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Dans les films, c’est rarement le méchant qui l’emporte. Dans la vie, c’est une autre paire de manches.
Le rôle du vilain, ici, est endossé par le Lightning et n’allez pas croire que l’expression est de nous, plutôt de Jon Cooper lui-même. Rixe, querelle, rififi, brasse-camarade, tout y est passé après les arrêts de jeu dans ce match très serré, encore une fois, que le Canadien a perdu 3-2 en prolongation.
De Yanni Gourde à Corey Perry, on s’était passé le mot pour tenter de déranger les joueurs du CH. Le Lightning contenu et mesuré du premier match avait disparu pour rapidement redevenir cette équipe belliqueuse et indisciplinée aperçue au dernier match de la saison entre les deux adversaires. Changement de stratégie.
Ça prend un méchant et on est à l’aise avec ça, a laissé tomber Cooper après la rencontre.
C’est un groupe déterminé. Quand des obstacles surgissent sur leur chemin, ils vont trouver toutes les manières de les surmonter. Si ça comprend de se battre, ainsi soit-il. Ça nous a bien servi.
Vraiment? Est-ce réellement ce qui a fait pencher la balance en faveur de Tampa Bay dans un match que le Canadien a mené pendant deux périodes et un peu plus, et qu’il était à 7 min 30 s de s’emparer d’une avance de 2-0 dans la série?
Commençons par le début. Pour ce deuxième match, Cooper a décidé de remplacer dans sa formation le jeune Conor Geekie par Scott Sabourin, un colosse de 1,91 m (6 pi 3 po) et 93 kg (205 lb) qui a joué autant à Syracuse dans la Ligue américaine cette saison que dans la Ligue nationale.
Personne ne s’attendait à le voir jouer un grand rôle. En 8 min 20 s de temps de glace, Sabourin a d’ailleurs eu un impact très limité sur le déroulement de la rencontre. Il a failli en avoir un grand en commettant un geste irréfléchi en toute fin de troisième période lorsqu’il a durement frappé Josh Anderson par-derrière, ce qui lui a valu une punition qui aurait bien pu mettre un terme aux espoirs de sa bande, mais ça ne s’est pas produit.
Entre autres questions, il est légitime de se demander ce que Sabourin faisait sur la glace à deux minutes de la fin du match avec une égalité de 2-2, mais bon, il y était.
Toute la soirée, il a couru après Anderson, auteur d’un autre fort match, qui a soigneusement décliné ses invitations, trop conscient de ce que le Canadien aurait perdu au change.
En soi, sa présence s’est donc révélée anodine. Insignifiante presque, pourrait-on croire. Pas aux yeux de son entraîneur.
Il a un rôle bien défini dans notre équipe. Il trouve des façons de noircir la feuille de pointage, il le fait simplement dans d’autres catégories des statistiques. Tous les joueurs semblent grandir d’un pouce quand il est dans la formation, a lancé l’homme à la médaille d’argent olympique.
Un attrait non négligeable. Et il est vrai que le Lightning a été bien plus agressif mardi que dimanche soir, mais, au risque de se répéter, il est difficile de croire que c’est ce qui lui a procuré la victoire puisque le Canadien ne semblait aucunement intimidé et tenait même son rival à la gorge.
Trop discrets
Pendant les 40 premières minutes, on a contrôlé le match. En troisième, on a manqué de calme, on leur a donné la rondelle tout le temps. Il faut que tu sois capable de vouloir la rondelle, de demander la rondelle, de faire partie de la solution pour aller chercher du momentum. On avait beaucoup de momentum dans les deux premières périodes. On l’a perdu en troisième, on n’a pas été capables d’aller le rechercher, a observé Martin St-Louis.
Fine analyse. Les vieux travers du CH ont surgi soudainement. Toute l’année, cette équipe a peiné à gérer une avance, à fermer le jeu et à ne rien donner à l’adversaire en fin de rencontre. Une équipe souvent plus à l’aise dans la position de chasseur que de proie. Ce problème a paru réglé en fin de saison, mais une situation stressante peut faire remonter à la surface les mauvaises habitudes.
C’est humain, a essentiellement dit Jake Evans.
Quand tu as l’avance, tu devrais vouloir jouer profondément en zone offensive, mais ça change la mentalité un peu. Tu ne veux pas forcer les choses. On a juste fait de mauvais choix et de mauvaises lectures de jeux, a-t-il expliqué.
Comme ce revirement critique de Juraj Slafkovsky dans sa zone qui a mené au but égalisateur de Nikita Kucherov. Le grand Slovaque a paru décontenancé après avoir encaissé une solide droite de Brandon Hagel au menton lors d’un combat entre les deux hommes.
Des erreurs d’exécution ont entraîné des revirements, puis les revirements ont permis au Lightning de passer beaucoup de temps en zone offensive. Et quand le CH finissait par en sortir, les joueurs, exténués, devaient dégager la rondelle avant de rentrer au banc avec un air penaud.
Était-ce une conséquence directe des tentatives d’intimidation du Lightning? Il est permis d’en douter, car, honnêtement, ça n’a pas semblé déranger le Canadien.
Ce qui a fini par le ralentir, c’est l’échec avant étouffant de Tampa à partir du troisième vingt et particulièrement en prolongation, où le Lightning a effectué neuf tirs et n’en a donné aucun, bien plus que les échauffourées ou le fait que Nikita Kucherov a retrouvé Hagel et Anthony Cirelli dans le premier trio en fin de match. Certes, Kucherov a créé l’égalité en profitant d’un jeu brisé, mais il n’a que très peu généré de chances de marquer à nouveau. Là n’est pas le problème. Hagel l’est beaucoup plus.

Avec un but, une bagarre et 7 minutes de pénalité, Brandon Hagel fait sentir sa présence chez le Lightning.
Photo : imagn images via reuters connect / Nathan Ray Seebeck
Et actuellement, grâce à lui, le premier trio du Lightning domine celui du Canadien à cinq contre cinq.
Notre trio, moi au premier chef, peut vraiment faire un meilleur travail à cinq contre cinq.
Mardi, il s’est trouvé sur la glace pour deux buts de l’adversaire à forces égales (trois depuis le début de la série) et n’en a toujours pas marqué. Le CH ne pourra pas survivre longtemps avec cette formule. L’avantage numérique lui a permis de décrocher une victoire à Tampa Bay, mais les deux buts à cinq contre cinq de l’équipe dans la série jusqu’à présent sont l’œuvre d’Anderson. Il y a donc un peu d’introspection à faire, d’Alex Newhook à Ivan Demidov en passant par Alexandre Texier, Zachary Bolduc et Kirby Dach.
Ce dernier a sûrement mal dormi d’ailleurs. C’est à la suite de son dégagement refusé un peu bête que Janis Jérôme Moser a concrétisé la victoire du Lightning. Si St-Louis cherche des candidats pour modifier à son tour un truc ou deux à sa formation, Dach en est probablement un.
Les ajustements peuvent aussi être faits en gardant exactement le même groupe, cela dit. Avec l’avantage de la patinoire et donc du dernier changement, l’entraîneur du Canadien pourrait être tenté d’éviter la confrontation entre les trios de Suzuki et de Cirelli pour les deux prochains matchs au Centre Bell.
Cela dit, il y avait des anomalies dans les derniers printemps du Lightning. Nikita Kucherov n’avait pas marqué à ses 16 derniers matchs en séries éliminatoires. Le Lightning avait perdu 10 de ses 11 derniers matchs à domicile, dont 5 en prolongation. Des séquences qui allaient prendre fin un jour ou l’autre.
Voilà qui est fait. Au bout du compte, le Canadien rentre à la maison avec une égalité dans une série qui promet d’être longue. On aura amplement le temps de revoir les stratégies et de se renvoyer la balle. Le jeu du chat et de la souris ne fait que commencer.


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