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Un seul champignon s’étend sous 965 hectares de forêt en Oregon, et ce qui sort de terre n’en est que le chapeau

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Un seul organisme vivant, invisible à l’œil nu la majeure partie de l’année, occupe 965 hectares de sol forestier dans l’est de l’Oregon. Ce que les promeneurs prennent pour des champignons éparpillés dans la forêt nationale de Malheur n’est en réalité que la partie émergée d’un réseau souterrain unique, un individu génétiquement identique du sol à sa lisière. On l’appelle familièrement le « Humongous Fungus », et il occupe une surface équivalente à 1 350 terrains de football.

À retenir

  • Un seul champignon Armillaria ostoyae occupe 965 hectares de sol forestier en Oregon sous forme d’un réseau souterrain de filaments microscopiques appelé mycélium
  • Ce qui émerge de terre n’est que le carpophore, l’organe de fructification temporaire servant à disperser les spores du champignon
  • L’organisme s’étend lentement d’environ un mètre par an via des cordons de mycélium appelés rhizomorphes qui peuvent traverser plusieurs mètres sous terre
  • Les scientifiques ont prouvé qu’il s’agit d’un seul individu en testant la compatibilité génétique entre des échantillons prélevés sur 112 arbres morts

Sommaire

  1. Ce qui sort de terre n’est que la partie visible
  2. Comment prouver qu’il s’agit d’un seul individu
  3. Un parasite qui tue les arbres
  4. Une créature millénaire qui brille dans la nuit

Ce qui sort de terre n’est que la partie visible

Un champignon, au sens où le grand public l’entend, n’est jamais l’organisme entier. C’est un carpophore, l’organe de fructification temporaire produit pour libérer des spores, comparable à une pomme sur un pommier. L’organisme lui-même vit sous terre ou dans le bois, sous forme d’un mycélium : un enchevêtrement de filaments microscopiques appelés hyphes, qui explorent le substrat à la recherche de nourriture.

Chez l’armillaire, ce mycélium prend aussi une forme bien plus visible que ses filaments habituels. L’espèce produit des rhizomorphes, des cordons de mycélium sombres d’1 à 4 millimètres de large qui permettent au champignon de franchir des zones sans nourriture pour atteindre une nouvelle source. Ces structures noires, glissées sous l’écorce des racines, ressemblent à s’y méprendre à des lacets de chaussure, d’où le surnom de « shoestring fungus » que lui donnent les forestiers américains.

Ce sont ces rhizomorphs qui expliquent la taille démesurée de l’organisme. Ils peuvent croître d’environ un mètre par an et traverser plusieurs mètres sous terre en quête d’un nouvel hôte. Mètre après mètre, année après année, le champignon a fini par coloniser une portion entière de montagne.

Rien, à première vue, ne distingue une souche d’armillaire d’une autre. La preuve qu’il s’agit d’un seul et même organisme repose sur un protocole scientifique précis, mené par Catherine Parks et ses collègues du Service des forêts américain. En 1998, une équipe du Service des forêts américain a enquêté sur des dépérissements massifs d’arbres dans la forêt nationale de Malheur, repérant les zones touchées sur des photographies aériennes et prélevant des racines sur 112 arbres morts ou mourants.

Les tests ont ensuite consisté à confronter les échantillons entre eux. Lorsque des mycéliums génétiquement identiques d’Armillaria se rencontrent, ils peuvent fusionner pour former un seul individu ; les chercheurs ont exploité cette propriété en faisant pousser les prélèvements par paires en boîte de Petri. Une fusion signe une compatibilité, donc une parenté directe. Le résultat a été confirmé par des marqueurs génétiques identiques retrouvés sur l’ensemble de la zone étudiée, écartant l’hypothèse d’une mosaïque de colonies distinctes.

Ce travail a aussi révélé une nuance importante. Il existe cinq occurrences distinctes et génétiquement séparées d’armillaire dans cette partie de la forêt, non contiguës, couvrant chacune de 20 à 965 hectares. L’individu de 965 hectares reste le plus vaste des cinq, mais il ne forme pas à lui seul toute la population fongique du secteur.

Un parasite qui tue les arbres

L’armillaire n’est pas un locataire discret. C’est un parasite qui s’attaque aux racines des conifères, en particulier aux sapins, et qui finit par tuer son hôte. Il crée des nappes de mycélium sous l’écorce qui étranglent l’arbre en formant un anneau autour du tronc, se nourrissant ainsi du bois vivant.

La mort n’est jamais immédiate. Il peut falloir de vingt à cinquante ans pour que le champignon tue un arbre, et il continue ensuite à se nourrir du bois mort. Résultat visible depuis le ciel : des trouées circulaires dans la canopée, où les arbres jaunissent puis s’effondrent en cercles concentriques qui s’élargissent d’année en année. Les chercheurs avaient repéré depuis les airs des ouvertures en forme d’anneau dans la canopée, un signe classique de la maladie des racines causée par l’armillaire, que beaucoup avaient d’abord pris pour des individus fongiques distincts.

Quant à la vitesse de progression, elle reste lente à l’échelle humaine. Le champignon s’étend seulement de 0,7 à 3,3 pieds par an, soit à peine plus d’un mètre dans le meilleur des cas. C’est précisément cette lenteur qui permet aux chercheurs de remonter le temps.

Une créature millénaire qui brille dans la nuit

En divisant la surface totale par la vitesse de progression annuelle des filaments, les scientifiques obtiennent une estimation d’âge. Elle reste large, et volontairement prudente. Sur la base de son taux de croissance actuel, le champignon est estimé à 2 400 ans, mais pourrait atteindre jusqu’à 8 650 ans. Une fourchette énorme, mais qui suffit à le classer parmi les organismes vivants les plus anciens de la planète.

La masse suit la même logique d’estimation indirecte. Le poids de ce spécimen géant d’Armillaria ostoyae est estimé entre 7 500 et 35 000 tonnes courtes américaines, soit une fourchette allant d’un peu plus que celle d’un immeuble à plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Aucune pesée directe n’est possible : personne n’a jamais excavé un organisme aussi vaste, l’estimation repose sur la densité connue du mycélium rapportée à la surface colonisée.

Dernier trait de caractère de cette créature souterraine : elle brille dans le noir. Ses mycéliums et rhizomorphes présentent une bioluminescence qui crée une faible lueur verte connue sous le nom de « foxfire ». Ce phénomène, longtemps attribué à des feux follets ou à des lumières féériques par les habitants des montagnes, s’observe surtout sur le bois mort infesté, la nuit, quand l’humidité et l’obscurité sont réunies. Une lueur discrète, pour un organisme qui reste, la plupart du temps, totalement invisible.

Sources : mygeoquest.com | allthatsinteresting.com

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