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Dans le petit local de la bibliothèque iranienne Mehregan, dans un immeuble du boulevard Cavendish, dans le quartier montréalais de Notre-Dame-de-Grâce, Mohsen Khalil tend au Devoir un livre interdit en Iran : The Horrible Reign of Terror (Islamic Terrorism 1979-2023), d’Erfan Fard.
Arrivé à Montréal il y a quatre ans avec sa conjointe et ses deux filles, Mohsen Khalil était jusque-là professeur de science politique, spécialisé en droit constitutionnel, à l’Université de Mashhad, dans le nord-est de l’Iran. « J’ai été expulsé de l’université pour avoir écrit et enseigné aux élèves » des principes contraires à ceux du régime, dit l’homme de 58 ans, qui a aussi enseigné en Afghanistan et en Irak. « Ça a été difficile parce qu’en tant que professeur, j’avais un bon niveau de vie », raconte-t-il.
Il estime que 90 % de la population iranienne est présentement opposée au régime. « Mais ils n’ont pas d’armes », dit-il. C’est le régime au pouvoir qui a les armes au sens large : les armes, la cour, la prison, les journaux… « La société iranienne est divisée entre tradition et modernité. »
Depuis que les États-Unis ont commencé les frappes sur l’Iran, Mohsen Khalil n’a eu de nouvelles de son père, de sa mère et de son frère que par un neveu qui a réussi à le joindre après plusieurs jours.
Présente à ses côtés, Mahsa Mohebi, qui agit comme bibliothécaire de la petite bibliothèque Mehregan, a aussi été longtemps sans nouvelles de sa mère, qui est à Téhéran. « Ils ont coupé Internet. Finalement, la sœur d’une amie a réussi à me contacter pour me dire qu’elle allait bien », dit-elle.
Vendredi, Mohsen Khalil proposait à une poignée d’auditeurs iraniens de Montréal la lecture en farsi du livre How the West Came to Rule. The Geopolitical Origins of Capitalism, écrit en 2015 par Alexander Anievas et Kerem Nişancıoğlu. La communauté d’origine iranienne de Montréal compte quelque 23 000 membres, largement regroupés dans ce quartier de Montréal.
Un régime « très dur »
Selon Khalil, les principes de démocratie ne sont pas compris de la même façon par les Iraniens. « La société iranienne n’a pas encore assimilé le concept de démocratie, par exemple, le concept de parti politique et le concept des élections politiques », dit-il.
« En principe, le régime iranien est un hybride entre la démocratie et un régime autoritaire. Mais, présentement, je pense que c’est devenu un régime complètement autoritaire. »
D’après lui, les Iraniens sont culturellement plus près d’une monarchie assortie d’une démocratie que d’une démocratie telle qu’on la vit dans les pays occidentaux. « Il faut faire la différence entre une monarchie et un sultanat », dit-il. Sans nécessairement être un partisan de Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran, Mohsen Khalil considère que celui-ci demeure « le symbole de l’opposition ».
Chaque année, au printemps, la bibliothèque participe à une foire iranienne de livres « non censurés » en lien avec l’une des universités de Montréal. Du 19 au 21 mars prochains, à l’occasion du Nouvel An iranien, marqué par l’équinoxe du printemps, des tables du Haft Sîn seront montées dans quelques hôtels de la ville. Selon la tradition, ces tables rassemblent des éléments dont les noms, en persan, commencent par « s ». Le sabzeh (germes de blé) représente la renaissance, la seeb (pomme), la beauté, le senjed (petit fruit), l’amour, le seer (ail), la santé, et le serkeh (vinaigre) symbolise la patience, le somāqm (sumac), la lumière, et la samanu (pâte sucrée), l’abondance.
Née en Iran, « durant la guerre avec l’Irak », Mahsa Mohebi a quitté le pays il y a 11 ans pour s’établir à Montréal. Seule.
« Il y avait des questions de sécurité, des raisons économiques, mais je recherchais aussi la liberté en général. La liberté de m’habiller comme je le voulais, entre autres. Parce que là-bas, le régime est religieux et tout est relié à la religion. Le régime force tout le monde à obéir à ce qu’il croit être la vérité. C’est très dur », dit-elle.
« La mort de Khamenei ne signifie pas la fin du régime », précise Mohsen Khalil, ajoutant que, pour l’instant, il serait très dangereux pour lui de rentrer en Iran. « Mais si le régime tombe, le jour suivant, je serai de retour au pays », dit-il.


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