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Trump contre les modernes de Téhéran

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Il est commun d’entendre que le régime des mollahs iraniens — qui est de moins en moins une théocratie et de plus en plus une dictature militaire — représente un adversaire, ou un ennemi, avec lequel tout compromis est impossible, ou qui ne peut changer.

Cette critique est semblable à celle appliquée au communisme soviétique dans les années 1950, 1960 et au-delà, avec lequel, pourtant, des accords historiques (notamment, sur la limitation des armements) furent conclus dans les années 1970 et 1980.

Autre perception erronée de l’Iran, ou du moins réalité très méconnue : les spécialistes s’accordent à dire qu’une société moderne, éduquée et largement sécularisée existe sous la surface théocratique.

Il y a un contraste saisissant entre la vie publique imposée par le régime et la réalité de la vie privée des Iraniens. Ce contraste existe tout autant chez les élites que dans la classe moyenne, ou même populaire. Quelques épisodes de la série française d’espionnage Le bureau des légendes (2015-2020), réputée réaliste, se passent en Iran. Derrière les murs de la résidence de tel pieux officiel du régime, barbu et enturbanné, se déroulent des garden-parties, avec piscine et bikinis, qui font plus penser à Beverly Hills qu’à Téhéran.

Selon une étude d’envergure, menée en 2020 par des spécialistes de l’Iran basés aux Pays-Bas (groupe GAMAAN), un tiers seulement des Iraniens s’identifient comme musulmans chiites, pourcentage bien inférieur à celui revendiqué officiellement (autour de 90 %). Environ la moitié de la population y déclare avoir perdu la foi ou ne plus s’identifier à une religion.

Derrière les apparences de la République islamique, de nombreux citoyens mènent des vies modernes, notamment dans les zones urbaines, avec une pratique de l’égalité hommes-femmes probablement plus avancée que dans le monde arabe.

Les manifestations de 2022 autour du mouvement Femmes, Vie, Liberté, consécutives au meurtre de Mahsa Jina Amini par la police des mœurs, ont mis en lumière une aspiration profonde à un État laïque et à la fin de l’obligation du hidjab.

Aujourd’hui, la répression s’est allégée sur l’obligation du voile : la majorité des femmes dans les rues de Téhéran ne sont plus voilées. Pour calmer la dissidence sociale, il y a un recul tactique, spécifique et délibéré des autorités sur ce point. Mais qui n’exclut nullement une recrudescence cruelle et résolue de la répression générale, comme on l’a vue en janvier.

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Il y a une opposition forte entre la République islamique officielle et la société civile, qui vomit majoritairement ce régime — même si une minorité non négligeable le soutient toujours (les évaluations vont de 10 % à 20 % ; la guerre peut avoir changé ces chiffres).

Plus précisément, la guerre israélo-américaine en cours depuis la fin février, et aujourd’hui seulement suspendue, peut très bien avoir renforcé — à court et moyen terme — l’assise du régime. Dans les témoignages non filtrés qui sortent du pays, la révulsion envers le régime va souvent de pair avec un ferme rejet de la bêtise stratégique et de la cruauté aveugle des actions israélo-américaines, qui provoquent l’exact contraire de ce qui était escompté à la Maison-Blanche et au Pentagone.

Si un certain nombre de jeunes Téhéranais, pendant quelques jours début mars, se sont spontanément et naïvement réjouis des frappes « ennemies », les plus sages et les plus âgés ont rapidement compris (s’ils ne le savaient pas d’avance) que tout cela ne pouvait que renforcer le régime. À ceux qui disaient « Comment ne pas se réjouir de la disparition de l’ayatollah Khamenei ? » ils répondaient : « Vous ne comprenez rien à la dynamique de ce régime ; attendez voir… Vous n’avez jamais entendu parler du phénomène des effets pervers ? »

Ce sont ces derniers qui avaient raison : les effets pervers d’un supposé remède peuvent être pires que le mal. Ils se nomment : détroit d’Ormuz, patriotisme blessé, méthodes de bandits qui confortent les bandits. Il est probable que la majorité des Iraniens en veut aujourd’hui davantage au gouvernement Trump et à ses fausses promesses qu’à ce régime honni, qui se voit aujourd’hui offrir un bail supplémentaire.

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Sur l’Iran, Obama avait raison contre Trump. En 2015, l’accord de Vienne (dont le sigle anglais est JCPOA) représentait la bonne méthode : un contrat de 15 ans, un traité strict, ficelé et serré pour contrôler le nucléaire iranien, avec un régime de vérification impitoyable. Mais assorti d’une ouverture économique et politique mesurée, permettant aux Iraniens de respirer et renforçant à Téhéran le camp des pragmatiques.

La possibilité d’un cercle vertueux était là, bien engagée : Téhéran, pendant les deux ans et neuf mois d’application du JCPOA, fut impeccable dans son respect du texte signé (soit dit sans sympathie ni complaisance pour les ayatollahs). Le coup de hache est venu, le 2 mai 2018, de Donald Trump et de personne d’autre, lorsqu’il a retiré les États-Unis de l’accord.

On ne saura jamais si le pari du JCPOA était tenable et si le régime, traversé par des tendances contradictoires, aurait pu évoluer dans le bon sens. Aujourd’hui, Trump poursuit son œuvre, et les « durs » en profitent.

Pour joindre l’auteur : [email protected]

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