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Construite en 1896, mais malheureusement peu entretenue au fil des ans, la maison Potvin, du nom de la famille qui l’a habitée durant trois générations, s’est détériorée au point où elle sera vraisemblablement détruite.
Son unique occupant, un nonagénaire, est d’ailleurs visé par un avis d’évacuation préventif et a été relogé dans un endroit plus sécuritaire.
En attendant la décision définitive, un périmètre de protection a été installé autour de la maison située dans le quartier Saint-Rédempteur. Cette intervention a été ordonnée en vertu de l’article 40 de la Loi sur la sécurité incendie.
Personne à la Ville de Matane n’a souhaité accorder d’entrevue ni commenter la décision en raison, notamment, de procédures judiciaires actuellement en cours.

Selon un rapport d'ingénierie, la maison est dans un état de délabrement tellement avancé qu'elle pourrait s'écrouler de manière imminente.
Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé
Toutefois, par écrit, la direction générale de la Ville de Matane explique que cette mesure a été prise à la suite de la réception d’un rapport d’inspection préparé par un ingénieur. Selon les conclusions du rapport, le bâtiment présente un risque d’effondrement imminent.
La Ville ajoute que le maire de Matane, Eddy Métivier, actuellement en vacances, pourrait éventuellement commenter le volet patrimonial de la décision.
Un pan d’histoire
La maison Potvin, construite sur la rue Thibault à la fin du 19e siècle, est emblématique de certains éléments architecturaux d’époque, dont un toit mansardé, comme plusieurs résidences érigées entre 1860 et 1930. La construction a conservé ses fenêtres traditionnelles à six carreaux ainsi qu’un solarium au sud, situé à l’avant.

La famille Potvin s'est installée dans la maison au tout début du 20e siècle.
Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé
Selon la Société d’histoire et de généalogie de Matane, Georges et son épouse Rose-Delima Thibault ont emménagé dans cette résidence en 1904. La maison a ensuite été habitée par leur fils Hector et son épouse Apolline Fortin, puis par leurs descendants, dont le propriétaire actuel.
Au cours des années, elle a été un lieu de rassemblement matanais en abritant tour à tour une petite épicerie, un atelier de réparation de vélo ainsi qu’une cantine.
L’historien de la Société d’histoire de la Matanie, Louis Audet, se désole de cette situation. Il y voit par contre une occasion de susciter une réflexion collective sur la gestion de notre patrimoine bâti. On peut se demander pourquoi on l’a laissée aller , demande M. Audet.
Il observe que les propriétaires, comme celui de la maison Potvin, n’ont pas tous l’argent ni l’énergie nécessaire pour des travaux de restauration. Les frais d’assurance pour un bâtiment de cet âge-là, ce n’est pas évident , ajoute l’historien.
Il estime que les programmes d’aide sont souvent peu connus et qu’il peut être difficile de s’y retrouver ou d’y avoir accès.
Une réglementation méconnue
Les actions des autorités municipales sont aussi limitées, commente M. Audet. Il faut comprendre que les municipalités et les MRC sont dépendantes du ministère de la Culture pour financer le patrimoine , fait-il valoir.
Les inventaires des patrimoines bâtis des MRC, comme celui que la Matanie vient de déposer, pourront aider à mieux reconnaître les constructions d’intérêt, reconnaît l’historien. Par contre, dit-il, les municipalités devront maintenant se questionner sur leur politique de protection du patrimoine.
Il souhaite aussi que la suite des événements permette de protéger aussi certains éléments de la maison. C’est qu’à l’intérieur de la maison, c’est un peu figé dans le temps avec du mobilier d’époque, toutes sortes d’équipements d’époque. Ça serait le fun au moins de pouvoir récupérer quelque chose avant que la maison soit démolie.
Quant au règlement de la Ville de Matane qui permet la démolition d’un bâtiment délabré, Louis Audet aurait aimé que les autorités municipales en expliquent les tenants et aboutissants à la population. Mon but n’est pas de contester la décision de la Ville. Peu de gens savent que les municipalités disposent de ce règlement-là , précise M. Audet.


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