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Six ans après Le mal du siècle, l’illustratrice et bédéiste Catherine Lepage revient avec un second court métrage d’animation tout aussi personnel. Dans Ultra forte, la Montréalaise met en scène ses souvenirs d’adolescente cherchant l’approbation dans les regards des autres par des visites chez le coiffeur et la musique métal. Bruce Dickinson, chanteur d’Iron Maiden, joue son propre rôle dans ce film drôle et sensible, dont la narration et la musique originale ont été confiées à Régine Chassagne, d’Arcade Fire, qui présente ici sa toute première chanson solo.
Le mal du siècle et cet Ultra forte tout frais ont été produits par l’Office national du film (ONF), référence mondiale du cinéma d’animation fait main, « et doublement fait main, car je n’ai pas de formation en animation — pour des projets complexes comme celui-là, il faut l’aide » d’un animateur d’expérience, souligne Catherine, qui estime avoir dû faire près de 10 000 dessins, pendant un an et demi à temps plein, pour concevoir ce film de 9 minutes 35 secondes.
« C’est la magie du papier, tu ne me convaincras pas de travailler autrement », affirme Catherine Lepage qui, pour une bonne journée de travail, arrive à dessiner l’équivalent de deux ou trois secondes d’animation. « Tout faire sur papier, c’est méditatif et zen. Ça te force aussi à accepter les petites erreurs et, quand ça bouge, ça contribue à rendre l’image encore plus vivante. »
Le résultat est splendide. À l’écran, les images donnent l’impression de danser sur du papier, dont on perçoit les fibres. Son style, dit Catherine Lepage dont les bédés ont été éditées chez Mécanique générale et La Pastèque, a été développé pour le projet Le tragique destin de Pépito, illustration d’un conte de Pierre Lapointe, paru en 2016 aux éditions Comme des géants. Parlons en fait de deux styles, remarquablement différents, leur contraste conférant beaucoup de personnalité à ses courts métrages : d’une part, ces lignes simples, presque juvéniles, aux couleurs vives, puis ces illustrations très précises, dessinées d’un trait fin, comme une photographie de ses personnages.
« C’est une contrainte que je m’étais mise dès le début du projet, parce que j’avais aimé passer ainsi d’un style de dessin à l’autre dans ce premier film », Le mal du siècle, une œuvre brève, mais fracassante, sur le thème de l’épuisement professionnel, « un problème qu’on ne peut pas simplement traiter en surface en faisant du yoga. Ça a des conséquences lourdes et qui durent longtemps ».
« C’était quand même un défi de faire cohabiter dans un même film ces deux styles de dessin, mais ça a servi l’histoire parce que j’ai fait entrer ces idées qui n’étaient pas dans les bédés, comme la bouffe et les princes charmants auxquels le personnage rêve, tous dessinés de manière plus réaliste, comme si nos idéaux nous semblaient plus vrais, authentiques, que la réalité. » Pour Ultra forte, Catherine Lepage a repris des éléments du récit de son adolescence développé dans ses deux derniers recueils publiés à La Pastèque, Bouées (2020), « une œuvre en deux couleurs, style bédé indépendante, presque comme un zine » et Voler au-dessus des trous (2022), « dans laquelle j’ai intégré des pages de dessin plus réaliste ».
D’une relation amoureuse idéalisée à l’autre, le personnage d’Ultra forte parviendra à s’émanciper du regard des autres, à commencer par celui des princes charmants : « C’est vraiment essayer de chercher ailleurs ce que tu devrais plutôt trouver en toi-même, analyse Catherine Lepage. Chercher l’approbation, chercher quoi faire, qui me protège parce que je suis une créature fragile. C’est ce que nous ont vendu les contes de fées : attendre passivement la personne qui viendra régler tes problèmes. Et oui, j’ai toujours eu ce désir d’être acceptée et la peur du rejet. Je me sentais probablement différente, plus jeune, alors j’ai essayé de faire comme les autres. »
La motivation de s’affirmer telle quelle est viendra du chanteur du groupe Iron Maiden dont Catherine Lepage est fan, encore aujourd’hui, et sans doute davantage puisque le chanteur Bruce Dickinson a gracieusement accepté de poser sa voix sur les images du film, profitant d’une escale au Québec pour visiter les studios de l’ONF.
« C’est drôle parce que ma productrice, Christine Noël [également productrice du film oscarisé La jeune fille qui pleurait des perles (2025), de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski], avait elle aussi écouté de l’Iron Maiden, on avait ça en commun ! L’idée d’avoir Bruce comme personnage de mon film m’est venue quand je cherchais comment le personnage de Catherine allait réussir à sortir de sa petite zone, sa petite chambre, son petit univers douillet. Ça prenait un élément déclencheur. »
Enfin, la narration et la musique originale sont l’œuvre de Régine Chassagne, que Catherine Lepage connaît depuis plusieurs années : avec son conjoint, Simon Rivest, la bédéiste exploite le studio de création Ping Pong Ping, qui a notamment conçu les pochettes des trois derniers albums d’Arcade Fire.
« Simon et moi avons fait aussi le logo de la fondation Kanpe ; nous entretenons une collaboration professionnelle depuis plusieurs années, on travaille bien, créativement. Comme pour Bruce, l’idée d’inviter Régine m’est venue en joggant — en fait, la plupart de mes idées me viennent en joggant ! Je courais, et la chanson Electric Blue [de l’album Everything Now] jouait dans mes oreilles. J’ai allumé : c’est Régine que ça me prend pour la musique ! Et j’étais aussi très curieuse d’entendre que ce qu’elle pouvait faire en solo. »
Ultra forte de Catherine Lepage sera présenté en première mondiale le 12 mai, 18 h 30, à la Cinémathèque québécoise, dans le cadre de la 24e édition des Sommets du cinéma d’animation de Montréal.


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