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Le petit village anglais de Piddington a choisi une méthode pour le moins radicale afin de faire entendre son opposition à un vaste projet d’hébergement de demandeurs d’asile : quitter le Royaume-Uni. Lors d’un référendum organisé mardi, 285 habitants ont voté en faveur de la sécession, contre seulement 26 opposants. Le geste vise directement un projet gouvernemental qui pourrait installer jusqu’à 1 256 demandeurs d’asile masculins à proximité d’une communauté qui compte à peine quelque 350 habitants.
La question posée aux résidents ne faisait d’ailleurs guère dans l’ambiguïté.
Le bulletin leur demandait s’ils appuyaient Piddington dans sa démarche visant à «se séparer du Royaume-Uni et poursuivre son autodétermination». Sur 312 bulletins comptabilisés, 285 ont répondu oui, 26 non et un bulletin a été rejeté. La participation a approché les 92 %.
À l’issue du scrutin, des habitants ont dévoilé un panneau proclamant la «Principality of Piddington», la Principauté de Piddington.
Derrière l’humour très britannique de l’opération se trouve toutefois une colère beaucoup plus sérieuse.
Jusqu’à 1 256 demandeurs d’asile à proximité
Le gouvernement britannique souhaite convertir une partie de l’ancien complexe militaire de Bicester Garrison, situé entre Piddington et Upper Arncott, en centre d’hébergement pour demandeurs d’asile.
La demande officielle déposée par le gouvernement prévoit une occupation temporaire pouvant durer dix ans, avec de nouveaux bâtiments modulaires, des installations médicales, des infrastructures de sécurité et une capacité maximale de 1 256 personnes.
Le projet concernerait des demandeurs d’asile masculins adultes. À pleine capacité, leur nombre représenterait donc plus de trois fois la population entière de Piddington.
C’est précisément cette disproportion qui a alimenté la mobilisation.
Des résidents ont exprimé des inquiétudes concernant la sécurité, la capacité des infrastructures locales, les transports et les conséquences sur la vie quotidienne du village. Certaines femmes ont également affirmé craindre pour leur sécurité et auraient commencé à suivre des cours d’autodéfense.
Les autorités locales ont elles-mêmes dénoncé la manière dont le dossier leur a été présenté.
Le Cherwell District Council affirme n’avoir fait l’objet d’aucune consultation préalable avant l’annonce du projet par le Home Office en juin. Le conseil municipal de Bicester a pour sa part demandé des réponses sur la sécurité publique, les infrastructures, le transport, l’environnement et la capacité du secteur à absorber une installation de cette ampleur.
«Si Londres ne nous écoute pas, quittons Londres»
C’est dans ce contexte que le conseil paroissial de Piddington a transformé une contestation locale en référendum de sécession.
L’idée avait été lancée dès juillet, lorsque les habitants avaient commencé à dénoncer ce qu’ils considéraient comme une décision imposée d’en haut. Le président du conseil paroissial, Tim McNally, avait alors expliqué vouloir utiliser tous les moyens légaux disponibles afin que Piddington soit entendu.
Le référendum aura finalement produit un résultat difficile à ignorer : plus de neuf électeurs sur dix ayant participé ont choisi la sécession.
Le chef du conseil du comté d’Oxfordshire, Tim Bearder, a estimé que le résultat démontrait surtout l’efficacité des résidents à attirer l’attention sur leurs préoccupations concernant le futur centre.
Le gouvernement, de son côté, défend l’utilisation d’anciens sites militaires comme solution de remplacement aux hôtels actuellement employés pour loger les demandeurs d’asile. Le Home Office affirme vouloir réduire les coûts et mettre fin progressivement au recours à ces hôtels.
Mais à Piddington, l’exaspération a désormais dépassé le stade d’une pétition ou d’une résolution municipale.
Face à un projet susceptible d’amener plus de 1 200 demandeurs d’asile à quelques centaines de mètres d’un village d’environ 350 habitants, les résidents ont décidé de poser une question autrement plus fondamentale :
si le gouvernement britannique refuse de les écouter, pourquoi Piddington devrait-il encore faire partie du Royaume-Uni?


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