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Un pas de plus vers la dictature : Trump bannit trois médias de la Maison-Blanche

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Vue des jardins sud de la Maison-Blanche, le dimanche 20 septembre 2026, à Washington [AP Photo/Alex Brandon]

Dans une attaque frontale contre le premier amendement, le président Donald Trump a ordonné que les journalistes de CNN, MS NOW et Politico soient interdits d'accès à la Maison-Blanche pour avoir publié des « articles négatifs » à son sujet. Il a annoncé cette interdiction vendredi après-midi sur les réseaux sociaux. Lorsque les journalistes de ces trois médias sont arrivés pour travailler samedi matin, ils se sont vu refuser l'entrée au poste de sécurité et leurs accréditations de presse ont été confisquées.

Le président a laissé entendre que les deux principaux journaux américains, le New York Times et le Washington Post, pourraient également être bannis de la Maison-Blanche.

Exprimant ouvertement sa haine de la liberté de la presse, Trump a déclaré : « C’est malsain. Bien, il y a quelque chose qui ne va pas dans un pays qui permet à des gens d’écrire des articles délibérément négatifs. S’ils veulent les écrire, très bien. Mais je ne suis pas obligé de les laisser entrer dans ma – dans la maison du peuple. »

Ce lapsus était révélateur de la véritable attitude de Trump vis-à-vis de la présidence : la Maison-Blanche est sa maison. Elle n’appartient pas au peuple américain. Le gouvernement existe pour sa propre glorification, tant sur le plan financier que politique. Il fait sien le principe monarchique remontant à Louis XIV : « L’État, c’est moi ».

Akayla Gardne (journaliste de MS NOW à la Maison-Blanche, à gauche), Betsy Klein (correspondante principale de CNN à la Maison-Blanche) et Cheyenne Haslett (journaliste de Politico à la Maison-Blanche) près du complexe de la Maison-Blanche, après s'être vu refuser l'entrée. [AP Photo/Jose Luis Magana]

Interrogé par d'autres journalistes sur les raisons de sa décision, Trump a répondu : «Parce que ce sont des fake news [...] On finit par se lasser de lire et de voir des fake news. Quand on regarde CNN, tout est faux. C’est pour ça que leurs cotes d’écoute sont mauvaises. Quand on regarde MS NOW [...] ce sont des fake news. »

« Et quand on regarde Politico », a-t-il poursuivi, « les articles qu’ils ont écrits sont faux. Il y a donc beaucoup d'informations de ce genre, et d'autres pourraient s'y ajouter ; peut-être qu'ils finiront par s'améliorer. Mais notre pays a besoin d'informations honnêtes. »

Ces propos émanent d'un président qui ment sans relâche, affirmant que l'économie américaine est en plein essor, que la crise du coût de la vie est une « supercherie » et qu'il jouit d'une immense popularité, en dépit de manifestations de masse sans précédent et d'une chute vertigineuse de sa cote de popularité : autant d'éléments qui font craindre une débâcle républicaine aux élections de mi-mandat, prévues dans à peine six semaines.

Les trois médias visés ont tous publié des déclarations de protestation et, dès dimanche, on apprenait qu'ils préparaient des recours en justice. Toutefois, les grands groupes qui les détiennent limitent leur riposte à la voie judiciaire. L'Association des correspondants de la Maison-Blanche, dont le président actuel est un correspondant de Fox News, s'est contentée d'une déclaration de soutien aux médias exclus, sans aller plus loin. Bien que cette exclusion ait été le sujet principal de la plupart des émissions d'interview du dimanche, aucun organe de presse des grands groupes médiatiques n'a suggéré d'action collective, comme un boycott commun des points presse ou une absence de journalistes. Tous les autres médias ont conservé leur place.

À la suite de sa propre exclusion, Politico a publié un long article citant des entretiens anonymes avec « plus d'une douzaine de responsables actuels et anciens de l'administration Trump », qui ont confié au site d'information être « perplexes face à cette situation ». Ils ont fait remarquer que Trump avait annoncé cette mesure un jour où sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, n'était pas présente à la Maison-Blanche.

Publiquement, les collaborateurs de Trump ont défendu avec véhémence sa décision d'exclure ces médias. Peter Navarro, conseiller au commerce de la Maison-Blanche, est intervenu dans le podcast « War Room » de Steve Bannon – ancien collaborateur fasciste de Trump – pour qualifier de « trahison » les reportages critiques sur la conduite de la guerre américaine contre l'Iran. Il a ajouté : « Quel que soit votre avis sur la guerre, on ne tient pas des propos qui seront immédiatement repris par les médias iraniens. »

Michael Waltz, ambassadeur auprès de l'ONU et ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump (évincé l'an dernier à la suite du scandale « Signalgate »), est intervenu dimanche dans l'émission « State of the Union » sur CNN, profitant de la tribune pour dénoncer la chaîne et justifier son exclusion.

Waltz a déclaré : « Le président est tout à fait en droit de restreindre l'accès des journalistes aux installations gouvernementales, surtout lorsqu'il estime qu'ils ne se comportent pas comme des journalistes de bonne foi. » Il a affirmé que les médias «lancent des choses en l'air » et que « cela colle aux gens comme du napalm », tout en fustigeant un « journalisme de ragots ». Il est significatif qu'il ait par la suite contesté la couverture médiatique des déploiements militaires américains et de l'épuisement des stocks de munitions.

Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a déclaré vendredi sur X que son ministère «soutenait pleinement » la décision de Trump. « Nous sommes reconnaissants que ces médias aient déjà choisi de s'auto-expulser du Pentagone », a écrit Hegseth. « Ils ont mis nos troupes en danger avec de fausses informations et des fuites, et ont colporté des fictions et des mensonges sur le président, nos combattants et leur mission. »

Il est fait ici référence à la purge menée au Pentagone en octobre dernier, lorsque le ministère a exigé des journalistes qu'ils signent un engagement à ne solliciter ni publier aucune information dont la diffusion n'était pas autorisée – y compris des documents non classifiés – sous peine de perdre leur accréditation. Un juge fédéral a depuis invalidé certaines dispositions de cette politique. Le Pentagone a réagi en proposant une mesure de remplacement, elle aussi bloquée, mais cette décision a été suspendue dans l'attente de l'appel.

Hegseth a également limogé le rédacteur en chef et l'éditeur de Stars and Stripes – publication dont l'indépendance était déjà limitée – après que le journal a rendu compte des conditions déplorables à bord du porte-avions Abraham Lincoln de la marine américaine lors de son déploiement face à l'Iran.

L'exclusion imposée par Trump ne concerne pas seulement le Bureau ovale – où il a réitéré vendredi son interdiction devant un groupe de journalistes – mais l'ensemble du complexe de la Maison-Blanche, y compris la salle de presse, principal lieu de travail des journalistes chargés de couvrir le président américain.

L'administration Trump n'a tenu aucun point presse dans cette salle depuis le 31 août, date du départ de la porte-parole Karoline Leavitt. Aucun successeur n'a été nommé, et il n'est pas certain qu'il y en aura un. Au cours des 18 derniers mois, Leavitt avait imposé de plus en plus de restrictions à l'accès de la presse à certaines zones de la Maison-Blanche, comme son propre bureau, qui était pourtant ouvert aux journalistes sous les administrations précédentes, y compris lors du premier mandat de Trump.

Cette interdiction fait suite à l'exclusion de l'agence Associated Press du Bureau ovale l'année dernière, à la purge des accréditations au Pentagone et aux poursuites judiciaires se chiffrant en milliards de dollars intentées par Trump contre le New York Times, le Wall Street Journal et la BBC. Le moment choisi pour cette mesure est lié à la guerre contre l'Iran et à l'approche des élections. Comme le montrent clairement les propos de Navarro, Waltz et Hegseth, un gouvernement menant une guerre impopulaire et confronté à une débâcle électorale cherche à qualifier les reportages factuels sur le conflit d'aide à l'ennemi.

Les médias visés ne sont pas des adversaires de l'impérialisme américain, et les grands groupes qui les détiennent ont à maintes reprises capitulé face à Trump, comme en témoignent les règlements se chiffrant en millions de dollars versés par ABC et Paramount. Le chef de la minorité au Sénat, Charles Schumer, a comparé Trump à un dictateur, mais les démocrates ne proposent rien. La défense de la liberté de la presse et de tous les droits démocratiques ne peut être laissée aux conglomérats médiatiques, aux tribunaux ou au Parti démocrate. Elle repose sur la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre l'administration Trump et sa marche vers la dictature.

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