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Le Musée d’histoire de Sherbrooke a fait une découverte inusitée à même sa collection d’archives : une missive envoyée par Louis-Joseph Papineau à Ludger Duvernay.
Cette trouvaille arrive à point pour la Journée nationale des patriotes. Louis-Joseph Papineau et Ludger Duvernay étaient deux ardents défenseurs des idées des Patriotes. Ce dernier a d’ailleurs été l’éditeur du journal La Minerve, qui défendait le point de vue libéral.

La signature de Louis-Joseph Papineau.
Photo : Radio-Canada / Laurence Frappier
Après l'échec des rébellions des Patriotes de 1837-1838, Papineau et Duvernay se sont exilés. D’abord aux États-Unis, puis Papineau a pris un bateau vers Paris, à la recherche du soutien de la monarchie française – qui toutefois a refusé de se mêler à ce conflit opposant l’Angleterre et sa colonie.
En 1940, l’Acte d’Union est adopté. Le Haut-Canada et le Bas-Canada fusionnent pour former la Province du Canada, aussi appelée à l’époque le Canada-Ouest et le Canada-Est.
C’est dans ce contexte que les deux Patriotes ont entretenu une relation épistolaire. Ils échangeaient par écrit sur leurs idées politiques, sur le climat politique qui régnait et qu’ils comparaient respectivement avec celui des États-Unis et de Paris.
Parenthèse dans le temps
Je vous remercie des feuilles que vous m'aviez envoyées, dans lesquelles vous souteniez l'opinion que les électeurs devraient s'abstenir, parce que même s'ils s'engagent dans la lutte électorale, ils ne feront pas avec le succès qu'ils ont l'air de soumettre volontiers à la décision de l'Angleterre, récite Julien Bazile, responsable de la recherche au Musée d’histoire de Sherbrooke.
Il fait partie de l’équipe qui a trouvé la missive et qui l’a replacée dans son contexte.

Julien Bazile est le responsable de la recherche au Musée d’histoire de Sherbrooke.
Photo : Radio-Canada
Il s’agit, donc, d’une lettre envoyée par Papineau, de Paris, à Duvernay, à Burlington, en janvier 1841. C’est l’année à laquelle se sont tenues les élections des députés de la toute première législature de l'Assemblée législative de la Province du Canada.
Ce qu’on apprend dans la lettre, c’est que Duvernay comme Papineau étaient d’avis qu’il fallait boycotter ces élections.
C'est que s’ils se soumettent à la décision de l'Angleterre, s'ils participent au vote et qu'ils perdent le vote, ce que [Papineau] pense qu’il va se produire, bien ils auront quand même donné leur leur aval. En fait, ce sera dire, vous avez joué le jeu électoral, vous l'avez perdu, mais vous l'avez quand même joué. Donc vous reconnaissez le jeu électoral, explique Julien Bazile.
L'Union n'est pas reçue plus librement que ne l'ont été les coups de fusil, ni l'exécution, les assassinats militaires.
Valeur historique
C’est un observateur qui est européen, désormais, puisqu’il est en France, qui parle avec un observateur qui se trouve aux États-Unis, résume Julien Bazile. Une lettre comme celle-ci, c’est une porte ouverte, un regard sur une période très précise de l’histoire.
C'est un exemplaire unique et, je crois, inédit. En fait, on ne la trouve pas dans les compilations de correspondance entre Duvernay et Papineau, ajoute-t-il.

Le document d'archives est très bien conservé.
Photo : Radio-Canada / Laurence Frappier
Ce qui est intéressant aussi, c’est qu’il s’agit de la lettre originale, manuscrite à la plume par Papineau. Une lettre particulièrement intéressante par son état de conservation qui est quand même excellent, relève Julien Bazile.
Comment la lettre est parvenue en Estrie?
Le fait qu'on l'ait ici, c'est un peu une anomalie en soi, fait remarquer Julien Bazile.
Je n'ai pas d'information sur la date exacte à laquelle elle nous est parvenue, précise-t-il.
L’étrange voyage de cette missive de Paris à Burlington, puis de Burlington à Sherbrooke, restera fort probablement un mystère.

À cette époque, en guise d'enveloppe, les lettres étaient pliées et fermées avec un sceau.
Photo : Radio-Canada / Laurence Frappier
Maintenant que cette précieuse archive a été retrouvée dans la salle des archives, dans un dossier de recherche abandonné probablement depuis plusieurs années, elle aura droit à un traitement de choix.
Elle sera placée dans les collections officielles du musée, avec une meilleure méthode de conservation. Une description exhaustive en sera faite et une version numérisée sera aussi créée.
Et ensuite? Ce qu’on va faire, c’est en parler, comme on le fait, là, maintenant. Donc, on essaie de la montrer, peut-être de la filmer, de la numériser, de faire circuler un petit peu son contenu. Surtout à l’occasion de la fête des Patriotes.


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