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À Toronto, un agent correctionnel ayant obtenu du galon nie les allégations de maltraitance d’un détenu, qui l’accuse d’avoir enfreint ses droits inscrits à la Charte. Joshua Malcolm-Evans, qui a plaidé coupable de 40 accusations liées au trafic de drogue et d’armes à feu, a déposé une requête dans le cadre de son audience sur la détermination de la peine.
Avertissement : la lecture de cet article pourrait choquer certains lecteurs.
Bien que les deux affaires n’aient aucun lien, le haut gradé mentionné dans la plainte de M. Malcolm-Evans est le même que celui visé par le complot dévoilé par le projet South, une enquête d’envergure lancée en 2025 sur le crime organisé et la corruption policière.
À l’époque, la police régionale de York avait annoncé avoir éventé un complot visant à assassiner un agent correctionnel supérieur du Centre de détention du Sud de Toronto. L’enquête met, entre autres, en cause plusieurs policiers de Toronto.

Le chef adjoint de la police régionale de York, Ryan Hogan, explique, en février, la façon dont l’opération projet South a été lancée après que son service eut déjoué un complot présumé visant à tuer un gardien de prison de haut rang. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
L’identité de ce haut gradé est protégée par une ordonnance de non-publication pour sa sécurité. Il témoigne sur une plateforme numérique.
Des panneaux amovibles ont d’ailleurs été érigés dans la salle d’audience pour empêcher le public et la presse de le voir et de le décrire. On ne pouvait entendre que sa voix.
Même les vidéos de son établissement carcéral à son sujet ne peuvent être vues pendant qu’il les commente pour sa défense contre les allégations de M. Malcolm-Evans et de l’avocat du prisonnier, Sherif Foda.
Allégations de la défense du détenu
En guise de recours pour la prétendue violation des droits de son client, Me Foda sollicite une réduction de peine ou un arrêt des procédures dans son dossier devant la Cour supérieure de l’Ontario.
Joshua Malcolm-Evans est en détention préventive depuis son arrestation en février 2024.
Dans sa déclaration sous serment, M. Malcolm-Evans répertorie de nombreux cas d’inconduite à son endroit ou à l’endroit d’autres détenus.
Il écrit que l’agent correctionnel haut gradé se rendait souvent dans son aile de prison pour fouiller les cellules à la recherche d’objets interdits.
Il lui arrivait personnellement de jeter les affaires des détenus à la poubelle, d’abîmer des livres, de mélanger les effets personnels à l’intérieur de la cellule… et de confisquer vêtements et couvertures, peut-on lire.

L’intérieur du Centre de détention du Sud de Toronto, photographié en 2013 lors d’une visite autorisée des médias. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell
M. Malcolm-Evans y écrit par ailleurs : À ce jour, je suis profondément traumatisé par ce que j’ai vécu… Je ne suis plus l’homme que j’étais à mon arrivée en prison. Ils m’ont brisé.
Il mentionne que le haut gradé qu’il accuse a supervisé des fouilles à nu inappropriées, qu’il lui a notamment affirmé que les détenus n’avaient aucun droit et qu’il a manigancé une situation visant à le faire inculper pour contrebande d’une arme illicite.
C’est justement cette allégation de manigance qui a fait l’objet du contre-interrogatoire de la défense mercredi.
Me Foda accuse le haut gradé d’avoir piégé son client en introduisant à son insu une arme lors d’une fouille de matières fécales à son retour en détention.
Contre-interrogatoire du haut gradé
Une vidéo datée du 30 avril 2025 montre que le haut gradé a eu des soupçons au sujet de Joshua Malcolm-Evans et que deux de ses collègues ont noté sur le numériseur qu’il avait quelque chose en lui, un objet en forme d’arme blanc.
Le haut gradé a alors envoyé M. Malcolm-Evans faire ses besoins pour que des agents récupèrent ce qu’il tentait d’introduire en contrebande dans la prison, ce qui interpelle Me Foda.
Avec votre grade, n’êtes-vous pas censé être devant votre ordinateur dans votre bureau?, s’interroge-t-il.
Le haut gradé explique que son travail consiste à voir si ses agents appliquent correctement le protocole au sujet des fouilles, parce qu’il arrive que certaines soient faites de façon inappropriée ou parce que certains gardiens sont indisposés par certaines fouilles particulières.
Je suis présent en ma qualité de superviseur, dit-il.

La vidéo de la présumée fouille compromettante dont Joshua Malcolm-Evans aurait fait les frais a été projetée en cour, mais le public n’a pas eu le droit de la voir pour protéger l’identité d’un haut gradé du Centre de détention du Sud de Toronto. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette
La défense tente de montrer des inexactitudes dans le rapport du haut gradé concernant l’événement du 30 avril 2025 et son témoignage à la barre des témoins le 8 juillet dernier.
Il avait écrit que deux agents avaient noté que le prisonnier avait quelque chose dans son corps et qu’ils s’étaient écriés : Attention, le numériseur détecte un objet suspect.
Or, la vidéo de la caméra de surveillance de la cellule nue ne montre pas les deux agents en train de s’écrier de la sorte ou en train d’avertir leur superviseur.
Je ne me rappelle plus exactement ce que j’ai entendu, mais j’avais des doutes au sujet de l’individu, parce qu’il ne voulait pas se faire fouiller, réplique le témoin.
Le haut gradé explique que les prisonniers ont le droit de refuser de se faire fouiller de façon aussi invasive, mais qu’ils ne peuvent échapper au règlement.
Présumée manigance mise au jour
Me Foda l’accuse d’avoir apporté dans un sac l’objet intrusif et de l’avoir jeté dans le réceptacle de matières fécales pour piéger et incriminer son client, en demandant à un collègue de procéder aux recherches dans le bac.
Le haut gradé réplique qu’il s’est servi du sac pour se prémunir des odeurs et que les agents ont le droit d’apporter avec eux ce qu’ils veulent pour ce genre de fouilles, comme des gants, des masques ou des pinces.
Il affirme qu’il ne se souvient pas d’avoir vu une arme dans le bac de la cellule nue et qu’il a laissé son collègue faire son travail.
La vidéo que décrit la défense pour le public de l’autre côté du mur montre que le haut gradé se tient loin de son collègue et qu’il ne semble pas observer les recherches.
Je ne suis pas un expert dans les fouilles de matières fécales, répond le haut gradé exaspéré.
Je n’ai pas besoin de le regarder faire son travail, c’est pourquoi je ne peux dire ou décrire l’arme qu’il a trouvée dans le bac, dit-il.
Mais c’est bizarre, l’arme n’est ni tachée de sang ni d’excréments?, s’interroge Me Foda, qui soutient que l’arme a été jetée dans le bac.

Ce n’est pas la première fois que le Centre de détention du Sud de Toronto fait l’objet d’allégations d’abus de pouvoir de la part des agents correctionnels. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Mark Bochsler
La défense n’a pas expliqué la façon dont elle a pu savoir dans quel état se trouvait l’objet en question.
Je ne me souviens pas si elle était tachée, réplique le superviseur après avoir d’abord mis en doute la découverte de l’objet.
N’est-ce pas illégal de procéder à ce genre de fouilles sans raison?, s’interroge l’avocat.
Le haut gradé a de nouveau nié toute idée selon laquelle il a expressément apporté une arme dans la cellule pour piéger Joshua Malcolm-Evans et justifier les prétendus comportements abusifs des gardiens à son endroit.
Dans mes interactions avec cet individu, il s’est toujours montré hostile et rebelle, poursuit-il en mentionnant le protocole qui l’autorise à mener des fouilles dans des cas de doutes au sujet de la contrebande en prison.
Le haut gradé assure néanmoins qu’il n’existe aucune campagne de harcèlement contre lui.
Il ajoute qu’il a toujours été transparent dans son travail et qu’il a toujours suggéré aux prisonniers de porter plainte à un avocat, à l’ombudsman des prisonniers ou à leur député, s’ils avaient des doléances à formuler.
Tous les détenus sont traités de façon équitable, conclut-il.


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