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Mars pourra bien attendre... En ce moment, le futur, Elon Musk le dessine autour de la Terre avec un projet délirant d'un réseau d'un million de satellites constituant un data center orbital dédié à l'IA. Sa dernière obsession se trouve à trois jours de voyage de la Terre : il s'agit de la Lune, où il souhaite établir toute une « ville ». Une base sur la Lune est un vieux rêve aux confins de la science-fiction et des projets souvent avortés par les industriels et les agences spatiales.
Pour Musk, il ne s'agit pas vraiment d'installer cette base pour de la recherche scientifique ou des activités militaires. La Lune serait un marchepied pour aller vers Mars. Le satellite de la Terre lui permettrait d'expérimenter des habitats autonomes et la vie en environnement extrême et ce, à quelques jours de voyage.
Selon Musk, la Lune deviendrait un laboratoire grandeur nature pour commencer la colonisation du Système solaire. La base pourrait également permettre de produire du carburant à partir des glaciers lunaires pour recharger les fusées de SpaceX. La Lune servirait aussi de pas de tir pour partir vers Mars. Musk imagine également l'avènement de cette base, comme le début d'une « économie lunaire » entre les entreprises et les États.
Matériellement faisable
Côté technique, SpaceX a déjà présenté son projet technique au Congrès international d'astronautique il y a longtemps. Il propose de transformer un vaisseau Starship en habitat permanent. Une fois posé sur la surface lunaire, l'engin serait basculé à l'horizontale et recouvert de régolithe pour se protéger des radiations. Les systèmes de survie y seraient raccordés. Au final, le volume habitable dépasserait celui de la Station spatiale internationale.
Comme pour presque tous les autres projets, le site idéal resterait le pôle Sud lunaire, notamment près du cratère Shackleton. À cet endroit, l'ensoleillement est quasi continu pour produire de l'énergie solaire et il est probable qu'on y trouve de la glace.
Vue d'ensemble conceptuelle de la base lunaire montrant l'atterrisseur Starship en position horizontale et recouvert de régolithe. © SpaceX
Sur le papier, une base lunaire est techniquement envisageable avec des technologies qui existent déjà, ou sont en cours de développement. Mais, jusqu'à maintenant, les séjours sur la Lune n'ont jamais été bien longs. L'environnement est particulièrement hostile avec des radiations énormes et une poussière très abrasive qui pourrait dégrader rapidement les infrastructures.
À cela s'ajoutent les défis logistiques et financiers : transport du matériel, maintien d'un financement durable et une éventuelle coordination internationale. Est-ce vraiment possible de maintenir une telle base en activité de façon permanente ? On peut en douter, si le retour sur investissement ne s'avère pas rentable pour Musk.
L’argent prend beaucoup de place dans le projet de Musk. Voici le calendrier financier de cette base lunaire qu’imagine le patron de SpaceX. Il indique la proportion de financement public et privés nécessaire et les recettes attendues chaque année. © SpaceX
L’argent et la politique pointent vers la Lune
Et pourquoi Musk n'y a-t-il pas pensé plus tôt ? En réalité, le projet date de plusieurs années, mais il revient dans l'actualité dernièrement en raison d'un mélange de stratégie et d'opportunisme de la part du patron de SpaceX.
D'abord, lorsque Musk a misé sur Mars il y a plus de dix ans, il s'agissait essentiellement de construire un récit mobilisateur pour attirer les investisseurs, les ingénieurs et justifier Starship. Mais lorsque la Nasa a décidé de retourner sur la Lune, de sélectionner Starship pour y aller dans le cadre du programme Artemis et pourquoi pas d'y installer une base, l'astre est devenu le marché spatial le plus financé.
Or, comme Starship ne se développe pas aussi vite que prévu et que l'argent pointe vers la Lune et beaucoup moins sur Mars, par opportunisme et pragmatisme, Musk évoque à nouveau ce projet pour s'imposer. Pour lui, la Lune est devenue une étape considérée comme rentable, utile et politiquement stratégique.
De fait, si les investissements se maintiennent et que les premières missions réussissent, une base permanente pourrait vraiment être installée dans les années 2030. La Nasa pourrait même accélérer le mouvement par crainte de l'arrivée d'une base chinoise avant celle des États-Unis. Et Musk sera donc très bien positionné sur les starting-blocks avec son projet clé en main. Mais pour que la Lune devienne véritablement habitée sur le long terme, il faudra plus qu'une vision : un engagement politique, économique et technologique sur plusieurs décennies.


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