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L’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac (OOT) a dénombré un record de juncos ardoisés samedi alors qu’ils sont particulièrement nombreux en ce moment, autant au Saguenay–Lac-Saint-Jean que sur la Côte-Nord. Pas moins de 121 145 de ces petits oiseaux, moitié gris foncé, moitié gris pâle, ont été recensés par deux scientifiques.
Les oiseaux ont été observés au cœur d’un phénomène exceptionnel nommé migration inverse.
C'est une rivière continue d'oiseaux, illustre le directeur aux opérations de l’Observatoire d'oiseaux de Tadoussac, Alexandre Terrigeol, en entrevue à Place publique. C'est la première fois dans le monde qu’il y a autant de juncos ardoisés qui ont été comptés. C'est une espèce qui est nord-américaine, donc nos données peuvent être juste comparées avec le Canada et les États-Unis, mais ça reste que c'est exceptionnel.
Le précédent record avait été établi à environ 60 000 individus, rapporte Alexandre Terrigeol.

« C'est la première fois, dans le monde, qu’il y a autant de juncos ardoisés qui ont été comptés », souligne le directeur aux opérations de l’Observatoire d'oiseaux de Tadoussac, Alexandre Terrigeol. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin
Lors du dénombrement réalisé par Laetitia Desbordes et André Desrochers, 36 315 merles d’Amérique, 1598 sizerins flammés, 840 plectrophanes des neiges et 236 pics flamboyants ont également été recensés.
Une méthode particulière a été développée afin de compter de si grands nombres d’oiseaux en plein vol.

Les plectrophanes des neiges étaient aussi au rendez-vous, à Tadoussac.
Photo : Facebook/Observatoire d'oiseaux de Tadoussac : Alexandre Terrigeol
C'est en fait une ligne imaginaire qu'on place devant nous et on va compter tous les oiseaux qui passent cette ligne imaginaire, pendant une minute. Ensuite, on extrapole ce chiffre sur 10 minutes et comme ça, on répète l'exercice toutes les 10 minutes et à la fin ça nous donne une bonne estimation. Et ça permet de capter justement les variations de rythme, a expliqué M. Terrigeol.
Lors d’une migration inverse, les oiseaux rebroussent chemin à leur arrivée à destination. Comme ils arrivent du sud, où ils étaient aussi nombreux, le froid persistant peut les rebuter et nuire à leur recherche de nourriture.
Ils s'attendaient à ce que ce soit déjà le printemps ici. Et manque de chance, ce n'était pas exactement le cas, explique le directeur aux opérations de l’OOT.

En raison des grandes quantités de neige, les oiseaux ont fait demi-tour vers le sud pour trouver des endroits plus dégagés. (Photo d'archives)
Photo : Danielle Gauthier De Varennes
Comme il s’agit d’oiseaux forestiers qui se nourrissent au sol, la neige est un problème. Ils vont faire demi-tour en fait. Ils vont essayer de trouver des endroits où il y a encore de l'accessibilité. Donc c'est pour ça qu'ils envahissent les mangeoires, a-t-il poursuivi.
Le fait qu'ils soient affamés et épuisés les rend vulnérables face aux prédateurs.
Ils sont vraiment à la recherche de nourriture, mais ils sont aussi fragiles. Ce qui fait que si on a des chats qui se promènent dehors, ils vont se faire attraper très facilement parce qu'ils sont vraiment exténués. Les attroupements comme ça de beaucoup d'oiseaux, ça augmente éventuellement les risques de maladie, de transmission de maladie, a-t-il prévenu, en recommandant de bien nettoyer les mangeoires.
Reconnu mondialement
Selon Alexandre Terrigeol, le secteur de Tadoussac est désormais reconnu mondialement pour ses migrations inverses depuis 2018, qui font d’ailleurs l’objet de recherches dont ce dénombrement.
Une autre hypothèse étudiée présenterait plutôt ce mouvement contraire comme tout à fait normal.
L'autre hypothèse, c'est une route migratoire naturelle qu'ils utilisent. Puis au lieu de juste faire du nord-sud en ligne droite, ils vont passer plus par le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie par exemple et puis ensuite longer le fleuve pour aller rejoindre la Côte-Nord, le Saguenay etc., a-t-il imagé.

Les ornithologues ont également pu apercevoir un solitaire de Townsend, un oiseau rare au Québec.
Photo : Facebook/Observatoire d'oiseaux de Tadoussac : Alexandre Terrigeol
En plus des scientifiques qui étudient la question, les observations du public sont de plus en plus utiles, notamment grâce à l’application eBird.
La migration des oiseaux observables dans nos régions devrait prendre fin vers le 6 ou le 7 juin.


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