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Une nouvelle plante envahissante sous la loupe au Témiscamingue

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Vêtus de bottes-pantalons, William Vincent et Akib Hasan, de l’Organisme de bassin versant du Témiscamingue (OBVT), s’apprêtent à s’aventurer dans la Petite rivière Blanche, à Duhamel-Ouest.

Leur mission? Mesurer l’étendue de l’hydrocharide grenouillette dans un secteur ciblé et en dresser un portrait. L’espèce exotique envahissante (EEE) a été observée et notée par un citoyen sur l’application iNaturalist au quai de mise à l’eau.

Un herbier composé d'une bonne densité d'hydrocharide grenouillette et de quenouilles.

L'hydrocharide grenouillette s'accroche à d'autres plantes émergentes, comme des quenouilles, avant de prendre de l'expansion.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

C’est à ce moment-là qu’on a vu trois endroits aux alentours du lac Témiscamingue. Un ici et deux autres du côté ontarien, explique William Vincent, coordonnateur de projets en environnement.

Cette plante flottante, originaire d’Eurasie, se trouve principalement sur les berges et dans les secteurs où le courant est faible. Elle s’accroche à des plantes émergentes comme les quenouilles et développe des ramifications horizontales qui peuvent former un tapis dense à la surface de l’eau.

Sur une table de pique-nique, Akib Hasan identifie avec un marqueur des sacs Ziploc.

Akib Hasan prépare des sacs transparents pour ramener au bureau des échantillons de plante et valider leur identification.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Elle va créer un tapis très, très dense de plantes qui va faire en sorte que la lumière ne sera plus capable de pénétrer dans l’eau. Elle va diminuer la concentration en oxygène dans l’endroit qu’elle est en train d’envahir et ça va causer beaucoup de problèmes. Autant pour la biodiversité, parce qu’il va y avoir des plantes sous l’eau qui n’ont plus accès à la lumière et aussi pour la faune aquatique, parce qu’une diminution de l’oxygène pour les poissons, ça devient problématique, indique William Vincent.

Au fil des ans, l’hydrocharide peut s'étendre jusqu'au milieu d’un plan d’eau, comme un marais, et en recouvrir l’entièreté.

William Vincent tient une tablette avec une feuille et écrit des chiffres.

Les biologistes prennent en note les plantes présentes dans la zone à caractériser ainsi que leur ratio.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Beaucoup plus que prévu

Les deux pieds enfoncés dans le fond vaseux de la rivière, on remarque tout de suite la présence d’hydrocharides sur le côté. Akib Hasan, coordonnateur de projets à l’OBVT, prend des photos de ce qu’il trouve.

En plus d’identifier l’hydrocharide, un portrait de tous les types de plantes de la zone doit être effectué, pour savoir la dominance de ces plantes dans un endroit, précise M. Hasan.

Le biologiste traverse ensuite l’embranchement de la rivière pour évaluer l’autre bordure. Oh…!, laisse-t-il échapper de découragement.

William Vincent montre à quoi ressemble la plante en dehors de l'eau avec ses multiples ramifications.

William Vincent montre à quoi ressemble la plante en dehors de l'eau avec ses multiples ramifications.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

C’est qu’il vient de découvrir une importante colonie de plantes envahissantes qui tapissent la surface de l’eau. C’est énorme par rapport aux autres [herbiers]. Toutes les plantes ont des fleurs. C’était tellement mignon, mais…, observe-t-il, laissant sous-entendre le contraste entre la beauté de la plante et ses effets sur l’écosystème.

Son problème, c’est qu’elle pousse vite et qu’elle est capable de créer une densité importante rapidement.

En longeant quelques centaines de mètres de rives en planche à pagaie, on remarque que l’hydrocharide est visible à plusieurs endroits, d’un côté de la Petite rivière Blanche comme de l’autre.

Assis sur une planche à pagaie, Akib Hasan et William Vincent longe les berges à la recherche d'hydrocharide grenouillette sur la Petite rivière Blanche à Duhamel-Ouest.

L'observation de cette espèce exotique envahissante peut facilement se faire à bord d'une petite embarcation pour les biologistes de l'OBVT.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Un portrait de la situation a été réalisé près de la marina de New Liskeard, du côté ontarien. La dominance de Hydrocharis qu’on a trouvé là-bas, ce n’est pas énorme. C'est environ 20 %. C’est donc plus dominant ici, rapporte Akib Hasan.

L’espèce a aussi été observée à la rivière à la Loutre dans le cadre d’un autre projet. Il est difficile de déterminer depuis combien de temps l’hydrocharide est présente dans le bassin versant et d’où elle provient.

C’est le premier projet qu’on fait ici dans la région en lien avec cette espèce-là, mais on constate déjà, juste en allant sur le terrain, des nouvelles observations nous-mêmes. Il y a une propagation de l’espèce, assurément, qui se passe dans la région, résume William Vincent.

Akib Hasan et William Vincent sont assis sur leur planche à pagaie devant un site d'Hydrocharide grenouillette.

Lors d'une journée ensoleillée et sans vent, l'observation peut se faire plus facilement pour Akib Hasan et William Vincent.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Un simple fragment pour coloniser

La propagation de cette plante envahissante peut se faire à partir d’un simple fragment transporté d’un cours d’eau à un autre, ou même dans un autre secteur du même lac.

C’est pourquoi le lavage des embarcations et de l’équipement nautique est essentiel pour éviter de contaminer, si on navigue à différents endroits.

Les bateaux de pêche et les embarcations sans moteur, comme les kayaks et planches à pagaie, sans compter les rames et la remorque, doivent être rincés et frottés ou lavés à pression.

Québec et Ontario, financement difficile

Pour réaliser ce projet, l’OBVT a reçu 35 000 $ du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) et du Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue (CREAT). Les fonds proviennent de Québec dans le cadre du Plan nature 2030.

On peut voir quelques feuilles du petit nénuphar et ses ramifications dans l'eau. Une fleur blanche est au-dessus des feuilles.

Les feuilles de l'hydrocharide grenouillette font entre deux et cinq centimètres et sont en forme de cœur. La plante produit une fleur blanche.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

L’organisme a soumis sa demande de financement après avoir été mis au fait des observations d’hydrocharide sur l’application iNaturalist. On s’est dit : OK, c’est une nouvelle plante aquatique envahissante dans notre bassin versant. Donc, c’est sûr qu’on veut aller la détecter, voir l’état de la situation, souligne William Vincent.

Le lac Témiscamingue et son bassin versant s’étendent à la fois au Québec et en Ontario. Si la frontière n’a pas compliqué les sorties pour ce projet de détection hâtive, elle représente normalement un défi.

C’est un peu contre-intuitif, parce que les espèces envahissantes, qu’elles soient du côté du Québec ou de l’Ontario, pour elles, ça ne change rien, illustre M. Vincent.

Et ensuite?

Après la découverte de ces colonies d’hydrocharide, l’organisme devra maintenant se pencher sur les façons de contrôler et de limiter la propagation.

William Vincent et Akib Hasan pointent une zone dans les hautes herbes où l'hydrocharide est présente.

À l’automne, les plantes mortes s’accumulent au fond de l’eau et forment une couche épaisse de matière organique, accélérant ainsi le vieillissement du plan d’eau si elles sont présentes en grande quantité.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

L’arrachage des plantes est fastidieux et coûteux en ressources, mais réalisable. De telles opérations ont d’ailleurs eu lieu au Lac-Saint-Jean. Pour William Vincent, la détection hâtive demeure donc la meilleure alliée pour limiter la propagation.

Les deux biologistes se disent inquiets de la présence de cette espèce exotique envahissante. Que ce soit l'hydrocharide, que ce soit le myriophylle à épis, elles viennent perturber les écosystèmes, rappelle M. Vincent. Ça amène plein d’interrogations : on ne sait pas comment ça va évoluer exactement.

En Abitibi-Témiscamingue, une autre observation citoyenne a été indiquée près du lac Abitibi, dans le bassin versant Abitibi-Jamésie.

D’autres projets en lien avec l’hydrocharide grenouillette pourraient voir le jour dans les prochaines années.

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