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À Saint-Nérée-de-Bellechasse, en Chaudière-Appalaches, des citoyens dont le terrain est ciblé par Hydro-Québec pour y passer la future ligne à haute tension de l’axe Appalaches–Bas-Saint-Laurent comprennent mal pourquoi la société d'État ne privilégie pas l'enfouissement des câbles.
Sur le tracé qu’on voit, c'est 1000 érables qui partent, laisse tomber Sylvain Dutil, qui ne cache pas son inquiétude.
Cet acériculteur de Saint-Nérée-de-Bellechasse a appris que sa terre familiale était ciblée dans l'un des scénarios dévoilés la semaine dernière par Hydro-Québec pour l’axe Appalaches–Bas-Saint-Laurent.
Même surprise pour Réal Desponts, propriétaire d’une terre à bois, qui l'a appris en ouvrant une lettre d’Hydro-Québec. Il craint que son terrain ne perde de la valeur. Si ça passe là, je ne peux plus vendre ça à un prix normal. Ça ne vaut plus rien, autrement dit. J’ai travaillé beaucoup sur cette terre à bois là pour l’améliorer, se désole-t-il.

Le maire de Saint-Nérée-de-Bellechasse, Jean Malo, discute avec des citoyens inquiets.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Depuis plusieurs semaines, le maire de la Municipalité, Jean Malo, recueille les inquiétudes des citoyens. Écoutez, ça traverse les terrains des gens [...] dans des érablières, c’est encore pire, déplore-t-il.
Après ça, tu peux plus rien faire avec une tranchée de 70 mètres qui s’ouvre sur votre terrain.
L’UPA de Chaudière-Appalaches aussi est inquiète. Le syndicat des producteurs agricoles estime qu'au moins 10 000 entailles pourraient être sacrifiées au profit de la ligne à 315 kV, selon les tracés proposés.

Le tracé proposé par Hydro-Québec présente d'une à trois variantes selon les secteurs.
Photo : Carte fournie par Hydro-Québec
Ça va passer dans des érablières et ça, c'est non, tranche Natacha Lagarde, première vice-présidente de l'UPA de la région de Chaudière-Appalaches. Si on coupe un érable et on replante un érable, bien, on ne sera plus là pour voir ce que ça va faire comme production.
On ne veut pas perdre d'entailles, on ne veut pas perdre d'érables.

L'économie de Saint-Nérée-de-Bellechasse repose en partie sur l'acériculture. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
L'enfouissement, une option exceptionnelle
En juillet dernier, le conseil municipal de Saint-Nérée-de-Bellechasse a adopté une résolution appuyant l’UPA locale pour demander l’enfouissement des lignes. Une option qu’Hydro-Québec rejette pour l'instant. L'enfouissement n'est considéré que dans certains cas de nature exceptionnelle.
Moins de 1 % des 35 000 kilomètres de lignes de transport d'Hydro-Québec sont souterraines, vu les coûts très élevés, la durée de vie inférieure à une ligne aérienne et l’entretien plus complexe, explique Hydro-Québec par courriel.
La société d’État plaide notamment que le courant alternatif, qui est le type de courant utilisé sur le réseau électrique québécois et qui permet à l'électricité de voyager sur de longues distances, n’est pas propice à l’enfouissement.

La ligne à haute tension à 315 kV de l’axe Appalaches–Bas-Saint-Laurent doit transporter l'électricité issue de l'énergie des éoliennes de l'est de la province.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Mobilisation citoyenne
Cette réponse ne décourage pas le maire Jean-Malo.
Hydro-Québec, on le sait que l’enfouissement, ce n’est pas une option pour eux. Ça va être avec la mobilisation si on veut les faire changer d’avis, c’est de se tenir ensemble, dit-il.

Le tracé proposé par Hydro-Québec touche une vingtaine de municipalités et se termine au poste des Appalaches à Saint-Adrien-d'Irlande qui devra être agrandi. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Lors du conseil des maires de la MRC de Bellechasse la semaine dernière, ce dernier a proposé la mise sur pied d’un comité d’élus régionaux pour agir dans le dossier et réclamer notamment une intervention du milieu politique.

Deux variantes de tracés proposés par Hydro-Québec passent par Saint-Nérée-de-Bellechasse.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
En entrevue, la députée caquiste de Bellechasse, Stéphanie Lachance, reconnaît avoir reçu des appels de quelques citoyens, principalement des producteurs agricoles inquiets, avec qui elle affirme garder le contact.
C'est peu réaliste de penser que la ligne sera enfouie étant donné que c'est un coût qui est extrêmement élevé.
Elle suggère aux citoyens de se présenter aux journées portes ouvertes tenues par Hydro-Québec dans différentes communautés touchées pour faire valoir leurs points de vue. Le tracé retenu n’étant dévoilé qu’à la fin de l’année.
Des compensations précipitées?
À Kinnear’s Mills, où s'est tenue mardi la première journée portes ouvertes organisée par Hydro-Québec, une manifestation pacifique a été organisée par un comité citoyen devant l'édifice où se tenait la séance.

Le comité citoyen qui s'oppose à la ligne à haute tension d'Hydro-Québec est très actif à Kinnear's Mills. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Des citoyens ont reçu des pamphlets de la société d'État détaillant les compensations financières que pourraient recevoir les propriétaires touchés par le passage de la ligne.
Un geste que dénonce l’UPA de Chaudière-Appalaches. Ils rappellent que l'entente de principe conclue avec Hydro-Québec en novembre concernant le passage des lignes de transport d’électricité en milieux agricole et forestier n’a pas encore été entérinée. Ils auraient pu attendre que l’entente soit réellement conclue pour aller de l’avant avec ça, note James Allen, président de l'UPA de la Chaudière-Appalaches.
Je trouve qu'Hydro-Québec, ils font le cowboy pas mal.
Hydro-Québec justifie son action en citant un communiqué publié conjointement avec l'UPA en novembre dernier. Les nouvelles compensations prévues dans l’entente de principe sont applicables à tout nouveau projet depuis la signature de cette entente, le 10 novembre 2025, peut-on lire dans ce communiqué.

Des citoyens de Bellechasse sont préoccupés après avoir reçu une lettre de la part d'Hydro-Québec les informant qu'une ligne à haute tension pourrait passer sur leur terrain.
Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond
Dans Bellechasse, certains citoyens sont peu optimistes face aux compensations financières. L’argent ne remplacera pas ma terre avec toute la misère et le jus de bras qu’on a mis sur notre terre, estime Sylvie Gauthier, copropriétaire de la ferme agrotouristique Mille fleurs, située à Saint-Lazare.
Son conjoint et partenaire, Jacob Hudon, renchérit. Il va y avoir une dépréciation qui va faire en sorte que nos terrains ne vaudront plus vraiment ça. Le montant d'argent [des compensations], il va être imposé aussi, donc finalement il va rester quoi?, questionne-t-il.
Les journées portes ouvertes prévues par Hydro-Québec dans Bellechasse se tiendront les 17 et 24 mars à Saint-Damien-de-Buckland et Armagh.


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