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Une étude, le déclin du hockey et le mythe des talents précoces

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À cause de nombreux signes confirmant le déclin de nos systèmes de hockey, le thème du développement de talent n’a probablement jamais été aussi populaire qu’au cours des dernières semaines au Québec et au Canada. Or, une étude absolument fascinante a été publiée à ce sujet au début du mois de décembre. Pendant que tout le monde tire à gauche et à droite pour proposer sa solution aux problèmes que traverse le hockey, les conclusions de cette étude nous ramènent à l’essentiel.

Menée par le professeur Arne Güllich de l’Université de Kaiserslautern-Laudau, en Allemagne, une équipe de chercheurs européens et américains a passé en revue 19 banques de données qui ont servi de base aux études les plus marquantes sur le développement des talents d’exception. Ils ont ainsi décortiqué les parcours de 34 839 talents exceptionnels à travers le monde. On retrouvait bien sûr une grande majorité d’athlètes de calibre mondial dans ce vaste groupe, mais aussi des récipiendaires du prix Nobel dans le domaine des sciences, des membres du top 10 mondial aux échecs ainsi que des compositeurs et musiciens de renom.

Les constats de l’équipe du professeur Güllich frappent fort. Ils démontent complètement une croyance, fort répandue, voulant que les talents qui réalisent des performances exceptionnelles à l’enfance et à l’adolescence se démarquent ensuite sur la scène mondiale à l’âge adulte.

En fait, c’est plutôt le contraire.

En conséquence, selon les chercheurs, les parents qui encouragent leur enfant à se spécialiser dans un seul sport durant leur enfance sont complètement dans le champ. Tout comme les organisations ou les fédérations sportives qui identifient le talent trop rapidement.

Quatre-vingt-deux pour cent (82 %) des athlètes internationaux d’âge junior (adolescence) n’atteignent pas le statut d’athlète international à l’âge adulte. Et 72 % des athlètes internationaux adultes n’étaient pas des athlètes internationaux chez les juniors. Donc, 90 % des athlètes ayant évolué sur la scène mondiale aux niveaux junior et sénior sont des personnes différentes. Et quand on analyse les résultats des athlètes de calibre mondial les plus performants, 90 % des médaillés aux niveaux junior et sénior sont aussi des personnes différentes, écrivent les chercheurs.


Ces derniers établissent que les indicateurs de performance des jeunes surdoués sont différents des indicateurs de performance des individus qui figureront parmi les meilleurs au monde à leur apogée, à l’âge adulte.

Les talents précoces accumulent un plus grand nombre d’heures de pratique que leurs pairs dans leur sport principal, mais moins dans d’autres sports. Par contraste, les athlètes adultes de niveau mondial, en comparaison avec les athlètes de calibre national, ont cumulé moins d’heures de pratique dans leur sport principal et ont consacré un plus grand nombre d’heures à d’autres disciplines sportives. En moyenne, les adultes de niveau mondial ont pratiqué deux autres sports pendant plus de neuf ans durant leur enfance et leur adolescence, révèle l’étude.

En conséquence, l’atteinte de performances de niveau mondial est typiquement associée à des progrès graduels dans une discipline donnée durant les premières années de la pratique sportive ainsi qu’à une plus grande pratique multidisciplinaire à l’enfance. La spécialisation dans un seul sport survient de façon graduelle et de façon plus tardive.

Un jeune lance un ballon vers un panier de basketball.

Un jeune joue au basketball.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Il est particulièrement intéressant de noter que des données correspondantes ont été recensées dans d’autres domaines d’activités, comme les échecs, les parcours scolaires et la musique.

Forts de ces constats, les chercheurs estiment que les décideurs des programmes de formation de l’élite doivent être sensibilisés au fait que, lorsqu’ils sélectionnent les jeunes les plus prometteurs, le groupe retenu ne comprend qu'une minorité des futurs adultes les plus performants, la majorité de ces derniers se trouvant en dehors de ce groupe.

Par conséquent, pour concevoir des programmes qui favorisent le développement des individus les plus exceptionnels, il convient d'identifier les jeunes ayant le potentiel d'atteindre un niveau de performance mondial sur le long terme, analysent-ils, logiquement.


Les lecteurs réguliers de cette chronique savent que le développement des systèmes sportifs (souvent au hockey) et des athlètes est un sujet que j’aborde fréquemment. Ce sont des sujets dont je discute souvent avec des experts canadiens ou avec des intervenants d’autres pays qui tentent de devenir plus compétitifs sur la scène internationale.

Le déclin du hockey québécois est un thème que j’aborde régulièrement depuis plus de 20 ans. Pour sa part, l’armure canadienne a aussi commencé à craquer au cours des récentes années et ce phénomène a aussi fait l’objet de plusieurs textes.

Malgré cela, ma boîte de courriels a été inondée de messages de lecteurs indignés durant les Fêtes. Certains étaient inquiets ou fâchés de constater que l’équipe canadienne masculine ne comprendra aucun Québécois aux Jeux de Milan et/ou qu’un seul Québécois avait réussi à percer la formation d’Équipe Canada junior.

Pourquoi n’écrivez-vous rien à ce sujet? Les médias passent ce scandale sous silence!, dénonçaient certains.

D’autres lecteurs ont vu le Canada frôler une seconde défaite d’affilée contre la Lettonie et se faire battre par la Tchéquie pour une troisième année de suite au Championnat mondial junior. Confus, ils tentent de comprendre ce qui se passe avec notre sport national.

Seulement 3761 garçons pratiquent le hockey en Lettonie et seulement 20 404 en Tchéquie. Comment ces petites nations de hockey peuvent-elles rivaliser avec le Canada, où l’on retrouve plus de 386 000 hockeyeurs masculins? Et comment se fait-il que le Québec, avec un peu plus de 80 000 joueurs, ne soit même plus dans le portrait dans les équipes nationales?

Ça se résume de façon assez simple. Les autres pays – et de multiples études comme celle mentionnée plus haut – ne cessent de nous démontrer que nous avons atteint le point où la science est plus forte que la loi du nombre. En clair, ils nous disent que nous sommes passés date et que de simplement faire jouer nos meilleurs joueurs les uns contre les autres à partir de l’âge de 11 ans pour dominer sur la scène mondiale ne fonctionne plus.

J’écrivais récemment qu’on retrouve, dans la LNH, un plus grand nombre de Québécois (12) qui ont été repêchés entre les 73e et 207e rangs par leur équipe de la LHJMQ (ou qui n’ont pas été repêchés du tout) que de joueurs (11) qui ont été repêchés parmi les cinq premiers et qui étaient considérés comme les joueurs les plus talentueux de leur groupe d’âge quand ils avaient 15 ans!

Ça va exactement dans le même sens que l’étude mentionnée ci-haut.

Les Lettons misent sur un bassin de hockeyeurs trois fois moins grand que celui de la région Chaudière-Appalaches. Et pour une deuxième année de suite, ils ont forcé le Canada à se rendre en prolongation au mondial junior. Si ces résultats n’ont pas l’effet d’un coup de fouet sur les dirigeants de nos fédérations, nous sommes perdus.

Mais surtout, si des études comme celle du professeur Güllich ne secouent pas les parents qui noient leurs enfants dans le hockey d’hiver, le hockey d’été, les écoles de hockey, le sport-études en hockey à 13-14 ans et l’entraînement hors glace spécifique au hockey, nous n’en sortirons jamais non plus.

La qualité de l’expérience sportive d’un enfant, c’est un peu comme l’éducation et la scolarité. Ça commence à la maison.


Par ailleurs, en lisant l’étude du professeur Güllich et en gardant en tête la situation actuelle du hockey québécois et canadien, je n’ai pu m’empêcher de penser, par exemple, à cette chronique publiée il y a six ans. Dans ce texte, l’expert canadien André Lachance expliquait que le reste du monde adhérait dorénavant au concept de la littératie sportive (le multisport) non seulement pour développer des athlètes de pointe, mais surtout pour développer des citoyens qui resteront actifs durant toute leur vie.

Les propos de Lachance rejoignant exactement les constats de la dernière étude, une question se pose : que faisons-nous encore avec des programmes sport-études dans lesquels les jeunes de 13 et 14 ans pratiquent le même sport à l’année?

En lisant cette étude, j’ai aussi pensé au directeur sportif de la Fédération tchèque de hockey, Petr Jonak, qui me racontait l’an dernier que, pour empêcher que ses athlètes deviennent unidimensionnels, son organisation organise dorénavant des tournois au cours desquels les équipes participent à deux sports simultanément. Ainsi, deux équipes de hockey peuvent s’affronter sur la glace en matinée et s’affronter à nouveau sur un terrain de soccer après le dîner.

Les Tchèques ont modernisé leur approche en suivant le cours de la science et ils continuent de le faire. Ce n’est peut-être pas un hasard s’ils sont soudainement devenus la bête noire du hockey junior canadien.

En prenant connaissance des conclusions de cette étude fort révélatrice, j’ai aussi pensé au récent remaniement de structure annoncé par Hockey Québec.

Dans l’espoir de redonner de la compétitivité au hockey québécois, ce remaniement consiste essentiellement à réunir dans deux nouvelles ligues les 200 meilleurs talents québécois de 14 ans et les 200 meilleurs talents de 15 ans.

Les dirigeants de HQ ont des intentions louables. Ils veulent sélectionner eux-mêmes les 200 talents de chaque groupe d’âge. Ils se disent probablement qu’ils auront assez de flair pour identifier ceux qui auront le plus grand potentiel de développement. HQ souhaite par ailleurs s’assurer que ces jeunes seront entraînés dans une perspective de développement à long terme et non de victoire immédiate.

Mais au bout du compte, ils identifieront leur fine élite à l’âge de 13-14 ans et ils commettront exactement l’erreur que dénoncent les auteurs de l’étude. Mais plus grave encore, cette orientation de HQ incitera probablement des milliers de parents – disons des illettrés du sport – à pousser leurs enfants à se consacrer au hockey 12 mois par année à l’âge de 11, 12 et 13 ans afin de maximiser leurs chances de se faufiler parmi les 200 talents recherchés par la fédération.

On risque donc de continuer encore longtemps à naviguer dans le sens contraire de la science.

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