur (1 uoE/m³) durant moins de 10 % du temps. La concentration d’odeur imputable à l’installation ne devant pas, selon la législation, dépasser les 5 uoE/m³ plus de 175 heures par an, soit une fréquence de dépassement de 2 %. « C’est l’équivalent d’à peu près une semaine par an, 24 h/24. Soit 30 minutes par jour. Mais si quelqu’un sent cette odeur 15 minutes le matin avant de partir au travail et que l’odeur est présente 15 minutes lors de son retour le soir, il pense que ça a pué toute la journée », éclaire Xavier Hedevin.
Un nouveau traitement en octobre
Face aux nombreuses plaintes, l’entreprise a instauré un traitement micro-biologique l’an dernier. « C’est une solution liquide qui peut être utilisée sur l’agriculture biologique et que l’on met au moment des mélanges. Pour schématiser, ce sont des bactéries qui mangent les odeurs et qui produisent de l’oxygène. Une augmentation des nuisances olfactives a été constatée en début de processus, mais elles ont diminué à la fin. Après, on est sur des processus qui sont assez longs », détaille la responsable de site. Un dispositif dont le coût s’élève entre 30 000 et 40 000 € par an.

Les riverains sont quant à eux formels : « il n’y a eu aucune amélioration ». « On traite ces odeurs comme si c’étaient des odeurs d’élevage, c’est de la mauvaise foi. Ces produits, c’est ce qu’on utilise dans les fermes, mais ce n’est pas du fumier », s’insurge Gaëlle Crouves. Et le maire d’Issel d’enchaîner : « Je les ai rencontrés plusieurs fois et ils m’ont en effet dit qu’il y avait des traitements. Le problème c’est que l’administration s’en tient aux normes, mais l’odeur n’a pas de normes. Je n’ai pas besoin d’être scientifique et d’avoir des études devant les yeux pour constater que ça pue ! »
Camille Vernières assure vouloir un traitement « concluant » : « On prend toutes ces plaintes en compte et c’est pour ça que nous allons tester un autre produit de la même marque dès le mois d’octobre. Et nous allons réaliser un autre test avec un fournisseur différent. »
Un numéro vert
Les habitants sont également invités à joindre le numéro vert mis en place par le siège dans le but de rassembler les plaintes. « Ce numéro nous permet de savoir à l’instant T ce qu’il en est. Car si quelqu’un nous dit « ça puait il y a deux jours », nous ne pouvons rien faire. S’il nous dit « venez chez nous », ça ne sentira peut-être plus à notre arrivée et ça décrédibilisera son discours, ce que l’on ne veut pas. Là, quand ils appellent, on sait exactement où ils sont et on vérifie à distance la direction du vent. Ça nous permet de voir si l’odeur vient de chez nous ou d’ailleurs », explique le directeur développement.
Pour la station audoise, 44 appels ont été recensés de trois personnes différentes en 2024, tandis que l’année 2025 comptabilisait 54 appels de « 4-5 personnes » différentes. « Depuis quelques jours, de nouvelles personnes se manifestent », admet Camille Vernières. La direction assure que les plaintes ne concernent que des cas issus des communes de Labécède-Lauragais et Issel, mais d’aucun autre village alentour.
Les plaignants expliquent être « lassés » : « Oui, au début on appelait beaucoup. Mais à force, on s’est résigné ». De nombreux administrés se sont toutefois plaints sur l’application mobile Panneau Pocket. « Nous avons eu 93 signalements depuis le mois de juin », affirme Sophie Annezo, conseillère municipale.
Bientôt une autre solution ?
Xavier Hedevin explique que ce numéro vert a pu permettre l’amélioration d’une situation concernant une station de compostage située en Isère, où un système de brumisation a été mis en place. « Mais le même concept n’est pas faisable à Labécède-Lauragais car il y a trop de vents dominants. »
Le directeur développement annonce toutefois avoir pour projet de recouvrir la station de panneaux photovoltaïques ainsi que de mettre en place des coupe-vent : « Au moins, on pourrait avoir une brumisation descendante et diminuer les odeurs sur le territoire. »
« Valoriser le dialogue »
L’entreprise assure vouloir « valoriser le dialogue » et « prendre en considération les nombreuses plaintes des habitants ». « Dès qu’il y en a une, j’appelle la personne concernée et je lui propose de venir sur la plateforme. Je lui fais visiter les lieux, je lui présente notre système d’arrosage mis en place et je discute avec elle. Nous essayons vraiment d’avoir les meilleurs rapports possibles avec les administrés et la mairie », soutient Camille Vernières.
Les maires de Labécède-Lauragais et Issel ont quant à eux écrit au préfet de l’Aude, Alain Bucquet, lui demandant de « recevoir une délégation d’élus ». Une autre lettre co-signée, sans réponse, lui avait été adressée en juin. Contactée, la Préfecture de l’Aude n’a pas répondu à nos sollicitations.
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