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Une contamination au hantavirus dans une décharge d’Argentine ? Pourquoi cette hypothèse est contestée

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Une piste largement diffusée avançait que le premier cas connu de l’épidémie du hantavirus avait été contaminé par un rat à longue queue dans une décharge d’Ushuaia.

L’information est devenue virale, elle est désormais largement contestée. Le 7 mai, le New York Post écrivait que le premier cas connu de l’épidémie du hantavirus aurait pu se rendre dans une décharge, lors de son séjour à Ushuaia, pour observer un oiseau rare. Et, éventuellement, y être contaminé du fait de la présence de rats à longue queue. Bien que le journal américain ait précisé que cette piste avancée par les « enquêteurs argentins » n’était pas étayée, elle a été relayée par la presse partout dans le monde.

Cette information est toutefois contestée, puisqu’il n’est même pas établi que le potentiel patient zéro de l’épidémie, qui s’est déclarée à bord du MV Hondius, se soit effectivement rendu dans cette déchèterie. Si plusieurs passagers du navire de croisière ont bien visité la décharge le 26 mars - le site est réputé pour l’observation du caracara à gorge blanche, une espèce de faucon native de Patagonie - le guide argentin Esteban Daniels soutient à Radio France que le touriste néerlandais infecté et décédé ne faisait pas partie du groupe ce jour-là.

La décharge n’est par ailleurs pas forcément le lieu de la première contamination. Une mission scientifique argentine se rend la semaine prochaine à Ushuaia, pour traquer la présence éventuelle de rongeurs porteurs du hantavirus, mais ne se rendra pas « dans la décharge elle-même, parce que ça n’a pas de sens, les rongeurs qui s’y trouvent sont des rongeurs urbains, pas porteurs du hantavirus », a expliqué le directeur « Épidémiologie » de la province de la Terre de Feu, Juan Petrina, à l’AFP. La Terre de Feu désigne l’archipel, partagé entre l’Argentine et le Chili, situé à l’extrême sud de l’Amérique du Sud, où se trouve notamment Ushuaia.

Une souche encore non identifiée en Terre de Feu

Juan Pavlov, secrétaire à la politique étrangère de l’Institut du tourisme de la Terre de Feu, estime également peu probable que le virus provienne de la décharge, car les camionneurs et les éboueurs qui y travaillent n’ont jamais signalé de symptômes. Si le virus y circulait effectivement, « ils seraient malades, infectés et peut-être morts », a-t-il assuré au New York Times.

Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d’investigations scientifiques d’Ushuaia, a une autre hypothèse, qu’il partage à l’AFP. Pour lui, la contamination aurait pu plutôt avoir lieu au Parc national de la Terre de Feu, un parc montagneux à 15 km d’Ushuaia, un espace boisé apprécié par le rat à longue queue.

Cette hypothèse se heurte toutefois à un élément majeur : la souche du virus identifiée chez les patients ne circule pas habituellement en Terre de Feu. D’après les autorités sanitaires argentines citées par le New York Times, le virus dit des « Andes » est endémique dans trois provinces de la Patagonie argentine que le patient zéro n’a pas visitées.

Bras de fer entre Argentine et Chili

La souche est aussi présente dans la région de la Patagonie au Chili, mais le ministère chilien de la Santé affirme que le possible patient zéro s’était rendu dans le pays dans une temporalité qui ne correspond pas à la période d’incubation du virus. Une version réfutée par les autorités argentines, qui estiment qu’une contamination au Chili demeure une hypothèse que l’enquête ne permet pas d’exclure.

L’Argentine et le Chili s’écharpent car ils n’ont pas envie que le début de l’épidémie mortelle de hantavirus soit associé à l’un de leurs pays. Et cette inquiétude est encore plus grande pour les responsables locaux de la Terre de Feu, région prisée des visiteurs étrangers : « C’est une manœuvre visant à ternir l’image d’Ushuaia en tant que destination touristique », a ainsi fustigé Martín Alfaro, porte-parole du ministère local de la Santé, au New York Times. Les autorités locales réclament aussi que les enquêtes soient menées dans les autres provinces argentines où les passagers du MV Hondius se sont rendus, rapporte l’AP.

Considérée comme la porte d’entrée vers l’Antarctique, Ushuaia a attiré plus de 157 000 croisiéristes en 2025, soit près du double de sa population locale, poursuit l’AP. Ces voyageurs aux moyens financiers importants sont devenus de plus en plus essentiels à l’économie de la Terre de Feu. C’est pourquoi le responsable Épidémiologie de la région, Juan Petrina espère que les enquêteurs « blanchiront » rapidement le nom d’Ushuaia et mettront fin à cette hypothèse virale.

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