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Une grande partie de la Grande Muraille n’est pas en pierre mais en terre : ce que beaucoup prendraient pour une salissure à gratter la protège de la pluie

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Gratter la pellicule vivante qui recouvre certains pans de la Grande Muraille reviendrait à retirer leur manteau de pluie. Une étude parue le 8 décembre 2023 dans Science Advances, signée Yousong Cao, Matthew Bowker, Manuel Delgado-Baquerizo et Bo Xiao, montre que ces « biocroûtes » protègent la terre damée de l’érosion. Elles couvrent 67 % des sections étudiées, et la terre qu’elles recouvrent résiste bien mieux que la terre nue.

Ce que l’on prend pour de la saleté est un tissu vivant.

À retenir

  • Une croûte vivante couvre 67 % des sections étudiées de la Grande Muraille.
  • Sous cette couche, la terre damée résiste nettement mieux à l’érosion.
  • La solidité mesurée progresse de 37 à 321 % selon les paramètres testés.

Sommaire

  1. Une muraille de terre que la pluie ronge
  2. Moins d’eau, plus de solidité : le détail des mesures
  3. Une armure tissée par des organismes

Une muraille de terre que la pluie ronge

La Grande Muraille n’a rien d’un bloc de pierre uniforme. Sa construction s’étale sur plusieurs siècles à partir de 221 avant notre ère, soit il y a plus de 2 200 ans, avec des matériaux variés, surtout de la pierre et de la terre damée. Cette dernière est de la terre compactée, et c’est elle qui compose les pans étudiés, vieux de plusieurs siècles. Le Smithsonian évoque un édifice d’environ 13 000 miles, soit plus de 20 000 kilomètres, davantage que la distance entre Paris et Sydney.

Or la terre damée est exposée de plein fouet. Le résumé de l’étude constate que l’édifice souffre de l’érosion par la pluie et le vent, et qu’il est largement colonisé par des biocroûtes.

Ces biocroûtes associent cyanobactéries, mousses, lichens et autres micro-organismes, soudés à des particules de sol. Pendant des années, des scientifiques ont supposé qu’elles accéléraient l’érosion, rapporte le site Phys.org. L’équipe de Bo Xiao, spécialiste des sols à l’Université agronomique de Chine, à Pékin, a voulu vérifier, car leur effet sur la longévité de la muraille restait quasi inconnu.

Ces croûtes ne sont pas une exclusivité chinoise : la fondation Resoil les décrit comme typiques des étendues arides ou semi-arides, et comme une ressource naturelle importante mais sous-estimée. À l’échelle d’un jardin, on pense à la mousse d’un trottoir ou d’une vieille tuile, avec une différence de taille : ici, des chercheurs ont mesuré ce qu’elle fait.

Moins d’eau, plus de solidité : le détail des mesures

Les chercheurs ont mené un relevé étendu le long de la muraille, puis analysé en laboratoire des échantillons de biocroûtes prélevés en plusieurs points. Verdict de terrain : 67 % des sections étudiées en portent. Comparées à la terre damée nue, les zones couvertes sont moins poreuses, retiennent moins d’eau, s’érodent moins et contiennent moins de sel, avec des baisses de 2 à 48 %. L’ampleur de l’effet dépend toutefois des caractéristiques de la croûte, du climat et du type de structure.

Sur les sections observées, ces croûtes sont surtout faites de mousses ou de cyanobactéries, des microbes photosynthétiques. Elles recouvrent plus des deux tiers de la structure, selon le compte rendu de la revue Science. La terre nue sert de point de comparaison.

Côté solidité, les gains vont de 37 à 321 %.

Quatre mesures progressent : la résistance à la compression, la résistance à la pénétration, la résistance au cisaillement et la stabilité des agrégats. À 321 %, on dépasse le quadruple de la valeur de départ. Pour la terre damée, cela donne un matériau qui encaisse mieux l’écrasement, l’enfoncement et le glissement des couches, et dont les grains se délitent moins.

Le résumé ne précise pas quel paramètre recule de 48 % et lequel de 2 %. Pour le détail, il faut ouvrir l’article complet, publié en accès libre.

Une armure tissée par des organismes

La solidité de la croûte tient, selon Phys.org, à la sécrétion de polymères fortement liés. Bo Xiao décrit un réseau cohésif où se mêlent substances cimentaires, filaments biologiques et agrégats de sol. Matthew Bowker, coauteur et écologue des sols, parle d’une « peau vivante », formule reprise dans la presse scientifique. Cette peau protège la muraille du vent et de l’eau.

Les auteurs listent plusieurs rôles possibles : stabiliser, consolider, servir de couche sacrificielle et de toit de drainage, d’après ZME Science. Une couche sacrificielle s’use à la place du matériau qu’elle recouvre.

Le constat bouscule un réflexe : celui de nettoyer. Dégager à la brosse un pan de terre damée pour lui rendre un aspect net risquerait d’ôter la couche qui le protège. Le résumé de l’étude ne traite pas du nettoyage, cette déduction reste donc la nôtre.

Les chercheurs y voient une piste de conservation fondée sur la nature.

Selon ZME Science, l’approche serait peu coûteuse et durable. Science rapporte qu’avec les progrès techniques, on pourrait un jour cultiver de nouvelles biocroûtes pour épargner la muraille. L’écologue Nichole Barger, de The Nature Conservancy, juge le travail « innovant et créatif ». Archaeology Magazine ajoute que ces résultats pourraient éclairer la conservation d’autres édifices en terre damée.

Pour le visiteur d’un pan de terre, le message tient en peu de gestes : ne pas gratter la croûte, ne pas en arracher un morceau, ne pas y voir une dégradation. Ce sont des déductions de l’étude, pas une consigne émise par une institution.

La protection reste conditionnelle, car elle varie avec le climat et le type de structure. Les activités humaines demeurent, de leur côté, une menace pour l’édifice, rappelle Archaeology Magazine. Quant aux biocroûtes, elles ne couvrent qu’environ deux sections étudiées sur trois.

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