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La Dre Véronique Clapperton, une omnipraticienne de Rimouski, a récemment été contrainte de conduire elle-même le taxi qui la ramenait de Québec après y avoir accompagné un patient instable. Une situation qu’elle qualifie de « dangereuse absurdité » dans une lettre ouverte transmise aux médias.
Celle qui est aussi présidente de l’Association des médecins omnipraticiens du Bas-Saint-Laurent (AMOBSL) venait d’effectuer un transfert dans un hôpital de la Capitale-Nationale, assistée d’une infirmière.
Puisque les techniciens ambulanciers paramédicaux sont en négociations avec le gouvernement provincial pour le renouvellement de leur convention collective, ils se sont dotés de divers moyens de pression. L’un d'eux prévoit qu’ils n’assurent plus le retour des équipes médicales à leur port d’attache.
Habituellement, il y a un taxi qui est appelé par notre hôpital, qui part avant nous et qui nous attend à Québec, puis qui nous ramène, explique Dre Clapperton, qui affirme respecter ce moyen de pression.
Or, personne n’a appelé le taxi dans la soirée du 14 juillet. Les deux femmes doivent donc faire appel à un taxi de Québec pour une course de trois heures de route, six en comptant le retour du chauffeur chez lui.
Il pleut, le temps est mauvais et passé minuit, l’homme commence à somnoler au volant. Jugeant la situation dangereuse, Dre Clapperton remplace le conducteur et poursuit la route en direction de Rimouski.

Il est fréquent que les équipes médicales qui font un transfert de patient dans une autre région doivent rentrer à leur port d'attache en taxi. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Михаил Руденко
C’était ça ou on dormait sur le bord d’un fossé, raconte-t-elle. De plus, s’arrêter pour dormir n’est pas une option puisque la médecin doit superviser des étudiants en matinée et voir des patients en clinique.
Les [conducteurs] sont fatigués et il faut souvent surveiller pour ne pas qu’ils s’endorment. Ça m’est déjà arrivé lors d'un transfert précédent que le taxi roule sur le terre-plein [sur l’autoroute] à La Pocatière, ajoute l’omnipraticienne.
Un conflit de travail qui perdure
La présidente de l’AMOBSL implore aujourd'hui le gouvernement d’en venir à une entente avec les ambulanciers paramédicaux. Ça prend des processus d’arbitrage pour les quarts de métier comme ça qui [assurent] des services essentiels.
Et ce que la Dre Véronique Clapperton a vécu ne serait d’ailleurs pas une situation isolée. Ce n’est pas la première fois que le personnel hospitalier nous en informe, mentionne le vice-président exécutif à la Fédération du préhospitalier du Québec, Jérémie Corneau-Landry.

M. Corneau-Landry indique que son association syndicale partage les préoccupations de la Dre Clapperton. (photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
L’ambulancier paramédical rappelle cependant que leur moyen de pression a été approuvé par le tribunal administratif du travail. Mais à l’instar de la Dre Clapperton, il croit aussi qu’il est temps que le conflit de travail se règle.
Selon son organisation syndicale, les négociations progressent. Le principal point en litige concerne la possibilité de prendre leur retraite après 35 années de services au lieu d’y avoir accès sans pénalité à 65 ans.
L’employeur, Santé Québec Bas-Saint-Laurent, a des obligations en matière de santé et de sécurité de [son] personnel
Il invite d’ailleurs tout employé constatant une situation dangereuse à le signaler à l’employeur. Ou même d’exercer un droit de refus sur place.
Les techniciens ambulanciers paramédicaux représentés par la Fédération du préhospitalier du Québec sont sans contrat de travail depuis le 31 mars 2025.

La Fédération du préhospitalier du Québec plaide qu'il appartient à Santé Québec de mettre en place des solutions de transport sécuritaire pour son personnel. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Benoit Gagnon
Au moment de publier ces lignes, Santé Québec Bas-Saint-Laurent n’avait toujours pas répondu aux questions de Radio-Canada.
Des règles trop strictes pour les GMF
Par ailleurs, avant cette nuit forte en émotions, la Dre Véronique Clapperton, dit avoir contrevenu aux règles du Programme de financement et de soutien professionnel pour les groupes de médecine de famille.
En vertu de celles-ci, les heures d’ouverture du GMF doivent couvrir au minimum 68 heures par semaine, réparties sur sept jours.
De plus, la présence d’un médecin de famille ou d’une infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne est nécessaire en tout temps. Ainsi, Dre Clapperton était tenue de demeurer à la clinique jusqu’à 21 h 00 ce soir-là.
Cette exigence-là entraîne des non-sens. Cette soirée-là, je serais allée faire des visites à domicile. Mais je ne pouvais pas, je devais rester dans la clinique, raconte-t-elle.
Constant que le transfert d’un patient de l’hôpital de Rimouski s’organise et que personne n’est disponible pour y aller, elle se porte alors volontaire, même si elle expose sa clinique à des sanctions financières.
C’est des risques de perdre du financement pour le fonctionnement de la clinique, donc des sous qui servent à payer le personnel, les secrétaires, les infirmières.
Si elle n’avait pas quitté le GMF pour accompagner un patient à Québec, c’est un des deux médecins de garde à l’urgence qui aurait dû le faire. Or, la salle d’attente débordait ce soir-là.
Dre Véronique Clapperton dénonce que les règles qui encadrent les cliniques soient les mêmes à travers l’ensemble de la province. Mais les réalités sont complètement différentes d’un endroit à l’autre, surtout en régions par rapport aux grandes villes.
Elle croit que ce dossier et celui des ambulanciers paramédicaux sont facilement réglables et que ce n’est qu’une question de volonté de Santé Québec, du ministère de la Santé et du Gouvernement.


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