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L'Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) a été forcée de s'excuser auprès de ses membres après avoir laissé un organisme identifié comme « anti-choix » acheter une publicité dans l'agenda universitaire.
Interpellée par certains membres de la communauté après la rentrée universitaire, l'AELIÉS a déclaré la semaine dernière avoir rompu ses liens avec La Roselière, un organisme à but non lucratif de Québec.
Selon la Coalition pour le droit à l'avortement du Canada, La Roselière est considérée comme un centre de crise de grossesse anti-choix ou un organisme religieux de consultation post-avortement.
L'organisme est également cité dans deux rapports sur l'état du mouvement anti-avortement au Québec produits en 2014 et en 2025 par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN).

La publicité de La Roselière s'est retrouvée dans l'agenda de l'AELIÉS (photo) et a été rapidement dénoncée dans la communauté étudiante.
Photo : Gracieuseté
Excuses publiques
L'association étudiante, qui représente 15 000 membres de deuxième et troisième cycle, a fait son mea culpa dans une déclaration écrite, admettant s'être fiée à la présentation publique de l'organisme sans vérifier les pratiques qui lui sont associées.
Le comité exécutif de l'AELIÉS a pris les devants sur ses réseaux sociaux et a promis de modifier son processus de vérification.
Nous regrettons que cette décision ait causé du tort et suscité de l'inquiétude. Nous tenons à vous présenter nos plus sincères excuses.
L'association étudiante n'a pas émis de commentaire supplémentaire et a refusé notre demande d'entrevue.
Les jeunes ciblées
La situation vécue par l'AELIÉS ne surprend pas Sylvie Pedneault, directrice générale chez SOS Grossesse. Son organisme est l'un des trois seuls groupes d'accompagnement à la naissance recommandés sur les plateformes du ministère de la Santé et des Services sociaux, tous pro-choix et militant pour les droits reproductifs des femmes.
La stratégie des groupes anti-choix, pour se faire connaître, c'est de faire des publicités dans les toilettes [des écoles, des cégeps et des universités], dans les agendas, explique-t-elle en entrevue. Cette façon de faire permet aux organismes d'atteindre leur public cible, souvent de jeunes adultes pas nécessairement au courant des nuances face à la liberté de choix et face à une grossesse imprévue.
Selon Mme Pedneault, les organismes anti-choix tablent sur une confusion et un manque de transparence dans leurs messages, misant sur le fait que les gens ne vont pas fouiner. SOS Grossesse doit ainsi faire des rappels constants, chaque année, auprès des organisations étudiantes.

Sylvie Pedneault est directrice générale de SOS Grossesse. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Double discours
Les groupes anti-choix ne vont pas le déclarer haut et fort sur leurs plateformes, souligne-t-elle, préférant adopter une position de neutralité dans le débat public sur l'avortement.
D'ailleurs, le site web de La Roselière ne fait aucune mention d'une telle position. Au contraire, nos services sont fondés sur des valeurs humanistes d’entraide, de solidarité, d’accueil, d’écoute et de respect inconditionnel de la liberté de choix, peut-on y lire.
Les pratiques dénoncées par SOS Grossesse surviennent après la phase de recrutement de la clientèle. C'est lors de rencontres individuelles, quand on fait des kiosques de sensibilisation ou quand on prend la parole, qu'on va remarquer des discours culpabilisants, affirme Sylvie Pedneault.
Ces pratiques font des dommages, dénonce l'intervenante. Ce n'est pas transparent. Ça ne permet pas de prendre une décision libre et éclairée quand on a des biais négatifs.
On va dire aux femmes que [l'avortement] est une décision immensément difficile à prendre, qu'on risque de le regretter. "Est-ce que tu vas être capable de vivre avec ce choix-là?" C'est le genre de question qu'on entend des femmes qui ont fréquenté ces organismes-là avant d'arriver chez nous.
À savoir quel est l'intérêt derrière les actions des centres d'accompagnement à la grossesse comme La Roselière, Mme Pedneault rappelle que la plupart des organismes critiqués ont des liens avec les communautés religieuses.
Sur les 10 organismes anti-choix cités dans le rapport sur le mouvement anti-avortement de la FQPN en 2025, la totalité avait des affiliations religieuses dans leur discours officiel ou leur mode de financement.
La Roselière est pour sa part financée en partie par l'Église catholique de Québec.
Liste de groupes anti-choix au Québec
- Accueil Grossesse Beauce-Appalaches (Chaudières-Appalaches)
- Accueil Grossesse Birthright (Centre du Québec)
- Réconfort Drummondville (Centre-du-Québec)
- Aide Grossesse (Montérégie)
- Centre conseil-grossesse Montréal (Montréal)
- Centre de grossesse Options (Montérégie)
- Maison d'hébergement Abriter (Montérégie)
- Centre Options Grossesse Lennoxville (Estrie)
- Enceinte et inquiète (ligne téléphonique)
- La Roselière (Québec)
- Options Grossesse (Capitale-Nationale)
- Pro-Vie Québec
Source : Rapport de la Fédération du Québec pour le planning des naissances
La Roselière se défend
Lucille Duval, coordonnatrice à La Roselière, rejette l'épithète de groupe anti-choix qui lui est accolée.
On ne s'identifie pas comme ça. Je ne reconnais pas mon organisme. [...] On écoute les femmes quand elles vivent une grossesse imprévue. On essaie de les aider à trouver, pour elles, ce qu'elles souhaitent et ce qu'elles désirent. On n'est pas du tout en train d'essayer de les influencer, réplique-t-elle.
À savoir pourquoi, dans ce cas, l'organisme apparaît dans les listes de groupes anti-choix, Mme Duval assimile le tout à des ouï-dire. À partir du moment où la rumeur part, c'est difficile de se défendre, dit-elle, ajoutant respecter la décision de l'AELIÉS d'avoir mis fin à leur association.

La plupart des organismes comme La Roselière, dénoncés pour des pratiques anti-choix, ont des affiliations avec des communautés religieuses. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Selon Lucille Duval, l'organisme a été fondé par des femmes dans un contexte où environ 30 000 avortements étaient enregistrés chaque année au Québec en 2004, ce qui représente un pic historique pour la province. À ce moment, on comptait près de 20 avortements pour 1000 femmes âgées de 15 à 44 ans.
La Roselière est née la même année. Les fondatrices avaient l'impression que certaines femmes avaient peut-être juste besoin de parler, raconte Mme Duval.
Cette dernière nie catégoriquement que son organisme a l'objectif d'éviter des avortements. On veut que les femmes prennent du temps pour réfléchir, nuance-t-elle, refusant au passage d'offrir sa position personnelle sur l'avortement. Ça n'a pas d'importance, lance-t-elle, ajoutant que ça ne change rien au positionnement non idéologique de La Roselière.
Surveillé depuis longtemps
Quoi qu'en dise Mme Duval, l'organisme est surveillé depuis au moins 2014 par la Fédération du Québec pour le planning des naissances.
Véronique Pronovost, autrice des deux rapports produits par la Fédération sur l'état des lieux du mouvement anti-avortement au Québec, est catégorique sur le statut de La Roselière. Ce n'est pas quelque chose qui est nouveau ou qui date d'une année ou deux, affirme la doctorante en sociologie et en études féministes à l'Université du Québec à Montréal.

Véronique Pronovost a participé aux deux rapports sur l'état du mouvement anti-avortement au Québec en 2014 et en 2025. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
En plus de miser sur la confusion et la neutralité idéologique en surface, les organisations diversifient depuis peu leur offre de services. Elles proposent de plus en plus des programmes post-avortement.
Ils sont présentés comme des services de soutien émotionnel, psychologique ou spirituel pour les femmes ayant vécu un avortement, mais qui s'inscrivent dans une prescription idéologique opposée à l'avortement, écrit Mme Pronovost dans son rapport paru l'an dernier.
Ces nouvelles stratégies sont les mêmes que celles observées aux États-Unis, où Véronique Pronovost concentre une partie de ses recherches.
Selon elle, il existe un manque d'encadrement autour de ces groupes anti-choix. Comme il n'y a aucun financement public qui est accordé, il n'y a pas de barèmes pour ces groupes-là. Après, ça tombe sous la liberté d'expression. C'est à peu près tout.
C'est ce qu'on observe aux États-Unis, où les organisations ont recours à la liberté d'expression pour continuer à tenir des discours qui, malheureusement, véhiculent de la désinformation médicale assez grave et qui peut avoir un impact sur les décisions des personnes soumises à ces discours-là.
Ottawa voulait légiférer
Dans le cadre actuel, certains organismes, dont La Roselière, arrivent à recevoir le statut d'œuvre de bienfaisance au fédéral. Ottawa est bien au fait de la situation et comptait légiférer en la matière.
Des inquiétudes ont été soulevées quant au fait que certains organismes de bienfaisance enregistrés qui offrent des services de santé reproductive aux femmes, y compris des consultations sur les options de grossesse, pourraient faire de la désinformation, indiquait un document gouvernemental en 2024.
Certains se présentent comme des organisations offrant des services neutres et complets d’aide à la grossesse, alors qu’ils sont plutôt des organisations anti-choix qui éloignent les femmes des soins de santé reproductive qu’elles désirent, poursuit le document préparatoire à une modification réglementaire qui était prévue en 2025.
En dissimulant la véritable nature de leurs services, ces organisations anti-choix limitent le droit des femmes enceintes vulnérables de choisir les soins de santé reproductive qui conviennent à leurs besoins et à leur situation.
Le projet de loi est finalement mort au feuilleton en mars 2025, avant les élections fédérales. Le nouveau gouvernement de Mark Carney n'a pas relancé le dossier.


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