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Un été au Groenland : comment vit-on dans l’une des régions les plus extrêmes du monde ?

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Début juillet 2026, je suis partie à l'aventure dans un petit village isolé sud si dans « le paradis du Groenland ». Dans les trois premiers épisodes de ma série de reportages, j'ai évoqué les phénomènes météo nouveaux qui apparaissent désormais là-bas, la façon dont la nature se transforme au gré du réchauffement climatique et l'intérêt grandissant du monde entier pour cette île qui semblait n'intéresser personne il y a encore peu de temps.

Le sud du Groenland est composée de fjords parfois difficiles d'accès, mais toujours spectaculaires. © Karine Durand

Survivre à l’isolement en tirant partie de la nature

La quasi-totalité des 50 000 habitants du Groenland vivent sur les côtes, là où la glace n'est pas présente tout au long de l'année. Les Groenlandais vivent en grande partie dans les fjords, dans les innombrables îles et presqu'îles du territoire. Vivre dans cet univers implique souvent une dépendance à la mer : pour beaucoup, le bateau est le moyen principal de déplacement.

Qassiarsuk, mon lieu de séjour, un village de quelques dizaines d'habitants, est situé à environ 50 kilomètres de la première véritable ville : ce petit coin de paradis l'été (moins le reste de l'année quand même) est uniquement accessible par la mer. Si le vent est trop fort, personne ne peut rejoindre le village, et personne ne peut en partir, et cela peut durer... des jours, ou plus encore ! Mieux vaut avoir pris ses dispositions avant d'entreprendre un voyage là-bas.

Qu'en est-il du ravitaillement ? Un bateau arrive tous les 15 jours pour apporter l'essence et la stocker dans de grandes cuves, et un autre apporte la nourriture, les fournitures, le matériel, ou encore les commandes effectuées sur internet. Si la météo est mauvaise, aucun trajet en bateau ne s'effectue et le petit village doit se débrouiller avec son stock. 

Dans mon auberge de résidence, cela oblige régulièrement la cuisinière à faire preuve de créativité. Les produits manquants pour la cuisine doivent être remplacés par ce qu'on trouve sur place : les plantes et les fleurs sauvages sont ramassées partout, et sont intégrées aux repas. Tous les jours, nous avions droit à de ma confiture de rhubarbe, des gâteaux à la rhubarbe et autres mets délicieux toujours agrémentés de cette plante largement répandue sur place. La rhubarbe du Groenland a été introduite dans les années 1700 par des moines missionnaires allemands et elle a prospéré au sud de l'île depuis.

Le bateau de ravitaillement en train d'arriver sur les côtes du village de Qassiarsuk. © Karine Durand

Au cours de mes randonnées, j'ai pu constater que les habitants de l'île ramassent en effet tout ce qu'ils trouvent : alors qu'en France, nous achetons tout dans nos magasins sans savoir ce que peut offrir la nature avoisinante, les Groenlandais connaissent et collectent les ressources naturelles qui les entourent. Les plantes et les fleurs comestibles bien sûr (comme le pois et le thym présents partout), mais aussi la laine qui se détache naturellement des moutons islandais élevés en liberté partout dans la zone.

La pêche fait partie intégrante du quotidien, le flétan est très apprécié et certaines espèces très répandues (comme le capelan) peuvent être attrapées à la main avec une simple épuisette en bord des côtes. Le muesli de nos petits-déjeuners n'a pas été acheté au supermarché, il a été fait sur place. Les ressources sont protégées et il nous était formellement interdit de marcher dans l'herbe, bien trop précieuse pour nourrir les moutons et chevaux des fermiers, surtout en cette période de grande sécheresse au sud de l'île. Quand l'hiver dure plus de la moitié de l'année, la saison de pousse est très courte et le moindre brin d'herbe a son importance.

Tout cela semble bien éloigné de nos préoccupations, nous qui avons tout à portée de main, et qui pouvons circuler sur des routes entretenues toute l'année. Et pourtant, Qassiarsuk est rempli d'employés étrangers, qui ne manquent pas de courage, et probablement d'un peu de folie : beaucoup de jeunes femmes, principalement, ayant à peine atteint la majorité, en provenance de Scandinavie, mais aussi d'Allemagne ou encore de France, qui n'ont pas hésité à retrousser leurs manches dans les fermes, hôtels et cafés les plus isolés du Groenland.

L'herbe est une ressource très précieuse sur les côtes du Groenland, elle conditionne la survie des animaux et des fermiers. © Karine Durand

Un climat extrême « qui vous attaque »  

En arrivant à Qassiarsuk, l'une des premières choses qui frappe, c'est le nombre de bâtiments littéralement pulvérisés : l'escalier qui permet de passer du bateau d'arrivée à la côte est en morceaux, et de nombreux bâtiments de ferme sont écroulés. On pourrait croire à de la négligence, mais il s'agit surtout de l'action de la météo : chaque année, il faut reconstruire ce qui a été détruit l'hiver. Les bâtiments sont en fait davantage conçus pour résister au vent, qu'au froid, au sud du Groenland. Ici, pas d'ouragans, mais des vents dignes d'un ouragan de manière quasiment quotidienne au cours de l'hiver. Les nombreuses dépressions météorologiques qui circulent entre l'Islande et le Groenland génèrent des tempêtes récurrentes. D'octobre à avril-mai, il est très courant d'avoir des vents à plus de 100 km/h. Il arrive souvent que les fenêtres des habitations explosent en raison des fortes rafales, même si les groenlandais construisent en général des bâtiments sans fenêtre du côté où les vents soufflent le plus.

De nombreux bâtiments de ferme sont régulièrement pulvérisés par les vents violents. © Karine Durand

Au Groenland, il arrive que les vents dépassent les 250 km/h lors des épisodes les plus violents. Le record officiel est de 270 km/h, mesuré à Danmarkshavn en 1995. À l'est de l'île, le Piteraq (qui signifie « qui vous attaque »), un vent catabatique glacial dévale la calotte glaciaire du Groenland et peut ensuite souffler sur la côte à plus de 300 km/h. Lors du Piteraq exceptionnel de février 1970 à Tasiilaq, des rafales proches de 320 km/h ont été estimées après la destruction de l'anémomètre, sans que cette mesure ait pu officiellement être confirmée.

L'été, c'est le foehn (comme dans les Pyrénées françaises) qui peut se lever brusquement. Lors de l'une de mes randonnées près des icebergs, une petite bise glaciale, refroidie par la glace, a soudainement été remplacée par un puissant vent chaud : le foehn s'est levé en l'espace d'une seconde. Il ne s'est pas renforcé progressivement, il est devenu tempétueux d'une seconde à l'autre. Dans ces conditions, dormir la nuit avec le vacarme assourdissant du vent est compliqué. D'autant plus pour ceux qui dorment dehors en tente : il peut s'agir de campeurs, nombreux l'été, mais aussi d'employés de ferme qui surveillent leurs animaux.  

Des vents à plus de 300 km/h sont possibles au Groenland. © Karine Durand

Le climat du Groenland est plein de surprises, bonnes, ou mauvaises. © harvepino, Adobe Stock

Le climat du Groenland n'est pas ce que vous croyez : les idées reçues sont fausses !

Le Groenland est actuellement l’objet de toutes les convoitises, pour sa position stratégique, et pour ses ressources naturelles de grande valeur aux yeux des super puissances du monde. Mais cette île, la plus grande du monde, n’a pas que des atouts : son climat est l’un des plus extrêmes du monde. Extrêmement froid, oui, mais pas seulement !... Lire la suite

À quel point fait-il froid ? La majeure partie du Groenland est glacial, avec des températures descendant sous les -50 °C l'hiver et restant sous 0 °C l'été. En 2020, l'Organisation météorologique mondiale a reconnu que la température de -69,6 °C enregistrée par une station météorologique au Groenland le 22 décembre 1991 était la la plus basse jamais observée dans l'hémisphère Nord

Au sud du Groenland, les conditions sont agréables l'été (10 à 15 °C l'après-midi, parfois plus de 20 °C certains jours de juillet). Dans cette zone, la température hivernale n'a rien d'effrayant : -10 à -15 °C, plus rarement en dessous des -20 °C. Cependant, l'association de cette température et du vent, change tout : le ressenti est alors glacial, pouvant atteindre -30 à -40 °C. La tenue réglementaire est alors une combinaison en peau de phoque (dont la chasse est légale, mais limitée par des quotas), un matériau chaud, rêche, et lourd à porter, mais efficace. 

Une tenue d'hiver en peau de phoque présentée par l'auberge Riding Greenland. © Karine Durand

La fourrure des lièvres arctiques, et parfois aussi celle des ours polaires, est aussi utilisée pour les tenues d'hiver.

Des bottes traditionnelles en peau de phoque appartenant à l'auberge Riding Greenland. © Karine Durand

La vie au Groenland réserve des surprises quotidiennes, et cette île, source de beaucoup d'a priori, m'a étonnée tout au long de mon aventure sur place. Je m'amuserai à vous raconter les faits les plus insolites liés à ce territoire méconnu dans le cinquième et dernier épisode de ma série de reportages à retrouver demain sur Futura.

Les épisodes précédents

  1. Un été au Groenland : comment vit-on dans l’une des régions les plus extrêmes du monde ?
  2. Des collines fleuries aux glaciers qui grondent : récit d’un été dans un Groenland en plein bouleversement
  3. Un été au Groenland : je voulais découvrir une île isolée, j’ai trouvé le monde entier à ses portes
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