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Trump peut être fier: il a enfin réussi à ralentir l'économie mondiale

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Avouons-le, le sujet n'est pas original: depuis que Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche, nous avons déjà à de nombreuses reprises parlé des conséquences néfastes de ses décisions en matière économique. C'est d'ailleurs un thème que l'on retrouve fréquemment dans la presse mondiale. Lorsqu'il a fait l'annonce de ses droits de douane (les «tariffs», mot de la langue anglaise qu'il préfère) dits «réciproques» en avril 2025, le sujet a fait la une de tous les journaux télévisés du monde entier. Et le sujet a occupé les spécialistes pendant une bonne partie de l'année.

Mais quelque chose a changé. Fin 2025, nous pouvions encore écrire: «malgré sa politique hasardeuse, Donald Trump n'a pas encore réussi à couler l'économie mondiale». Aujourd'hui, force est de reconnaître que si l'économie mondiale n'est pas coulée, elle est touchée. Et cela crée de sérieuses difficultés dans beaucoup de pays, à commencer par le nôtre, dont les problèmes internes sont d'autant plus difficiles à résoudre que le contexte international est très défavorable.

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Première épreuve: les droits de douanes

Ne revenons pas dans le détail sur la question des droits de douane: le rappel de ce qui s'est passé en un an et demi suffirait à remplir un ouvrage de plusieurs centaines de pages. Le Président des États-Unis a multiplié les annonces fracassantes et les retours en arrière, les annonces générales comme celles des droits «réciproques» et les mesures particulières envers tel ou tel pays dont les dirigeants refusaient de céder à ses caprices. Au final, les taux qui s'appliquent à l'entrée aux États-Unis sont montés en moyenne de 2% à 24 % en quelques mois au début de 2025, mais sont revenus aujourd'hui plutôt dans la zone de 15%. Pour les produits chinois, ils sont montés un moment à plus de 100% avant de revenir vers 35%.

Au plus fort de la crise, on a cru un moment que le commerce mondial allait s'écrouler. En fait, il a très bien résisté. Plusieurs facteurs expliquent cette résistance. D'abord, les hausses exorbitantes annoncées le 2 avril 2025 ont certes surpris par leur ampleur, mais tout le monde s'attendait à des mesures fortes. En prévision de ce qui allait arriver, les entreprises américaines s'étaient empressées d'accélérer leurs achats à l'étranger, ce qui a gonflé les importations américaines au premier trimestre avant de les faire chuter au deuxième. Ensuite, les achats américains sont restés à un niveau soutenu pour tous les produits liés aux investissements dans l'intelligence artificielle.

Un déficit commercial américain toujours très élevé

Au total, l'année s'est soldée par un déficit commercial record de 1.241 milliards de dollars pour les États-Unis. Un beau résultat ! Et l'année 2026 ne semble pas devoir apporter de progrès notables: après un bon début, le déficit commercial repart à la hausse. En fait, par une mesure unique, la hausse des droits de douane, Donald Trump comptait atteindre simultanément plusieurs objectifs: une baisse du déficit commercial, une réindustrialisation des États-Unis et une rentrée d'argent dans les caisses de l'État fédéral. Tous les économistes vous le diront, une seule mesure pour plusieurs objectifs, c'est en règle général l'assurance d'un échec. Et Donald Trump pourra agir tant qu'il voudra sur les droits de douane, tant que les États-Unis connaîtront une insuffisance d'épargne par rapport à leurs investissement et à leurs dépenses, le déficit commercial sera toujours là.

En tout cas, le commerce international de marchandises a tenu bon. Ainsi que le constate l'Organisation mondiale du commerce (OMC), il a progressé l'an dernier de 4,6% en volume, plus vite que le PIB mondial (2,9%), contrairement à l'année 2024 où les deux chiffres étaient presque à égalité. Presque toutes les régions ont enregistré une croissance positive à la fois de leurs exportations et de leurs importations.

L'Europe pénalisée

Mais cette apparente résistance cache une profonde réorganisation des circuits commerciaux. Les ventes chinoises aux États-Unis ont fortement reculé, mais celles des pays asiatiques où les entreprises chinoises sont présentes sont en hausse. Au deuxième trimestre de cette année, les premiers déficits des États-Unis sont avec le Vietnam (61,2 milliards de dollars), Taïwan (53,1 milliards) et le Mexique (52,7 milliards), devant la Chine (32,3 milliards) et l'Allemagne (19,2 milliards).

On peut noter que l'évolution des droits de douane américains combinée à la spécialisation de chaque pays conduit à une modification de la compétitivité de chacun de ces pays sur ce marché. Ainsi, en juin dernier, la situation relative du Mexique, du Canada, de l'Argentine, de l'Australie et du Royaume-Uni s'est améliorée par rapport à janvier 2025 (sur la période plus récente, il y a encore eu du changement, notamment en ce qui concerne le Canada, dont les relations avec l'administration américaine se sont envenimées); en revanche celle de l'Union européenne s'est dégradée. De fait, on a un peu de mal à comprendre pourquoi l'Europe a accepté un droit de 15% à l'entrée de la majorité de ses produits aux États-Unis alors que pratiquement tous les produits industriels américains peuvent entrer en Europe en franchise totale de droit. Et, comme on pouvait le prévoir, l'Europe est devenue la première cible des exportateurs chinois.

Période de perturbation la plus grave depuis 80 ans

Que le commerce international ait finalement plutôt bien traversé la tourmente ne signifie pas que l'action de Donald Trump soit à minimiser. Ainsi, Mme Ngozy Okonjo-Iweala, directrice générale de l'OMC, déplore en avant-propos du rapport annuel de son institution que «le système commercial mondial traverse actuellement la période de perturbation la plus grave depuis 80 ans. Nous avons assisté à une remise en cause des règles commerciales d'une ampleur inédite depuis la création des institutions multilatérales destinées à garantir un commerce mondial ouvert, stable et prévisible (…)».

«Avec la fermeture du détroit d'Ormuz et maintenant les menaces qui planent sur le détroit de Bab al-Mandab, la perturbation est profonde.»

De surcroît, cette remise en cause des règles internationales n'était qu'un début. Donald Trump a fait mieux encore en déclenchant en Iran une guerre que rien ne justifiait, si ce n'est peut-être les pressions exercées par son vieil et encombrant ami Benyamin Nétanyahou. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz et maintenant les menaces qui planent sur le détroit de Bab al-Mandab, la perturbation est profonde, notamment en ce qui concerne le marché mondial des hydrocarbures.

Une amélioration temporaire a pu être observée au cours des derniers jours dans la perspective d'une reprise des discussions entre les États-Unis et l'Iran, mais avec un prix du baril de brent toujours au-dessus de 100$ et la forte probabilité d'un prix du gaz très élevé cet hiver, on ne peut pas dire que les perspectives soient très réjouissantes. Elles sont particulièrement sombres pour les utilisateurs de véhicules diesel face à une chute des importations en provenance du Moyen-Orient, à un arrêt des exportations russes et à une menace du Donald Trump d'interdire les exportations américaines de gazole.

Regain d'inflation et hausse des taux d'intérêt

On peut estimer que la hausse du prix des carburants a l'avantage de stimuler les ventes de véhicules électriques et de faciliter la transition énergétique. Mais le raisonnement est fallacieux. Dès que Donald Trump aura trouvé le moyen de sortir de l'impasse dans laquelle il s'est engouffré et que le prix du baril refluera, la consommation de produits pétroliers repartira à la hausse. La transition énergétique est un travail de longue haleine qui suppose une volonté politique et un soutien financier de la part des États. En ce qui concerne la volonté politique, on ne voit nulle part d'évolution majeure: quant aux moyens financiers, ils sont plutôt en train de se réduire et, dans l'opinion publique, on demande plus une intervention accrue de l'État pour faire baisser le prix des carburants qu'un accroissement du soutien aux énergies décarbonées.

Au final, la conséquence majeure de cette guerre risque fort pour l'ensemble du monde de se traduire surtout par une hausse des prix et une baisse de l'activité. La hausse des prix a une conséquence immédiate sur le pouvoir d'achat, mais elle en a aussi une sur le niveau des taux d'intérêt, au détriment de tous les emprunteurs, particuliers, entreprises ou États. L'action des banques centrales est souvent critiquée: ce n'est pas parce qu'elles relèvent leurs taux directeurs que cela va freiner une hausse des prix qui s'explique par la hausse des cours du pétrole et non pas par un excès de la demande de biens et de services. Mais on voit mal une banque centrale rester inerte face à la montée de l'inflation et laisser se mettre en place une spirale prix-salaires.

On a d'ailleurs vu aux États-Unis les milieux financiers soulagés de voir que le nouveau président de la Réserve fédérale ne se laissait pas dicter sa conduite par celui qui l'a nommé (Donald Trump) et n'hésitait pas à relever ses taux: sur le marché obligataire, le taux à dix ans des emprunts du Trésor, qui avait franchi allègrement le seuil des 5%, s'est stabilisé en dessous de ses plus hauts niveaux (il est toutefois remonté à 5,11% le 23 septembre).

L'équation budgétaire française encore plus difficile à résoudre

Cette tendance à la hausse des taux est générale: peu de pays peuvent y échapper. La France en souffre particulièrement. Ainsi que le souligne Matthieu Plane, économiste à l'OFCE, la hausse des taux à dix ans sur les emprunts d'État s'est élevée depuis le mois de février et la fermeture du détroit d'Ormuz à 1,3 point de pourcentage. Dans le même temps, cette hausse a été de 0,8 point en Allemagne, qui est la référence en Europe. Il y a donc bien dans la hausse enregistrée ici une cause commune, dont on peut chiffrer l'impact à 0,8 point, et un facteur spécifique, dû à la hauteur de la dette accumulée et à l'incapacité de l'État à réduire significativement son déficit, dont l'effet se situe autour de 0,5 point. Si donc les Français se retrouvent face à une équation budgétaire particulièrement difficile à résoudre, ils le doivent en partie à Donald Trump, qui a largement contribué à faire monter le coût du service de la dette.

En matière de dette, il ne faut pas oublier non plus que les États-Unis jouent un rôle majeur sur le marché obligataire: la dette publique américaine dépasse aujourd'hui 40.100 milliards de dollars et continue d'augmenter; elle devrait cette année dépasser 127% du PIB (en France on arrivait à 117,5 % du PIB à la fin du premier trimestre. Les États-Unis sont le pays où la dette publique par habitant est la plus élevée, devant le Japon, loin devant l'Italie, la Belgique et la France.

Le déficit budgétaire américain n'est pas maîtrisé

Donald Trump a fait beaucoup de bruit à son retour à la Maison-Blanche en demandant à Elon Musk de diriger le Doge, département de l'efficacité gouvernementale. On allait voir ce qu'on allait voir, mais on n'a rien vu, si ce n'est des coupes dans les budgets de l'aide internationale qui ont pour principal résultat d'empêcher un certain nombre d'organisations humanitaires d'apporter aux habitants des pays en développement la nourriture ou les soins médicaux dont ils auraient besoin. Mais, sur les finances publiques américaines, le résultat est dérisoire. Le déficit public pourrait même monter à 8% du PIB cette année, selon les prévisions établies par l'OCDE en juin dernier (en France, le gouvernement a relevé à 5,4% son estimation du déficit public en 2026, notre pays est mieux géré que les États-Unis, mais la première puissance mondiale peut se permettre des fantaisies qui nous sont interdites).

La hausse des droits de douane «réciproques» annoncée en avril 2025 était censée conduire des milliards et des milliards de dollars vers les caisses du Trésor américain. Cela s'est effectivement produit, mais la Cour suprême des États-Unis a déclaré illégale cette imposition; l'administration Trump a dû trouver une nouvelle base légale pour de nouveaux droits de douane et rembourser les importateurs qui avaient payé des droits indus. Selon les derniers chiffres connus, c'est 104 milliards de dollars qui ont déjà dû être remboursés! Et la demande américaine de capitaux frais contribue à la hausse des taux d'intérêt: non seulement l'État fédéral est gourmand, mais les entreprises financent leurs folles dépenses dans l'intelligence artificielle par des émissions massives d'obligations.

Une résilience menacée par beaucoup d’incertitudes

Pour l'économie mondiale, cette succession de chocs a un coût. Certes, tous les observateurs s'accordent à saluer sa «résilience», mais les incertitudes sont nombreuses et les perspectives très incertaines. Selon les dernières prévisions de l'OCDE, la croissance mondiale, qui s'était établie à 3,4% en 2025 devrait revenir à 2,9% cette année et ne pas dépasser 3% en 2027 . Dans ces chiffres, tout n'est pas à imputer à la politique américaine. La Chine a beaucoup de mal à relancer sa demande intérieure et le ralentissement de sa croissance (5% en 2025, 4,5% et 4,2% attendus respectivement en 2026 et 2027) pèse sur les chiffres mondiaux.

«À l'origine de toutes ces incertitudes on trouve un seul et même personnage: Donald Trump.»

Il n'en demeure pas moins que, comme l'explique de façon très diplomatique l'OCDE, «les modifications fréquentes des politiques commerciales, qu'il s'agisse des droits de douane ou des restrictions aux exportations, accentuent l'incertitude liée à l'action publique et contribuent aux perturbations des approvisionnements». Et il est évident que «les perspectives économiques mondiales restent très dépendantes de l'éventualité d'un règlement durable du conflit au Moyen-Orient». À l'origine de toutes ces incertitudes on trouve un seul et même personnage: Donald Trump.

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