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Depuis le début du mois de janvier, le prix de l’essence à la pompe ne cesse de diminuer à Matane et des propriétaires de stations-service vivent difficilement cette guerre de prix que livrent des compétiteurs.
C’est le cas de Martin Charette, propriétaire de la station-service Esso Le Cristal, qui, lundi, vend son essence 1,38 $ le litre, soit près 10 cents de plus que son concurrent le plus près, situé à un coin de rue de son commerce.
À court terme, ça va devenir impossible de poursuivre, parce qu’on ne peut pas vendre à perte comme ça et maintenir les emplois en place , confie M. Charette, qui estime avoir déjà perdu la moitié de ses ventes.
J’ai des gens qui sont à l’emploi ici depuis plus de 34 ans. D’une journée à l’autre, je me demande, est-ce que je vais devoir abandonner ?

Martin Charette est le propriétaire du dépanneur Esso Le Cristal, situé en bordure de la route 132.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Même son de cloche au Dépanneur du Lac, où le propriétaire perd aussi de l’argent en vendant son essence.
On est le seul indépendant en Matanie et vu que c’est un peu comme David contre Goliath […] on va suivre le mouvement, mais on n’est pas les instigateurs, autant dans les baisses que dans les montées de prix. On fait juste suivre la marche , explique Mathieu Fortin.
On est prêt à se donner à 200 % pour éviter une fermeture, évidemment.

Mathieu Fortin est propriétaire du dépanneur du Lac.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
M. Fortin mise donc sur la diversification des services, par exemple avec la présence de pompistes, le lave-auto, la vente de propane ou encore la vente de produits alimentaires, comme du prêt-à-manger et des bières de microbrasseries. Ça nous aide à compenser au niveau des pertes , dit-il.

Le Dépanneur du Lac à Matane.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Le dépanneur Le Cristal tente aussi de se démarquer avec son offre de services, notamment avec un service à la pompe, ce que la clientèle fidèle semble apprécier.
On vient toujours ici et au-delà du prix de l’essence, c’est le service aussi et on est bien servi par Martin. On aime mieux venir encourager tout le temps la même place que de se promener à suivre le prix du gaz , mentionne Marie Lou Fournier.

Malgré le prix de l'essence plus cher à la station-service Le Cristal, Marie Lou Fournier préfère encourager le commerce en raison des services offerts.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Pas de prix plancher
On peut très clairement décrire ce qu’il se passe aujourd’hui comme une guerre de prix , affirme le professeur à HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie, Pierre-Olivier Pineau.
Le professeur rappelle que, l’été dernier, le gouvernement du Québec a fait le choix d’éliminer le prix plancher sur l’essence pour stimuler la concurrence.

L'expert Pierre-Olivier Pineau rappelle qu'ultimement, une réflexion globale sur la transition énergétique sera nécessaire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Cette décision a été, selon lui, une mauvaise idée, puisque, même si le consommateur est gagnant à court terme, un monopole risquerait de faire augmenter les prix à plus long terme si les petits détaillants fermaient leurs portes.
Cette concurrence accrue va se faire de manière un peu anarchique et surtout de manière très difficile à prévoir avec une guerre de prix quelque part qui va faire mal à certains joueurs et qui va amener des fermetures de stations services, qui peuvent jouer un rôle très important localement , précise M. Pineau.
Je ne pense pas que c’était une bonne idée d’enlever ce prix plancher, même s’il faut que le secteur de la distribution d’essence évolue dans les années à venir parce qu’on est en transition énergétique. Il va falloir penser à une transformation globale du secteur.

Le prix de l'essence au dépanneur Le Cristal à Matane, lundi.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
CAA Québec croit plutôt que le consommateur doit profiter de la situation. [Le prix] va remonter à un moment donné, ça, c’est sûr , prévient son porte-parole, Simon Bourassa.
Ce sont des dynamiques commerciales un peu hypothétiques, pour l’instant, réjouissons-nous du fait que les gens paient moins cher , ajoute-t-il.
D’après CAA Québec, le prix réaliste dans une station-service du Bas-Saint-Laurent devrait être de 1,50 $ le litre. La Régie de l’énergie estime quant à elle que le prix moyen devrait plutôt être de 1,39 $ le litre.
Avec les informations de Jean-François Deschênes.


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