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Une équipe sherbrookoise en mission pour piéger le cancer du cerveau

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Depuis 25 ans, le neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin tente par tous les moyens de prolonger la vie de ses patients atteints d’un cancer du cerveau. Une stratégie fort ingénieuse pensée il y a une quinzaine d'années par l’un des professionnels de recherche de son laboratoire, qui était son étudiant à l’époque, semble enfin vouloir donner des résultats encourageants.

Mais pour bien comprendre la stratégie, il faut avant tout parler du cancer du cerveau, s’empresse de dire le Dr Fortin.

Une maladie complexe

Le premier point important est qu’une tumeur cérébrale, d’abord localisée à un endroit précis, va se répandre graduellement dans les tissus du cerveau et faire des dommages un peu partout. Quand on enlève la tumeur, on laisse toujours des cellules derrière; la chirurgie n’est jamais curative.

Des images de cerveau sur un écran d'ordinateur.

Le nouveau traitement agit comme un piège sur les cellules malignes logées dans le cerveau.

Photo : Radio-Canada / Laurent Ulrich

Le deuxième aspect qui complique le traitement de ce type de cancer, c’est la barrière hématoencéphalique (sang et cerveau) qui fait en sorte que les traitements de chimiothérapie, par exemple, sont en quelque sorte bloqués par cette cloison. C'est une limitation assez majeure dans le traitement des tumeurs cérébrales, précise le Dr Fortin.

Troisième contrainte, l’hétérogénéité tumorale, qui distingue le cancer du cerveau des autres types de cancers. La diversité des cellules cancéreuses fait en sorte qu’il est complexe de circonscrire une cible précise à laquelle s’attaquer lorsque vient le temps d’appliquer un traitement.

Face à ces trois obstacles de taille, comment arriver à offrir un traitement efficace aux patients? C’est là que l'innovation de l’équipe du Dr Fortin, qui vient d’être brevetée, entre en jeu. On l'appelle GlioTrap.

Des chercheurs dans un laboratoire du CHUS.

L'équipe de recherche du Dr David Fortin travaille depuis longtemps à développer un traitement efficace contre le cancer du cerveau. Cette photo montrant Gabriel Charest, Laurence Déry et Laurent-Olivier Roy a été prise en 2018. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Placer un piège dans le cerveau

L’une des étapes cruciales dans le traitement d’un cancer du cerveau se joue d’abord dans la salle d’opération. Lorsqu’un patient reçoit un diagnostic, le Dr Fortin va s’assurer de pouvoir retirer la tumeur au cours d'une chirurgie.

Un médecin.

Le neurochirurgien et neuro-oncologue au CHUS David Fortin (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Une fois réalisée, cette intervention laisse une cavité dans le cerveau. Cet espace va éventuellement permettre de recevoir le traitement conçu dans le laboratoire du Centre de recherche du CHUS.

Ce qu’on planifie de faire, c'est de déposer un gel qui va se dégénérer au fil du temps et qui va contenir trois substances. D'abord, de la chimiothérapie, qui va être libérée lentement au pourtour de la cavité de résection de la tumeur, explique le Dr Fortin. La substance déposée contiendra aussi un radio-isotope, qui va émettre des radiations sur une courte distance, ajoute-t-il.

Enfin, l’innovation la plus importante du traitement réside dans une molécule qui va agir comme une sorte d’aimant sur les cellules cancéreuses et qui permettra de les piéger et de les anéantir.

Un médecin dans son laboratoire.

Le Dr David Fortin souhaite obtenir du financement pour mener une recherche clinique sur le nouveau traitement que lui et son équipe développent.

Photo : Radio-Canada / Laurent Ulrich

Une molécule qui va attirer les cellules tumorales qui sont dispersées autour de la cavité pour les ramener vers le gel où elles vont être prises dans cette espèce de piège qui libère de la chimiothérapie à haute dose et le radio-isotope, mentionne le médecin spécialiste.

Des résultats encourageants

L’équipe du Dr Fortin, qui semble extrêmement soudée, a de quoi se réjouir puisque le GlioTrap présente des résultats préliminaires très encourageants. Pour la première fois, dans une phase préclinique menée sur des rats, la moitié ont été guéris par le traitement alors que les autres ont vu leur temps de survie prolongé. Aucun des spécimens traités par le nouveau procédé n'est mort précocement.

Avec ce nouveau dispositif, on a réussi à faire quelque chose qu'on n’avait jamais fait dans le passé, c'est-à-dire qu'on a réussi à guérir des animaux. Et ça, c'est du jamais vu.

L’idéateur du projet, le professionnel de recherche, détenteur d’un doctorat en science des radiations et radiobiologie Gabriel Charest, est aussi très heureux de ces résultats préliminaires. L’idée qu’il a eu d’attaquer la tumeur sur plusieurs fronts permet de croire que la stratégie est la bonne et que les travaux sont sur la bonne voie. Il y a une satisfaction [dans les résultats obtenus] que j’aurais difficilement pu obtenir ailleurs, dit-il, tout en précisant qu'il s'agit avant tout d'une réussite d'équipe.

Deux hommes regardent un écran d'ordinateur.

Gabriel Charest a proposé au Dr David Fortin une solution novatrice pour combattre le cancer du cerveau.

Photo : Radio-Canada / Laurent Ulrich

La doctorante en science des radiations Laurence Déry, qui a consacré ses études à ce projet novateur, n'avait aucune idée au départ du succès qui serait récolté. Ça a été beaucoup de travail, honnêtement, mais je suis vraiment très contente qu'on ait pu mener le projet aussi loin. Je suis très heureuse d'avoir pu y contribuer.

David Fortin se montre toutefois circonspect. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de crier victoire. Il faut être prudent, c'est un modèle animal. C'est arrivé dans le passé que des résultats spectaculaires dans des modèles animaux n’aient pas produit le même type de résultats chez les humains.

Vers une étude clinique

Justement, pour éprouver la nouvelle formule développée à Sherbrooke, l’équipe de recherche enclenchera la phase clinique, qui devrait pouvoir démarrer officiellement d’ici deux ans.

S’entame aussi une autre phase déterminante pour le succès d’une telle entreprise, celle du financement. Comme ç'a été le cas pour d’autres projets de recherche menés par le Dr Fortin et son équipe, le défi demeure entier parce que le cancer du cerveau est considéré comme une maladie rare.

Le glioblastome présente en effet une faible incidence au sein de la population, touchant environ 1500 personnes par an. Il est donc plus compliqué d’obtenir d’importants fonds, contrairement à des maladies ayant une plus grande incidence, comme le cancer du sein, du poumon ou de la prostate, explique David Fortin.

Un médecin dans un corridor.

Le neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin

Photo : Radio-Canada / Laurent Ulrich

Tout ce qu'on fait ici en laboratoire devra être fait avec une ampleur suffisante pour permettre une implantation chez l'être humain. Ça va demander beaucoup de sous, estime-t-il.

L’autre élément qui pourrait être une embûche au financement est la difficulté pour l’instant d’exporter le traitement, en raison de sa composition. On utilise un radio-isotope dont la durée de vie est assez courte et qu’on ne peut pas transporter pendant plusieurs jours, signale Gabriel Charest. Mais on a différentes solutions pour améliorer le produit. J'ai très hâte de travailler là-dessus, s’empresse-t-il de dire.

Les organismes subventionnaires aiment beaucoup les inventions qui sont faciles à déplacer. Notre approche mise beaucoup sur des compétences locales.

L’équipe de recherche du Dr Fortin se distingue depuis des années par sa capacité à innover. Déjà reconnue pour la chimiothérapie intra-artérielle, qui a fait passer le taux de survie médian des patients de 7 à 24 mois, elle pourrait éventuellement ajouter le GlioTrap et même le jumeler pour accroître encore plus l’efficacité thérapeutique et, qui sait, peut-être un jour permettre une guérison.

On pense que c'est une voie de l'avenir, conclut le neurochirurgien et neuro-oncologue.

Le professionnel de recherche Gabriel Charest tient à souligner l’apport de précieux collaborateurs, comme la Pr Brigitte Guérin, de l’Université de Sherbrooke, notamment responsable de la production des radio-isotopes, et le Pr Mohsen Akbari, bio-ingénieur à l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, qui fournit gracieusement le gel de base servant de véhicule pour la chimiothérapie, la radiothérapie et l'agent chimio-attractant.

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