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Lotbinière est-elle prête à rouvrir le dossier du gaz de schiste?

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Le sujet du gaz de schiste refait surface dans Lotbinière en pleine campagne électorale. Dans cette municipalité régionale de comté (MRC), les puits, et les plaies, ne sont pas encore complètement refermés.

Ce qui me revient à l'esprit, ce sont d’abord les plaques rouges, des plaques d’auto de l’Alberta, raconte Daniel Patry dans sa maison de Saint-Antoine-de-Tilly. L’ancien directeur général de la MRC de Lotbinière durant trois décennies était en poste lorsque l’exploration du gaz de schiste a débuté dans la région à la fin des années 2010.

Des entreprises gazières de l’Ouest canadien sillonnaient alors la région en bordure de la forêt seigneuriale, un territoire public. Des camions-citernes chargés d’eau faisaient des allers-retours entre la rivière du Chêne et les puits destinés à la fracturation hydraulique. Tout était fait en catimini, se souvient-il.

Un homme esquisse un dessin sur une table à laquelle il est assis.

Daniel Patry illustre la trame de l’époque alors qu’il était question de forer des puits à intervalle de quelque 2 km dans la vallée du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

En 2014, la MRC de Lotbinière avait déposé un mémoire au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dans lequel elle se positionnait comme favorable à l’exploitation, mais pas au détriment de la santé de la population et de la qualité générale du milieu de vie.

Des puits encore présents

Les traces de l’exploration gazière sont encore bien visibles dans le comté. Quatre puits se trouvent toujours dans la forêt seigneuriale et ne sont pas fermés définitivement, selon les informations du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE).

Le gouvernement du Québec y répertorie des fuites sous le seuil réglementaire, selon le MEIE.

Un puits clôturé.

Le puits de Saint-Édouard-de-Lotbinière, en bordure de la forêt seigneuriale, doit être fermé d’ici au 13 août 2029.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Perron-Drolet

Ces puits sont sous la responsabilité de l’entreprise Questerre Energy, qui conteste avec d’autres entreprises la Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures adoptée en 2022 par l'Assemblée nationale.

D’après ce qu'on comprend, ils [Questerre] ont tout le temps un espoir de relancer ça et qu'un autre gouvernement autorise ça, soutient Dominique Beaudet, un agriculteur de Leclercville.

Un homme pointe en direction de la forêt, au loin.

Dominique Beaudet avait décidé de s’impliquer plus activement au sein de l’UPA lorsque l'exploration gazière avait débuté, craignant la contamination de la nappe phréatique.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

L’UPA sur ses gardes

Une fois par année, Dominique Beaudet assiste aux rencontres virtuelles des comités de suivi en tant que vice-président du syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Lotbinière-Nord. Des rencontres expédiées en 15 minutes où il est question du contrôle des mauvaises herbes autour du puits.

Sauf lors de la réunion de 2024, plus longue qu’à l’habitude. Questerre avait présenté son projet pilote de stockage de carbone sur quatre puits, dont celui de Leclercville.

C'est finalement le puits de Sainte-Gertrude, à Bécancour, qui avait été sélectionné. Questerre Energy n’a pas répondu à nos questions sur le sujet. Ils ont développé des projets pilotes, mais on ne veut pas être cobayes non plus, dit Dominique Beaudet.

 « Comités de suivi ».

Dominique Beaudet est sur le comité de suivi de deux puits entretenus par l'entreprise Questerre à Leclercville.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Et aujourd’hui, que pense l’UPA de rouvrir la filière du gaz de schiste? Ça va être à regarder avec nos membres, mais je vous dirais qu'il y a de grosses craintes de plusieurs producteurs, indique-t-il.

On n'est pas prêts à donner le feu vert demain matin.

Des élus plus réceptifs aujourd’hui?

À Saint-Édouard-de-Lotbinière, le maire Pierre-Luc Daigle dit sentir une certaine ouverture de la part de citoyens, mais pas à n'importe quel prix. On n’est pas fermés à l’idée, mais il va falloir que les entreprises fassent leurs preuves, résume-t-il.

On serait fous de pas évaluer ce projet-là puis de pas avoir une oreille attentive.

Un homme, les mains dans les poches, debout devant une bâtisse au revêtement d'aluminium.

Pierre-Luc Daigle est maire de la municipalité de Saint-Édouard-de-Lotbinière depuis novembre 2025.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Il se rappelle lui aussi du trafic lourd sur les routes de Lotbinière. C'est des compagnies qui arrivaient d'en dehors puis qui avaient une approche, disons, différente de ce qu'on est habitués aujourd'hui, explique-t-il.

Il estime toutefois que ces entreprises s'améliorent avec le temps tout en précisant que la population s'attend à être consultée en amont.

Le préfet de la MRC de Lotbinière, Daniel Turcotte, démontre également une ouverture même s'il admet avoir plusieurs interrogations. Il va falloir qu'on nous donne des garanties également si on contamine le puits d'une personne, avance-t-il.

Moi, je suis pas fermé à l'idée.

L’élu croit que le contexte peut avoir évolué en matière d’acceptabilité sociale, mais il émet des réserves. Il va falloir que le gouvernement fasse ses démarches d'acceptabilité sociale pour voir si vraiment on l'a atteint[e], illustre-t-il.

De toute façon, Daniel Turcotte avoue que la MRC en a plein les bras avec d’autres dossiers, comme le développement éolien sur le territoire.

Des militants prêts à imprimer les pancartes

À Leclercville, Pierre Bluteau sort une pancarte rouge du coffre de sa voiture, vestige de la mobilisation passée dans la région. Je pense qu'on va être obligés de reprendre du service. On est prêts, annonce-t-il, vêtu d’un chandail à l’effigie du slogan notoire de la mobilisation des années 2010 : Non au gaz de schiste.

Lorsque, la semaine dernière, le chef conservateur Éric Duhaime a attribué le moratoire sur l'exploitation du gaz de schiste à quelques militants écologistes de Montréal, il a ri.

 « Non aux gaz de schiste ».

Pierre Bluteau était un militant impliqué dans la mobilisation citoyenne contre l'exploration gazière dans Lotbinière.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

C'est vraiment un mouvement citoyen profond qui s'est mobilisé dans toute la vallée du Saint-Laurent, répond celui qui ne prend pas très au sérieux la perspective de voir du gaz de schiste extrait du sous-sol prochainement.

Pierre Bluteau conserve encore d’heureux souvenirs de cette mobilisation, une bataille de terrain, faite à la dure, avec du porte-à-porte, des pétitions, des comités locaux dans chacune des municipalités, qui a mené, ultimement, à l’adoption de la Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures en 2022.

Le militant reconnaît que cette bataille serait complètement différente aujourd’hui avec les médias sociaux.

Selon lui, la MRC de Lotbinière n’était toutefois pas celle où la mobilisation a été la plus grande, car il la décrit comme un milieu traditionnellement plus conservateur.

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