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Alors que Statistique Canada déploie son recensement de 2026 en misant sur les nouvelles technologies, des acteurs de première ligne dénoncent une déconnexion avec la réalité des citoyens. Frédéric Boudreault, coordonnateur à l'Association pour la protection des intérêts des consommateurs (APIC) de la Côte-Nord, constate que ce processus numérisé génère de l'anxiété et de l'incompréhension chez les personnes les plus démunies.
Bien qu'on présente souvent l'informatisation comme une simplification, cette approche exclut une part importante de la population, avance Frédéric Boudreault.
Ce n’est pas tout le monde qui a un cellulaire, l’accès internet, et qui sait comment fonctionnent les codes QR, fait valoir le coordonnateur.
Une fracture numérique
Sur la Côte-Nord, où la population est vieillissante et où des bureaux de poste ferment, la situation est particulièrement difficile. Selon Frédéric Boudreault, le court délai accordé pour répondre pose un défi de taille.

Frédéric Boudreault de l'APIC Côte-Nord s'inquiète de l'exclusion des citoyens les plus vulnérables lors du prochain recensement.
Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin
Officiellement débuté le 4 mai, le processus exige une réponse d'ici le 12 mai. Ce délai serré laisse peu de temps pour commander un questionnaire papier par téléphone, faisant craindre à plusieurs de recevoir l'amende de 500 $ prévue par la loi pour les récalcitrants.
Pour beaucoup, il y a une fracture numérique. Il y a des gens qui n’utilisent pas ces outils-là. Ma crainte, c’est que le recensement les exclue. […] C’est une photo de famille dans laquelle on exclut certains membres, les plus éloignés, les plus difficilement joignables, dit-il.
Un fardeau supplémentaire pour les organismes
Conséquence : l’APIC Côte-Nord reçoit de nombreux appels de citoyens anxieux qui cherchent de l’aide pour remplir le formulaire, une demande qui n’entre pas dans le mandat de l’organisme.

L'équipe de l'APIC doit composer avec de nombreux appels de citoyens inquiets alors qu'elle termine la période des impôts. (Photo d'archives)
Photo : iStock
L'équipe est actuellement en pleine période de production de déclarations de revenus pour les personnes à faible revenu, dont la priorité est d'abord de payer leur loyer et leur épicerie plutôt que de remplir le recensement.
J'ai l'impression que le gouvernement est vraiment déconnecté de la réalité du citoyen moyen, puis encore plus du citoyen qui est plus démuni.
C’est souvent les personnes dans des situations plus précaires qui vont avoir besoin de cette aide-là, confirme Marilène Gill, députée dans Côte-Nord—Kawawachikamach—Nitassinan. Le gouvernement devrait y songer devant une opération de la sorte.

La députée bloquiste dans Côte-Nord—Kawawachikamach—Nitassinan, Marilène Gill, constate des manques d'accessibilité dans les communications du gouvernement qui s'adressent aux citoyens.
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
Je souhaiterais pas que des gens soient pénalisés parce qu’ils ont des difficultés à pouvoir répondre à cette exigence du gouvernement enchaîne la députée, référant aux personnes itinérantes.
Elle considère que des délais supplémentaires devraient être octroyés, dans certains cas, pour s’affranchir de cette obligation, et que les organismes qui tentent d’aider la population soient soutenus financièrement en conséquence.
Du côté de Statistique Canada, le directeur général du programme du recensement, Patrice Mathieu, défend l'approche numérique en rappelant qu'en 2021, 84 % des ménages canadiens avaient utilisé l'option en ligne, jugée simple et sécuritaire.

Patrice Mathieu, directeur général du programme de recensement chez Statistique Canada. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Cyr
Patrice Mathieu insiste sur l'importance du recensement pour la prise de décisions gouvernementales et la distribution des services. Il souligne notamment l'ajout de nouvelles questions visant à mesurer l'itinérance cachée, un phénomène jusqu'ici invisible dans les statistiques.
Il ajoute qu’une ligne d’aide téléphonique est également disponible pour les usagers ayant besoin d'assistance pour remplir le formulaire.
Des cliniques à Rimouski lundi et mardi
Le Centre d’action bénévole Rimouski-Neigette, au Bas-Saint-Laurent, tiendra deux cliniques à Rimouski, lundi et mardi prochains. Ses intervenants s’attendent aussi à être bien occupés.
La coordonnatrice de l'organisme, France Michaud, explique que les cliniques ont été mises en place en raison des appels reçus, notamment de la part d’aînés qui éprouvent des difficultés et de la confusion devant la tâche de répondre adéquatement au recensement. Certains confondent le recensement avec les documents relatifs à la déclaration de revenus, précise la coordonnatrice.
Il y en a qui ne sont pas à l’aise avec le téléphone, l’internet, et tout ça. Donc venir nous voir, ça offre une sécurité.
Une question qui revient fréquemment concerne l’obligation de compléter le recensement. Il faut éviter l’amende, on ne se mentira pas, répond-elle aux citoyens inquiets.
Pour recourir aux services de la clinique du Centre, il suffit de le contacter par téléphone pour obtenir un rendez-vous.
Avec les informations de Laurana Genest et de Camille Lacroix


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