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Alors que le gouvernement promeut un « Manitoba véritablement bilingue », l’un des ministres francophones, soit le ministre des Finances, Adrien Sala, ne semble pas vouloir répondre aux questions en français, ce qui frustre certains francophones.
C’est vraiment contradictoire, affirme Noël Coulibaly, étudiant à l'Université de Saint-Boniface, parce qu'on ne peut pas dire qu’on veut que le Manitoba soit une province véritablement bilingue et qu’un membre du gouvernement refuse de s'exprimer en français.
Même s'il s’est exprimé publiquement plusieurs fois en français par le passé, notamment lors d’entrevues à la radio, Adrien Sala ne semble plus souhaiter répondre en français aux questions lors de conférences de presse.
Par exemple, le 20 mars, le ministre a annoncé la création de 2000 nouveaux espaces en service de garde et une hausse de salaire de 2,9 % pour les éducatrices de la petite enfance. Lorsque Radio-Canada lui a demandé de répéter en français une déclaration sur l’importance d’investir dans les services à la petite enfance, le ministre a répondu en anglais.
Honnêtement, en français, ce n’est pas possible en ce moment, a-t-il répondu lorsque le journaliste l’a interrogé sur son refus de répondre en français.
Ensuite, lors d’un point de presse le jour du dévoilement du budget provincial le 24 mars, Adrien Sala a encore une fois indiqué qu’il n'allait pas répondre à la seule question posée en français.
Malheureusement, je vais répondre en anglais.
Le ministre a pourtant livré quelques lignes de son discours préparé en français.
Au Manitoba, aucun règlement n’oblige les ministres à s’exprimer en français ni même à maîtriser cette langue. La grande majorité des élus provinciaux sont d'ailleurs incapables de la parler, à tel point que l’ancienne ministre des Affaires francophones, Rochelle Squires, s’exprimait habituellement en anglais.
Noël Coulibaly, qui est d’origine ivoirienne, indique toutefois qu’il est important que la communication politique soit faite à la fois en français et en anglais pour atteindre également ceux qui sont plus à l’aise dans la langue de Molière.
Il est vraiment essentiel de pouvoir mettre en pratique le français dans tous les compartiments du gouvernement, a-t-il déclaré.

Noël Coulibaly, qui est étudiant, affirme que les communications politiques devraient être faites en anglais ainsi qu’en français, lorsque cela est possible.
Photo : Radio-Canada
Pour Ziyaah Ilas, une étudiante de l’Université de Saint-Boniface en soins infirmiers, il s’agit également d’une question de représentation.
Je pense que c'est vraiment important pour représenter les francophones du Canada et de Winnipeg, dit-elle. On devrait entendre leur voix, de façon qu’on soit inclus.
Selon un autre étudiant de l’USB, Rosemond France, le refus de répondre aux questions en français envoie un message négatif pouvant nuire aux efforts visant à promouvoir le bilinguisme au Manitoba.
Le premier ministre Wab Kinew et le ministre responsable des Affaires francophones, Glen Simard, s’expriment régulièrement en français dans le cadre de leurs fonctions et répondent régulièrement aux questions des médias en français.
La ministre de l’Éducation postsecondaire et de la Formation, Renée Cable, et la ministre de l'Éducation et de l'Apprentissage de la petite enfance, Tracy Schmidt, se sont également déjà exprimées en français lors de discours.
Aucune réponse officielle du gouvernement
Pendant une semaine, Radio-Canada a tenté d’obtenir une entrevue avec le ministre sur cette question, mais sans succès. Son service des communications n’a pas non plus fourni de déclaration écrite à ce sujet.

Michel Lagacé, chroniqueur pour le journal « La Liberté », dit comprendre que le vocabulaire que doit utiliser Adrien Sala en tant que ministre des Finances est technique et parfois complexe.
Photo : Radio-Canada
Michel Lagacé, chroniqueur pour le journal La Liberté, a qualifié de regrettable le refus du ministre de répondre à des questions en français, tout en estimant qu'Adrien Sala a peut-être des raisons d'agir ainsi.
Ça semble contradictoire, mais au niveau personnel, je pense qu'il faut laisser les gens agir selon leur propre volonté, dit-il. Et si quelqu'un me dit : "Je suis pas à l'aise de parler en français devant un micro", je pense qu'il faut respecter ça.
Trouver un équilibre
De l'avis du président de la Société de la francophonie manitobaine, Derrek Bentley, cette situation illustre l'intolérance et la critique démesurée à l'égard de la qualité du français de ceux qui s'expriment publiquement, y compris les politiciens.
L'insécurité linguistique, c'est certainement bien réel, soutient le président de la SFM, qui n'a pourtant pas le français pour langue maternelle.
On doit s'assurer que le français ait sa place dans l'espace public, indique-t-il, se demandant par ailleurs : Comment est-ce qu'on trouve l'équilibre entre ces deux choses-là, s'assurer de la représentation, mais aussi des conditions concrètes pour garantir cette participation-là?
Dans sa démarche visant à faire du Manitoba une province « véritablement » bilingue, le gouvernement a recueilli près de 2000 réponses lors des consultations publiques organisées entre juin et novembre 2025 afin de dresser un état des lieux de la francophonie.
La province a publié un rapport à partir des données recueillies le 20 mars. Le document fait état du souhait de certains répondants de voir toutes les communications gouvernementales diffusées aussi bien en anglais qu’en français, y compris les discours et les conférences de presse.


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