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« La Journée nationale des peuples autochtones, c’est tous les jours »

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Le 21 juin est synonyme de spectacles, de musique, de danse et de chants en langues autochtones pour les Premières Nations, les Métis et les Inuit au Canada. Mais, au-delà des festivités, toutes ces formes d’expression incarnent quelque chose de plus grand que la seule Journée nationale des peuples autochtones.

Ce que nous devons faire [au quotidien], c’est d’avoir une attitude de gratitude. Et ça s’exprime dans nos langues, nos cérémonies, nos chansons, nos danses et nos rituels, tous les éléments mis en valeur et célébrés chaque 21 juin, explique l’aîné kanienkeha:ka (mohawk) Kanahsohon Kevin Deer.

La gratitude et l’humilité s’imposent, car, fait-il valoir, l’humain dépend de la nature qui l’entoure. Alors, pour moi, la Journée de peuples autochtones, c’est tous les jours, parce que toutes ces choses [dans la nature] ne cessent d’accomplir leur rôle.

Kanahsohon Kevin Deer debout sous un chapiteau.

Kanahsohon Kevin Deer souligne que la gratitude envers la nature et le monde qui nous entoure est essentielle.

Photo : Radio-Canada / Dominique Degré

Cette vision ne se limite pas aux croyances des Kanienkeha:ka. Même s’il vient d’Inuviak, dans les Territoires du Nord-Ouest, le musicien inuvialuk Willie Thrasher partage exactement cette philosophie.

La Journée nationale des peuples autochtones, c'est un peu comme ce que les aînés nous disent : c'est tous les jours. On protège la Terre, on protège le territoire, on enseigne aux enfants la façon dont on vivait il y a des milliers d'années. On préserve nos tambours traditionnels, nos chants, nos danses, nos légendes et notre médecine et on les transmet au monde.

Les deux hommes étaient à Montréal, au square Cabot, avec d’autres musiciens et danseurs, à l'occasion d’un concert pour la Journée nationale des peuples autochtones, le premier afin d'offrir une prière d’ouverture pour le spectacle et l’autre pour une prestation plus tard en fin de journée.

Le 21 juin demeure néanmoins une journée importante à part entière, d’après Willie Thrasher. On dirait que, chaque année, nous apportons toujours quelque chose dont notre peuple a besoin, ce qui manque à notre peuple, et ce que nous enseignons à nos enfants, note le multi-instrumentiste de 78 ans.

Willie Thrasher joue de la guitare et de la grosse caisse.

Willie Trasher a joué un peu partout dans le monde au fil de sa longue carrière.

Photo : Radio-Canada / Dominique Degré

Et ça nous aide énormément à écrire les chansons que l'on ressent au plus profond de son cœur, ce que les autres Autochtones ressentent, ce que les aînés ressentent. Ils nous le transmettent, et nous leur transmettons nos histoires, et nous combinons le tout.

Une autre journée pour la réconciliation

C'est comme si c'était une bonne journée pour être autochtone, mais pour nous, c'est toujours une bonne journée pour être autochtone, croit de son côté Judie Acquin, musicienne wolastoqey au sein du groupe The Hello Crows.

Avoir une journée qui est en quelque sorte mise de côté pour être reconnue [...] c'est bien que ce soit là, mais c'est triste que ça doive être là. Et, je pense que ce serait différent si tout le monde célébrait ça avec nous, souligne l’artiste originaire de la communauté de Sitansisk, au Nouveau-Brunswick.

Des gens réunis en cercle dans un parc

Les participants au cercle de tambours se préparent.

Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson

Et d'ailleurs, pas loin du square Cabot, à Verdun, des dizaines de personnes – Autochtones et allochtones – étaient rassemblées dès la mi-journée au parc Arthur-Therrien, à l’invitation de Montréal autochtone, en partenariat avec la Southern Quebec Inuit Association (SQIA) et Tasiutigiit, un groupe de soutien pour les familles interculturelles d'enfants inuit et des Premières Nations.

Verna Kanatsiak, originaire du Nunavut, est coordonnatrice des activités familiales pour Tasiutigiit. Elle habite à Kahnawà:ke depuis plusieurs années et elle est venue faire la fête avec son fils de trois ans.

Je suis là pour passer un bon moment avec mon fils, dit-elle. Nous nous connaissons tous; c'est donc très agréable de se retrouver juste avant l'été et de passer une journée ensemble pour fêter ça.

Verna Kanatsiak tient son fils dans ses bras.

Verna Kanatsiak est coordonnatrice des activités familiales pour Tasiutigiit.

Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson

Nous sommes là pour célébrer notre résilience et la communauté que nous avons bâtie au fil du temps; j'en suis fière.

Les festivités ont commencé avec un cercle de tambours, des jeux inuit, comme le high kick (coup de pied haut), des activités pour les enfants, un marché d’été et de la nourriture traditionnelle. Elles se sont terminées abruptement vers 14 h à cause de la pluie torrentielle qui s'est abattue sur le parc, causant l'annulation de plusieurs activités.

Plusieurs participants avaient répondu à l’appel de l’organisation Tasiutigiit. Judith était présente avec ses deux filles adoptives, d’origine inuit, pour qu’elles partagent la culture, explique-t-elle.

C’est la deuxième année qu’elle venait à l’activité. Les filles aiment voir des personnes qui sont pareilles à elles, précise-t-elle.

Un homme saute pour frapper une balle suspendue.

Démonstration de coup de pied en hauteur, une épreuve sportive traditionnelle inuit

Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson

Lina, d’origine colombienne, était accompagnée de ses deux jeunes enfants, de 7 et de 17 mois, frère et sœur inuit qu’elle a adoptés. Elle se fait un point d’honneur d’exposer les enfants à leur culture d’origine, a-t-elle expliqué. Elle était venue à la fête avec sa fille aînée, son mari et ses beaux-parents, qui s’impliquent fortement dans les activités de Tasiutigiit.

Originaire du Nunavut, mais résidant maintenant à Montréal depuis quatre ans, Cindy était là avec ses deux enfants.

C'est l'occasion d'accéder à des activités que l'on ne pratique pas au quotidien et de renouer avec les gens, observe-t-elle. Ce qu’elle préfère? La musique, la danse, les activités, la nourriture… tout est bon!

De l’importance du partage

Karina, elle, se décrit comme une alliée. Elle était venue accompagner une jeune fille inuit de 17 ans placée en centre jeunesse. Une des rares possibilités pour cette dernière de sortir et de voir des jeunes de son âge.

Valerie Reynolds et Alexander Meloche, étudiants à Dawson, sont originaires respectivement de Kebaowek et de Kahnawà:ke.

Valerie, bénévole pour Montréal Autochtone, devait être mannequin au défilé de mode prévu en fin d’après-midi, mais qui a finalement été annulé. Je suis venue voir mes amis, soutenir Montréal Autochtone et simplement être parmi les membres de la communauté, souligne-t-elle. C’est très important pour moi.

Alexander Meloche et Valerie Reynolds sont debout dans le parc.

Alexander Meloche et Valerie Reynolds sont étudiants au collège Dawson.

Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson

Alexander, pour sa part, apprécie cette occasion de renouer avec sa culture. Depuis mon installation à Montréal, je constate qu'il y a peu d'occasions de se rapprocher de la culture autochtone.

Pouvoir simplement prendre une journée pour soi, sans soucis, et se reconnecter à son identité, à sa culture ainsi qu'aux autres Autochtones présents ici, c'est précieux.

Je prends mon temps, je flâne au marché, et je garde l'esprit léger, ajoute Alexander, parce que, parfois, les choses peuvent être vraiment lourdes.

Les vérités sur l'histoire et le traitement des peuples autochtones, aussi dures puissent-elles être à raconter, sont nécessaires, même dans des contextes de célébration.

On accorde beaucoup de valeur au fait de pouvoir partager des histoires, d'où on vient, comment notre identité joue là-dedans, influence notre musique, et aussi pouvoir partager certaines dures vérités, de temps en temps, sur lesquelles, on doit se pencher. On le doit, c'est comme ça que la réconciliation se produit, relate Quinn Bonnell, guitariste d’origine mi’kmaw pour The Hello Crows.

Judie Acquin et Quinn Bonnell côte à côte dans un parc.

Judie Acquin (à gauche) et Quinn Bonnell (à droite) sont venus du Nouveau-Brunswick avec leur formation, The Hello Crows.

Photo : Radio-Canada / Dominique Degré

Ça nous donne l'occasion, à certains d'entre nous qui possédons ce savoir, de partager une partie de ces connaissances et de ces informations afin que nous puissions avoir de meilleures relations les uns avec les autres, avec la Terre-Mère, avec les ancêtres, renchérit KanahsohonKevin Deer.

Tout est une question d'amour, de paix, d'avoir une attitude de gratitude, de rendre grâce, ajoute-t-il. L’aîné estime également qu’adopter cette posture et cette ouverture est la seule manière de bousculer le statu quo afin de trouver de réelles solutions aux grandes crises environnementales et sociales de notre époque.

Des millénaires de traditions mis en valeur depuis 30 ans

La Fraternité des Indiens du Canada, qui deviendra plus tard l’Assemblée des Premières Nations, réclamait à partir de 1982 la création d’une Journée nationale de solidarité autochtone.

Le Québec est devenu la première province à faire du 21 juin une journée de reconnaissance des cultures autochtones en 1990, la même année que la résistance de Kanesatake (aussi appelée crise d’Oka), événement qui a décuplé les tensions entre les sociétés allochtones et autochtones.

Le siège de 78 jours de la communauté kanienkeha:ka a mené à la création de la Commission royale sur les peuples autochtones l’année suivante. Les commissaires recommanderont dans leur volumineux rapport paru en 1996 une journée de reconnaissance des peuples autochtones.

Cette même année, le gouverneur général Roméo Leblanc, par l'entremise d’une proclamation royale, fait du 21 juin la Journée nationale des Autochtones (qui deviendra la Journée nationale des peuples autochtones en 2017).

Le choix du 21 juin n’est pas anodin, car le solstice d’été est souligné de différentes manières partout sur l’île de la Grande Tortue (l’Amérique du Nord) depuis des temps immémoriaux.

Le Soleil possède toute cette puissance, tout cet amour et cette lumière qui font tout grandir. Aujourd'hui est donc le jour le plus long, et nous le remercions d'avoir déployé toute sa force et son énergie pour toute cette saison de croissance, explique Kanahsohon Kevin Deer.

C'est comme pour quelqu'un qui court un marathon et qui gagne : il y a mis tout son amour, son énergie, il a excellé et a atteint le sommet de ce qu'il essayait d'accomplir. Aujourd'hui, notre grand frère le Soleil est au plus haut [...] Il nous incombe alors de faire ces cérémonies.

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