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«Un avenir meilleur et une vie digne»: le rêve suspendu de ces jeunes Marocaines à Ceuta

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Depuis un mois, Fatin vit dans l'incertitude, dans un campement de fortune de la ville espagnole de Ceuta. La décision de sa famille de lui faire abandonner l'école, pour s'investir davantage dans les tâches ménagères, l'avait motivée à traverser la frontière espagnole. À mesure que les études cédaient leur place aux corvées domestiques, l'avenir dont elle rêve semblait s'éloigner.

Fatin fait partie des vingt-neuf jeunes filles qui se sont confiées au Guardian. Toutes avaient pris part à la traversée entre le Maroc et l'Espagne de fin juillet, un épisode qui a fait la une des journaux du monde entier. Entre le 30 et le 31 juillet, plus de 70.000 personnes venues du Maroc ont rejoint l'enclave de Ceuta, souvent à la nage. Un mois plus tard, ces adolescentes font partie des centaines de jeunes Marocains qui vivent dans un campement de fortune à El Príncipe, l'un des quartiers les plus défavorisés de Ceuta. Pour beaucoup, l'avenir reste suspendu à une question: pourront-elles rester en Espagne?

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Elles ne s'expriment pas toutes dans la même langue, mais leurs aspirations se ressemblent: terminer leurs études, travailler, gagner leur vie et avoir davantage d'indépendance, en particulier pour les décisions qui les concernent. L'une veut devenir infirmière, une autre psychologue. Certaines évoquent des carrières de cheffes de cuisine, de footballeuses ou d'entraîneuses sportives.

Au Maroc, leur quotidien était souvent marqué par les difficultés. Des problèmes familiaux ont par exemple empêché Malak, 17 ans, de poursuivre ses études. Son départ vers l'Espagne fin juillet représentait une tentative de reprendre la main sur son avenir et de réaliser un rêve bien précis: travailler pour les services de renseignement.

Les Marocaines peinent à accéder au marché du travail

Au Maroc, les femmes sont largement sous-représentées sur le marché du travail. Au deuxième trimestre de cette année, seules 18,1% des femmes en âge de travailler faisaient partie de la population active, contre 66,5% des hommes, selon la Haute Commission de la planification du pays.

Mais ce déséquilibre se creuse bien avant l'entrée de la gent féminine dans le monde professionnel. Dès l'âge de 15 ans, les jeunes filles participent davantage aux tâches domestiques et aux soins non rémunérés: plus de 20% de leur temps est consacré à ces activités, contre 3% pour les garçons, selon les données de l'UN Women, l'agence des Nations unies dédiée à l'égalité des sexes et à la promotion des droits des femmes.

Apporter du soutien à la famille restée au pays

Pour Wiam, 16 ans, ses aspirations professionnelles doivent désormais composer avec un fort sentiment de responsabilité envers sa famille laissée derrière elle. Elle affirme avoir rejoint Ceuta «aussi pour soulager un peu mes parents». Une autre adolescente cherche, elle, «une vie saine et stable». Une troisième, âgée de 16 ans, espère travailler dans la restauration pour avoir «un avenir meilleur et une vie digne».

Pour l'instant, l'urgence est surtout de savoir comment couvrir leurs besoins: hébergement sûr, soins de santé, éducation et informations claires sur leur avenir. Ahmed Enfed-dal, président de l'association de quartier El Príncipe, explique que les habitants ont tenté de créer un espace protégé pour les jeunes filles. «Si elles doivent aller aux toilettes ou prendre une douche, nous essayons de veiller à ce qu'elles soient accompagnées et ne soient jamais seules», explique-t-il.

Une initiative qui a toutefois ses limites. Au 17 août, le parquet de Ceuta avait enregistré treize plaintes officielles pour agression sexuelle depuis le début de la traversée massive. Trois mineures figurent parmi les victimes.

Depuis la crise migratoire, les dispositifs de contrôle aux abords de l'enclave ont été renforcés. En mer, une barrière flottante de 500 mètres de long a été installée par les autorités espagnoles. Les jeunes filles interrogées font désormais face à une autre épreuve: celle de l'attente, sans savoir si elles pourront rester.

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