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La Ville de Gaspé, en collaboration avec la Nation Micmac de Gespeg, a choisi une dénomination autochtone pour désigner le chemin qui sert au transport des pales d’éoliennes fabriquées chez LM Windpower. Or, ce choix critiqué est par Patrimoine Gaspésie.
Plus tôt cette semaine, le maire de Gaspé a annoncé que le chemin qui relie le parc industriel des Augustines et le port de Sandy Beach sera nommé Awtiget, et ce, si la Commission de toponymie du Québec accepte cette désignation.
Son futur nom en mi’gmaw, sélectionné à la suite d’une orientation favorable du conseil municipal, signifie ouvrir un chemin ou dégager un passage.

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, s'est réjoui sur les médias sociaux du choix fait par son conseil municipal. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Ce terme reflète littéralement la vocation de cette nouvelle voie de liaison industrielle menant au port et au rail, tout en portant une dimension symbolique forte de rapprochement entre les peuples, un rapprochement ouvrant le chemin, dégageant un passage vers une réconciliation et des partenariats durables, a mentionné le maire Daniel Côté dans une récente publication Facebook.
Ce dernier estime d’ailleurs que les élus ont posé un geste historique, puisque le chemin Awtiget sera le premier à bénéficier d’une appellation en langue mi’gmaw. Le maire Côté estime que cet ajout s’inscrit dans une approche d’ouverture partenariale mise de l’avant depuis l’entente signée en 2017 avec la Première Nation.
Patrimoine Gaspésie n’est pas d’accord
Patrimoine Gaspésie remet en question la décision de la Ville de Gaspé de choisir une dénomination mi'gmaw pour la route qui sert au transport de pales d'éoliennes.
Par communiqué, l’organisation déplore qu’il s’agisse davantage d’une décision politique qu’une analyse basée sur une réalité historique. Son président, Jean-Marie Fallu, a précisé en entrevue avec Radio-Canada que la volonté de la Ville de Gaspé d’intégrer des noms autochtones sur son territoire est louable.

Jean-Marie Fallu est président de Patrimoine Gaspésie.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Mais il ne faut pas le faire au détriment de l’histoire et, selon l’histoire récente, cette route-là est une route industrielle qui est en lien direct avec le développement éolien qu’a initié Bernard Landry, explique l’historien.
Patrimoine Gaspé avait précisément proposé, dans une lettre acheminée en 2023 à la Ville, que le nom de l'ex-premier ministre du Québec, considéré comme le père de ce créneau en région, soit choisi. Or, cette proposition n'a pas été retenue. [On a eu ] un accusé de réception, mais aucune consultation publique. Et pour une route comme ça, c’est important de faire des consultations publiques.
C’est toujours délicat lorsqu’on fait une dénomination toponymique, mais un critère de base, c’est qu’il faut le faire selon l’usage. Et cette route-là a un usage industriel contemporain [...].
Ce dernier considère d’ailleurs la décision de la Ville comme une dérive historique en ce qui a trait au critère relatif à l’usage.
Des réactions à la sortie de Patrimoine Gaspésie
Sur Facebook, la publication du communiqué de Patrimoine Gaspésie a suscité de nombreuses réactions, dont celle de la Nation Micmac de Gespeg. Cette dernière a d’abord rappelé que Gespe’gewa’gi est le territoire ancestral des Mi’gmaq depuis des temps immémoriaux.
Pour la Première Nation, tenter de dissocier les Mi’gmaq de l’histoire et du développement démontre malheureusement une compréhension limitée de [leur] présence, de [leurs] droits et de [leur] contribution passée, actuelle et future à la région.
Prétendre que le développement de l’industrie éolienne ''n’a rien à voir avec les Autochtones de Gaspé'' est tout simplement faux.
Le conseiller municipal de Gaspé James Keys a quant à lui indiqué comprendre la proposition de M. Fallu, et reconnaître le rôle qu’a joué Bernard Landry dans le développement de la filière éolienne.

James Keays est conseiller municipal du quartier 5 à la Ville de Gaspé. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Par contre, je ne partage pas votre enthousiasme à nommer davantage de lieux au nom de grandes figures politiques qui, bien qu’historiques, bénéficient déjà de nombreuses reconnaissances importantes ailleurs au Québec. À mes yeux, nous avons aussi le devoir de mettre en valeur notre histoire locale, notre territoire et les présences qui l’ont façonné, commente M. Keays.
Pour lui, la seule dérive historique réelle est celle d’avoir attendu jusqu’en 2026 pour qu’un nom en mi’gmaw fasse son apparition sur le territoire.


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