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"Je n'ai pas le temps de m'embêter", s'esclaffe une des responsables des différents contrôles des colis qui transitent par Liege Airport. Il faut dire qu'il y en a des millions chaque jour. Parmi lesquels on peut malheureusement retrouver des contrefaçons, des produits dangereux, voire illégaux (jouets dangereux pour les enfants, compléments alimentaires non contrôlés) ou encore faune ou flore porteuses de germes ou de virus. Voire de la drogue. De quoi redoubler de vigilance.
Laurent Jossart, CEO de Liege Airport, et David Clarinval, ministre fédéral de l'Economie (MR), en visite aux douanes de l'aéroport. ©Antonin MarsacEn visite ce mardi midi à Bierset, le ministre fédéral de l'Économie, David Clarinval (MR), en a néanmoins profité pour rappeler les bienfaits du plan fédéral "e-commerce" lancé en mai, qui vise à continuer à faire croître l'activité du "hub" logistique qu'est Liege Airport, tout en renforçant fortement les contrôles des douanes, du SPF Économie et de l'Afsca (pour l'alimentaire et les plantes).
La barre du milliard
Les chiffres donnent le vertige. En 2025, plus de 1,3 milliard de colis ont été enregistrés par les douanes en Belgique, soit 3,6 millions par jour en moyenne. En janvier 2026, les pics ont même atteint 4,7 millions de colis quotidiens. Plus de 90 % proviennent de Chine. Jusqu'à 40 % des produits importés analysés ne respecteraient pas les normes européennes de sécurité et de qualité, et jusqu'à 90 % ne seraient pas pleinement conformes à la réglementation européenne.
Laurent Jossart, CEO de Liege Airport, et David Clarinval, ministre fédéral de l'Economie (MR). ©Antonin MarsacUn trafic devenu incontournable pour Liege Airport, classé, selon son CEO Laurent Jossart, dans le top 20 mondial et le top 5 européen pour l'activité cargo (transport de marchandises).
"On a quand même perdu 30 % des volumes d'e-commerce (en juillet, NdlR)
Mais l'entrée en vigueur, le 1er juillet dernier, de la taxe sur les petits colis de 3 euros par groupe de produits aurait déjà provoqué un sérieux coup de frein.
Un record battu dans l'aviation en Belgique, mais un risque pour Liège, qui perd un avantage sur la France"On a quand même perdu 30 % des volumes d'e-commerce (en juillet, NdlR)", affirme Laurent Jossart. Il appelle cependant à ne pas tirer de conclusions trop rapides : la baisse s'explique aussi par la saisonnalité estivale et l'attentisme des grandes plateformes comme Alibaba, Temu et Shein face aux nouvelles règles. "Il faudra juger sur le deuxième semestre 2026 pour se faire une idée."
"Cet avantage concurrentiel aux opérateurs chinois n'était pas normal"
Sur le principe, le CEO de Liege Airport dit comprendre la logique européenne : protéger les commerçants et financer davantage de contrôles face aux produits dangereux ou au dumping. "Mais cela a manqué de clarté et a été mis en place trop vite", affirme-t-il tout de même, en jonglant, parfois difficilement, avec ses deux casquettes, "celle de citoyen et celle de chef d'entreprise".
Laurent Jossart, CEO de Liege Airport, et David Clarinval, ministre fédéral de l'Economie (MR). ©Antonin MarsacDavid Clarinval assume, lui, clairement le choix européen. "Il n'était pas normal qu'il n'y ait pas de taxe sur les colis de moins de 150 euros", alors que cette exemption procurait, selon lui, "un avantage concurrentiel aux opérateurs chinois".
Jouets, compléments alimentaires, drogues : contrôler avant le drame
Pour le gouvernement, les contrôles ne sont donc pas accessoires. Ils sont au cœur du plan fédéral, qui prévoit notamment davantage de coopération entre administrations, de digitalisation et de moyens technologiques. David Clarinval évoque 80 millions d'euros mobilisés pour des portiques, des outils digitaux, de l'intelligence artificielle (IA) et du personnel. Une bonne nouvelle, donc.
"La contrefaçon est une attaque frontale pour nos entreprises et les produits non contrôlés peuvent être dangereux pour la santé"
Les risques sont multiples : contrefaçons, objets mal sécurisés, jouets contenant des substances dangereuses ou encore compléments alimentaires commandés directement à l'étranger. L'Afsca pointe particulièrement ces derniers : certains produits ne sont pas autorisés en Belgique, peuvent contenir des dosages inadaptés ou interagir avec des médicaments. Et c'est sans parler des drogues achetées sur Internet, bien que cela semble secondaire pour l'aéroport.
Laurent Jossart, CEO de Liege Airport, et David Clarinval, ministre fédéral de l'Economie (MR). ©Antonin Marsac"La contrefaçon est une attaque frontale pour nos entreprises et les produits non contrôlés peuvent être dangereux pour la santé […] Tous ces éléments-là sont préjudiciables aux consommateurs et à l'économie européenne", martèle David Clarinval.
Une liaison controversée effectuée entre Liege Airport et une province ouïghoure en Chine : "Cela relève du Fédéral""On crée de l'emploi sans doute à l'aéroport, mais sans limites, on en détruit dans les usines chez nous. C'est cet équilibre-là qu'il faut trouver", explique-t-il.
Une question délicate…
Reste une question délicate : celle des liaisons commerciales avec des régions pointées du doigt pour le recours au travail forcé, notamment celui des Ouïghours en Chine. La Libre révélait en juin dernier qu'une liaison avait été temporairement et brièvement rétablie avec le Xinjiang, province ouïghoure chinoise.
"Nous sommes légalistes. Si l'Europe veut interdire certaines provenances, elle doit le décider et on implémentera. Ce n'est pas à nous de nous positionner.
Laurent Jossart répond clairement : "Nous sommes légalistes. Si l'Europe veut interdire certaines provenances, elle doit le décider et on implémentera. Ce n'est pas à nous de nous positionner." Pour le CEO, un aéroport public ne peut décider seul, et sur base de quels critères et "quelles limites", d'écarter une origine commerciale autorisée par les autorités européennes ou belges.
David Clarinval reconnaît, lui, "des questions éthiques qui se posent", tout en rappelant que c'est au travail du ministre des Affaires étrangères de gérer les questions diplomatiques à ce sujet.
"Ces mauvaises blagues de Donald Trump ne nous font plus rire"
Il en profite pour lancer une pique à Donald Trump, qui accuse également l'Europe d'avoir recours à du travail d'enfants, afin de justifier de nouvelles taxes douanières. "C'est une blague… Mais ces mauvaises blagues de Donald Trump ne nous font plus rire", grince-t-il des dents.
Enfin, l'objectif est de faire de Liege Airport un poumon économique, sans pénaliser les commerçants en Belgique ni les consommateurs. Et donc, renforcer les contrôles est indispensable pour garantir la sécurité de tous.
Laurent Jossart, CEO de Liege Airport, et David Clarinval, ministre fédéral de l'Economie (MR), en visite aux douanes de l'aéroport. ©Antonin MarsacAirBaltic renonce finalement à Liège
Mauvaise nouvelle, en parallèle. AirBaltic a annoncé ce mardi renoncer aux quatre vols hebdomadaires qu'elle devait lancer cet hiver vers Tenerife et Gran Canaria depuis Liege Airport. La compagnie avait déjà supprimé deux liaisons en raison de réservations jugées décevantes avant d'annuler l'ensemble du programme.
La fin (définitive ?) des vols passagers à l'aéroport de Liège : "C'est une catastrophe"Après le départ de Tuifly au début de l'année, l'aéroport se retrouve donc à nouveau sans aucun vol régulier de passagers programmé. AirBaltic, confrontée à des difficultés financières, a récemment annoncé un recentrage de son réseau sur Riga et une réduction de sa flotte à 36 appareils d'ici la fin de l'année. "Mais on transporte encore parfois les Diables rouges", lance avec un peu d'humour le CEO de l'aéroport.
Quid d'Aviapartner aux mains des Saoudiens ?
Interrogé sur le passage d'Aviapartner, spécialiste logistique actif à l'aéroport, sous contrôle saoudien (groupe SAL, Saudi Logistics Services), Laurent Jossart y voit plutôt une opportunité pour Liège Airport. Le CEO souligne qu'Aviapartner était jusqu'ici assez peu présent dans le cargo, contrairement à son nouvel actionnaire saoudien, un groupe disposant "de beaucoup d'ambition et de beaucoup de moyens" et dont le fret constitue le cœur de métier.
DOSSIER SPECIAL: Comment l'industrie de la contrefaçon s'adapte à la crise"C'est plutôt une bonne nouvelle", estime-t-il, évoquant des perspectives de croissance et une possible montée en puissance à Liège. L'arrivée d'un acteur de cette taille montre, selon lui, que l'aéroport "joue dans la Champions League".
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