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À l’occasion de la Semaine de la santé mentale qui débute lundi, l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) lance un appel à se rassembler et à recréer des liens humains afin de briser le sentiment de solitude, qualifié de « défi majeur de notre époque » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Du 4 au 10 mai, l’ACSM tient la 75e édition de la Semaine de la santé mentale sur le thème « Rassemblons-nous », en lien avec l’isolement et la solitude. « Ce n’est pas juste un slogan, c’est presque une prescription pour la santé physique et mentale », affirme Marc-André Dufour, psychologue clinicien et porte-parole de la campagne au Québec.
Entretenir des liens sociaux permet de réduire l’anxiété et le stress, soutient M. Dufour. « Ça augmente aussi le sentiment de sécurité, parce que les êtres humains sont fondamentalement des êtres de relation. »
Au Québec, à la fin de l’année 2024, 13,1 % de la population affirmait se sentir toujours ou souvent seule, selon les plus récentes données de Statistique Canada. Longtemps associée aux personnes âgées, la solitude touche désormais davantage les jeunes. En 2022, 17,8 % des 15-29 ans se sentaient toujours ou souvent seuls et 34,7 % parfois, selon l’Institut de la statistique du Québec.
« La solitude n’est pas qu’un sentiment, c’est une véritable crise de santé mentale », souligne l’ACSM. « On n’en parle pas assez souvent », estime M. Dufour.
La situation s’est accentuée pendant la pandémie de la COVID-19, notamment en raison des confinements qui ont poussé des millions de personnes à s’isoler chez elles, loin de leurs proches. « Après la pandémie, les taux de solitude se sont un peu résorbés, mais ils ne sont pas revenus à leurs niveaux d’avant et restent relativement hauts », soutient Cécile Van de Velde, professeure au Département de sociologie de l’Université de Montréal, qui s’intéresse à la solitude dans le cadre de ses recherches.
Un phénomène multifactoriel
« Il y a beaucoup de facteurs et, si on les met bout à bout, on se rend compte que, finalement, ce n’est peut-être pas aussi simple que ça de se rassembler pour vrai. » Pour Marc-André Dufour, le phénomène est lié à plusieurs facteurs, notamment la hausse du coût de la vie, les inégalités sociales, mais aussi les nouvelles technologies et les réseaux sociaux.
Le psychologue évoque « un effet paradoxal » avec ces plateformes : « Autant on peut facilement être en contact avec énormément de personnes, autant il y a quelque chose qui nous isole et qui fait en sorte que les relations sont moins profondes, plus superficielles », dit-il.
Proposer de réduire le temps d’écran des jeunes est une chose, mais offrir autre chose que les réseaux sociaux en est une autre, selon M. Dufour. « Je pense que c’est important que, collectivement, on se demande ce qu’on a à offrir pour faire en sorte qu’il y ait une solution de rechange », lance-t-il. « Diminuer le temps d’écran pour regarder un mur ou rester seul dans sa chambre, ce n’est pas tellement vendeur. »
Pourquoi les jeunes sont-ils plus touchés ? « Ils portent des caractéristiques qui sont vectrices de la solitude », selon Mme Van de Velde. La sociologue évoque notamment les transitions de vie que traversent les jeunes : quitter le foyer familial, chercher un logement ou encore composer avec la précarité ou le chômage.
« La solitude se loge dans les chocs de transition, explique-t-elle. Aujourd’hui, quand on devient adulte, on est particulièrement sensible à ces transitions de vie. »
La professeure rappelle aussi que la solitude est un sentiment subjectif : certaines personnes peuvent être entourées tout en en souffrant.
Un « enjeu majeur » avec des conséquences politiques
Selon Cécile Van de Velde, la parole a commencé à se libérer pendant la pandémie, grâce à un mouvement « porté par les jeunes, comme pour la santé mentale ». « Je crois qu’on est qu’au début de cette libération de parole. »
Pour elle, la solitude est devenue « un enjeu majeur [de notre époque] » qui peut, dans certains cas, avoir des « conséquences politiques très concrètes ». Mme Van de Velde cite par exemple le mouvement des incels enraciné dans un « sentiment de solitude très fort qui s’est transformé en haine de l’autre ».
« Il y a une partie des solitudes qui font partie de notre condition humaine et de nos parcours de vie, mais il existe aussi des solitudes structurelles contre lesquelles on peut agir », affirme la professeure. Jusqu’à présent, elle observe surtout des initiatives à l’échelle locale, notamment par l’entremise d’organismes communautaires, mais peu de mesures à l’échelle nationale.
« L’enjeu monte [dans la sphère politique], mais je crois qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir », avance la professeure.


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