Trois terrains de football américain mis bout à bout. C’est la taille qu’occupait le Big Ear, le radiotélescope de l’Ohio devenu mondialement célèbre pour avoir capté, le 15 août 1977, un signal radio jamais expliqué depuis : le fameux Wow! signal. Ce mastodonte scientifique n’a pourtant pas été emporté par une panne technique ni par un simple manque de crédits de recherche. Il a été démonté en 1998 pour faire place… à un golf.
À retenir
- Une antenne révolutionnaire capable de détecter des signaux extraterrestres disparaît, mais pas comme on l’aurait cru
- Un signal radio inexpliqué depuis 1977 reste l’un des plus grands mystères jamais enregistrés
- La véritable raison de la destruction révèle une ironie brutale sur la fin des grands projets scientifiques
Sommaire
- Un signal qui a marqué l’histoire de l’astronomie
- Une menace ancienne, un dénouement inattendu
- Ce qu’il reste aujourd’hui du site
Un signal qui a marqué l’histoire de l’astronomie
Construit près de Delaware, dans l’Ohio, sur le terrain de l’observatoire Perkins, l’instrument avait été conçu par l’astronome John D. Kraus, de l’université d’État de l’Ohio. La construction du Big Ear a commencé en 1956, s’est achevée en 1961, et le télescope a finalement été mis en service pour la première fois en 1963. Sa particularité : un réflecteur plat gigantesque plutôt qu’une parabole classique. Le réflecteur principal du Big Ear mesurait environ 103 mètres sur 33 mètres, ce qui lui donnait une sensibilité équivalente à celle d’une antenne parabolique circulaire de près de 53 mètres de diamètre. Une prouesse d’ingénierie qui, selon la NASA elle-même, avait la taille de trois terrains de football réunis.
Avant de traquer d’éventuels signaux extraterrestres, l’instrument a d’abord servi la science plus classique. L’observatoire a achevé le Ohio Sky Survey en 1971, et de 1973 à 1995, le Big Ear a été utilisé pour rechercher des signaux radio extraterrestres, ce qui en fait le projet SETI le plus long de l’histoire. Près de 20 000 sources radio ont ainsi été cataloguées, une bonne partie d’entre elles totalement inédites pour la science de l’époque.
Puis vient cette nuit d’août 1977. L’astronome Jerry R. Ehman a découvert l’anomalie quelques jours plus tard en examinant les données enregistrées, entourant la lecture de l’intensité du signal, « 6EQUJ5 », et écrivant le commentaire « Wow! » à côté, ce qui a donné son nom à l’événement. Un signal narrowband intense, provenant apparemment de la constellation du Sagittaire, présentant justement les caractéristiques qu’on attendrait d’une émission technologique. Depuis, malgré des dizaines de tentatives avec des instruments bien plus sensibles, le signal n’a jamais été observé de nouveau malgré des observations complémentaires extensives. Il reste, à ce jour, l’un des plus grands mystères non résolus de la recherche d’intelligence extraterrestre.
Une menace ancienne, un dénouement inattendu
Le paradoxe du Big Ear, c’est qu’il a frôlé la destruction bien avant sa fin réelle, et pour des raisons purement budgétaires cette fois. En 1973, à la suite d’un changement de priorités de financement du Congrès américain, la National Science Foundation a retiré son soutien financier au Ohio Sky Survey, ce qui a entraîné l’arrêt du programme et la dissolution de l’équipe. Le télescope a alors été réorienté vers la chasse aux signaux extraterrestres, une reconversion qui lui a offert un sursis de plusieurs décennies.
Le vrai coup de tonnerre arrive en 1983. Le terrain sous le télescope et autour de lui a été vendu de manière inattendue à un promoteur, avec l’intention explicite de démolir le télescope et de le retirer complètement pour agrandir un golf voisin. L’affaire fait alors grand bruit. Cette destruction imminente déclenche un vaste mouvement de protestation publique et une importante couverture dans la presse internationale ; grâce à un effort collectif impliquant scientifiques, public et responsables universitaires, le télescope est temporairement sauvé, aboutissant à un bail de longue durée permettant la poursuite des opérations SETI. C’est dans la foulée de cet épisode qu’est fondée en 1983 une organisation à but non lucratif, le North American AstroPhysical Observatory (NAAPO), chargée de soutenir financièrement l’observatoire que l’université ne pouvait plus faire vivre seule.
Ce répit n’était toutefois que temporaire. Quinze ans plus tard, l’histoire se répète, mais cette fois sans issue de secours. Le télescope se trouvait sur une propriété appartenant à Green Highlands Ltd. et louée par l’université d’État de l’Ohio ; ce bail a expiré fin décembre, et le terrain a été vendu à New Green Highlands Development Ltd., ouvrant la voie au démantèlement du télescope pour laisser place à un lotissement de 381 parcelles et à un golf neuf trous, extension du Dornoch Golf Club. Ni les finances de l’observatoire, ni une défaillance technique de l’appareil n’ont eu raison du Big Ear. C’est un simple contrat de bail arrivé à échéance, et un promoteur immobilier bien décidé à agrandir son parcours de golf, qui ont eu sa peau.
Ce qu’il reste aujourd’hui du site
Le démantèlement s’est déroulé au début de l’année 1998. Le Big Ear a été détruit par des promoteurs immobiliers au début de l’année 1998, ces derniers ayant acheté le terrain sur lequel se trouvaient le Big Ear et les installations associées afin d’agrandir un golf voisin en le faisant passer de neuf à dix-huit trous et de construire environ 400 maisons sur les terrains alentour. L’emplacement exact de l’ancienne antenne n’est même plus reconnaissable : la position GPS de l’ancien télescope correspond aujourd’hui à un étang.
Un détail sauve un peu la mémoire du lieu : l’observatoire Perkins, voisin immédiat du Big Ear, a échappé au bulldozer. Il subsiste d’ailleurs quelques présentations consacrées au Big Ear à l’observatoire Perkins, qui a été épargné par le golf. C’est aujourd’hui l’un des rares endroits où l’on peut encore se replonger dans l’histoire de cette antenne géante et de son signal insaisissable.
Reste une question qui continue d’agiter la communauté scientifique bien au-delà de l’Ohio : que serait-il arrivé si le Wow! signal avait été recaptée avant la destruction de l’instrument qui l’avait détecté ? Des chercheurs planchent encore aujourd’hui sur les archives de données du Big Ear pour tenter d’y trouver de nouveaux indices, preuve que la disparition physique d’un télescope n’efface pas forcément l’énigme qu’il a laissée derrière lui.
Sources : clui.org | bigear.org


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