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Heilpraktiker, ce « généraliste des médecines naturelles et ancestrales » : quand l’Allemagne et la Suisse intègrent officiellement ces médecines millénaires que la France méprise

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Auteur(s) France-Soir Publié le 19 septembre 2026 – 19:36

En France, la naturopathie suscite régulièrement débats, et ses praticiens sont de plus en plus taxés de charlatanisme par une partie grandissante des autorités sanitaires et du corps médical. En Allemagne et en Suisse, le tableau semble bien différent. Les Heilpraktiker y bénéficient d’une reconnaissance officielle qui leur permet de s’intégrer au système de santé dans une logique de complémentarité avec la médecine conventionnelle. Cyril Fleury, naturopathe suisse à Yverdon-les-Bains, est titulaire du diplôme fédéral en médecine naturelle traditionnelle européenne ainsi que du diplôme allemand de Heilpraktiker, nous partage ici son expérience et sa vision dans ces quelques lignes éclairantes.

Le mot intrigue, Heilpraktiker, qui désigne un diplômé bien particulier, sur le sol allemand, dont la traduction littérale renvoie au « praticien de la santé naturelle », désigne en français le terme naturopathe. Formé en France, Cyril Fleury a passé ses examens à Sarrebruck en 1995, à une époque où le statut des naturopathes en Suisse restait juridiquement incertain. La profession vivait alors « dans l’alégalité et non pas l’illégalité », se souvient-il. Le Heilpraktiker, résume-t-il, c’est « vraiment le généraliste des médecines naturelles », celui qui « défend ces techniques qui sont les plus proches de la nature ». Cette profession repose sur une vision globale de la santé et mobilise la phytothérapie, la gemmothérapie, les techniques liées au chaud et au froid, ainsi que des approches inspirées de la médecine traditionnelle chinoise, sans oublier l’exercice et la lumière. « Ces choses simples qui existaient déjà il y a 200, 300 ans. »

Une reconnaissance institutionnelle unique au monde

La Suisse a accompli une avancée institutionnelle majeure en créant un diplôme fédéral de naturopathe en médecine naturelle traditionnelle européenne (MTE). Il a fallu près de seize ans de travail à la fédération des naturopathes pour aboutir à cette officialisation. « C’est un exploit », insiste Cyril Fleury. Plus remarquable encore, la Confédération a accepté que le terme « médecine » figure sur ce diplôme, avec l’accord du corps médical. « Ce qui est extraordinaire, c’est que la Confédération accepte que le terme de médecine soit présent sur le diplôme, ainsi que le corps médical lui-même », souligne-t-il. Il estime que la Suisse est aujourd’hui le seul pays au monde à disposer d’un diplôme fédéral de médecine naturelle.

Cette reconnaissance ne relève pas du symbole, elle structure désormais toute une profession. Quiconque sort aujourd’hui d’une école de médecine naturelle en Suisse doit passer par le diplôme fédéral pour avoir le droit d’exercer. La formation elle-même s’est considérablement durcie, les examens d’anatomie-physiopathologie se déroulent désormais en milieu universitaire, à Berne. « C’est vraiment beaucoup plus rigoureux et sévère qu’il y a vingt ans encore », observe celui qui a connu les débuts de la discipline. Autre singularité helvétique, les patients peuvent souscrire une assurance complémentaire qui rembourse les consultations de médecine naturelle. La Suisse est « un des seuls pays » de ce type, ce qui achève d’ancrer ces pratiques dans le système de santé. Selon le registre des médecines empiriques, le pays fait aujourd’hui figure de « référence pour tous les pays, même les pays asiatiques ».

Une tradition née dans les montagnes

Cette reconnaissance helvétique a des racines anciennes. Dans les cantons alémaniques, les médecins exerçaient en ville, tandis que les paysans vivaient à la montagne. « Les médecins, ça les embêtaient de faire le chemin jusqu’à la montagne. Donc ils ont formé des guérisseurs, des magnétiseurs…», qui recevaient l’autorisation cantonale « de pratiquer à la place du médecin en montagne pour soigner les gens ». C’est grâce à cette histoire, estime-t-il, que « les médecines naturelles ont été assez bien acceptées en Suisse, beaucoup plus qu’ailleurs ».

Le résultat se lit dans les chiffres. 66 % de la population suisse consulte des thérapeutes non-médecins, masseurs, acupuncteurs, naturopathes, ou spécialistes de médecine chinoise. « Ça fait vraiment partie de la culture du pays. »

Deux temporalités, deux approches

Et c’est peut-être là que le contraste entre les deux médecines est le plus saisissant, avec d’un côté, une médecine conventionnelle récente, « elle est considérée comme la médecine normale, elle n’a que 150 ans, alors que les autres, les médecines naturelles, sont pluricentenaires pour certaines, voire millénaires pour les médecines orientales. »

Il y a aussi une différence de rythme au quotidien. Les consultations médicales classiques durent cinq à dix minutes, celles des Heilpraktiker, « entre 45 minutes et une heure ». « Le médecin n’a plus le temps de prendre une heure avec son patient, ce n’est pas possible. » C’est précisément dans cet espace que le naturopathe trouve sa place : « Nous sommes nécessaires au bien-être de la population, parce qu’on peut prendre le temps, et travailler avec des substances et des produits tout à fait complémentaires à ce que la médecine propose. »

Les périmètres restent distincts, et Cyril Fleury ne les confond pas. « Je ne fais pas de chirurgie. Et ma façon de faire un bilan est totalement différente. » Le naturopathe recommande des produits en vente libre là où le médecin prescrit sur ordonnance. Pour une radio ou des analyses particulières, « on peut recommander nos patients auprès du médecin » et collaborer.

Mesurer l’énergie au bout des doigts

Sa signature, c’est le bilan de santé à l’organomètre, une méthode mise au point par le Dr Voll, médecin allemand. L’appareil « permet de mesurer en micro-ampères des points d’acupuncture au bout des doigts », les points Ting, reflets de la qualité des méridiens. « Si la qualité du méridien est vers les 50, l’organe est sain. Si on est en dessous, c’est bloqué et plutôt chronique ; si on est au-delà, c’est plutôt enflammé et récent. » L’interprétation s’appuie sur les cinq éléments de la médecine chinoise, métal, eau, bois, feu, terre, où chaque élément associe « un organe, un viscère, une couleur, un tempérament, une saison », pour « placer la personne dans l’état où elle est au moment de la consultation ».

La méthode permet même de vérifier qu’un remède convient : « Si vous avez une mesure à 30, vous testez un produit, et que la mesure remonte à 50, ça veut dire que le produit correspond. » Et ce jusqu’à la dilution homéopathique. Si l’aiguille file à 75 au lieu de 50, « c’est que ce n’est pas le bon produit, ou pas la bonne dilution ». Un raffinement dont il ne cache pas sa fierté : « C’est extraordinaire de pouvoir prendre un produit et de dire que c’est le bon produit, la bonne dilution, celle qui va faire du bien à la personne. »

Source : France Soir

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