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Un début enthousiaste pour Montréal Baroque

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La 24e édition du Festival Montréal Baroque a été lancée jeudi soir, sur le thème « Sensations », avec un programme intitulé L’Ascension de Bach, autour de l’Oratorio de l’Ascension, une soirée dirigée par Matthias Maute, marquée par la présence en nombre et enthousiaste d’un public fidèle.

Comme de coutume désormais, la soirée d’ouverture, après la parade, associe aux musiciens un « Grand Chœur du Festival », placé des deux côtés de la nef et sollicité cette année pour chanter les chorals Jesu bleibet meine Freude et Jesu, meine Freude. Cela donne à la soirée un côté participatif et fervent. Pour le reste, les musiciens de l’Ensemble Caprice et quatre solistes remplissaient l’église et le programme.

Cantate développée

L’Oratorio de l’Ascension de Bach a été nommé ainsi par Bach, même s’il ressemble dans les faits à une « cantate avec narration ». Il en va de même pour l’Oratorio de Pâques. Tous deux n’ont rien à voir en ambitions et dimensions avec l’Oratorio de Noël. Plusieurs différences, cependant, avec le commun des cantates et notamment celle-ci : le côté « oratorio » vient naturellement d’une certaine opulence de moyens. En l’occurrence, l’Oratorio de l’Ascension requiert trois trompettes, deux flûtes traversières, deux hautbois et des percussions.

Il est un tout petit peu vexant que Monsieur Maute nous balance tout un laïus sur la fidélité aux conditions de l’époque ou autres considérations sur quelque retour aux origines. Ce qui frappe évidemment tout auditeur sensé est que les cordes à un seul instrumentiste par partie ne « passent pas » face à trois trompettes, deux flûtes traversières et deux hautbois !

On se dit alors que Bach ne pouvait pas vouloir cela pour cette œuvre supposément de 1735 à Leipzig. Et on se souvient alors de sa lettre de 1730 adressée au Conseil municipal de Leipzig et intitulée Entwurff einer wohlbestallten Kirchen Music (Projet d’une musique d’église bien réglée)… Il y réclame, pour les cordes : deux à trois Violons I, deux à trois Violons II, deux altos, deux violoncelles et une contrebasse. De même pour les choristes (tout était chanté jeudi par quatre solistes « parce que c’était comme ça » du temps de Bach) : c’est certes quatre concertistes et quatre « ripienistes » (renforts pour les chœurs), ce dont il disposait en général, mais il souhaitait trois ou quatre chanteurs par pupitre. Alors, s’il vous plaît, qu’on nous dise franchement qu’un musicien par partie, c’est plus économique ou que ça tient mieux sur la scène, mais qu’on ne réinvente pas l’histoire. Merci.

Menu étoffé

Dans le cadre de ce déséquilibre et sous-effectif de cordes et de chanteurs, ce fut une exécution qui valait pour le merveilleux contreténor Nicholas Burns, qui avait le plus bel air (le même que l’« Agnus Dei » de la Messe en si, mais avec d’autres paroles) et faisait de notables efforts pour bien prononcer l’allemand, et pour la soprano Len Torrie, une belle voix très efficace, mais beaucoup moins attentive à l’intelligibilité. L’Oratorio de l’Ascension attire l’attention pour l’orchestration de l’air de soprano, très aérienne, et le chœur final, où les instrumentistes brodent moult fioritures (joie céleste de l’Ascension) sur un cantus firmus campé par les chanteurs (constat terrestre de la séparation).

La vedette, a priori, parmi les solistes, le ténor Charles Daniels, commence à avoir une ligne de chant plus hachée et syllabique. Les instrumentistes, eux, ont été excellents. Avant l’exécution de l’oratorio, les musiciens de Caprice, emmenés par Olivier Brault, se sont d’ailleurs distingués dans des extraits de la 3e Suite de Bach, dans une version pour cordes seules se concluant sur une digression gitane faisant participer tous les instruments.

Le Festival Montréal Baroque reprend la configuration de ses origines et se tiendra jusqu’à dimanche soir, avec des concerts vendredi et samedi en journée et, pour les soirées, des propositions à la fois à 19 h (grand concert) et à 21 h (concert intime). Les organisateurs ont même repris l’idée folle de Susie Napper d’un concert dimanche à 7 h du matin à la Station de pompage D’Youville du Musée Pointe-à-Callière, un récital de chansons et de danses anciennes aux accents folkloriques. Quant aux concerts intimes de 21 h, ils seront médiéval, vendredi, et consacré à Telemann, samedi. Le point d’orgue, dimanche à 20h à l’Espace Wilder, sera la création nord-américaine du Triomphe des sens, opéra-ballet (1732) de Jean-Joseph Mouret.

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