NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Les procès d'assises portent en eux une dualité qui les rend à la fois banals et dramatiques. On y juge les crimes, c'est-à-dire le pire dont les êtres humains soient capables. Dans le même temps, ils font partie d'une société du spectacle à laquelle nous sommes accoutumés, voire dont nous sommes friands.
Une cour d'assises est à la fois un théâtre et une cathédrale de misère. Celui qui a commencé lundi 19 octobre à Aix-en-Provence n'échappe pas à la règle, même si la règle a changé puisque les jurés populaires en sont absents. En effet, seuls des magistrats professionnels siègent pour juger une affaire emblématique des conséquences du narcotrafic.
NEWSLETTER
Recevez le meilleur de Slate directement dans votre boîte mail.
→
Les cinq hommes qui se trouvent dans le box sont accusés d'un triple assassinat dont l'une des victimes n'est autre que le demi-frère d'Amine Kessaci, lui-même symbole de la lutte citoyenne contre ce commerce qui ronge peu à peu les agglomérations françaises. L'absence de jurés populaires est justifiée par la loi du 13 juin 2025 (dite «loi narcotrafic»), qui a étendu les compétences des cours d'assises composées uniquement de magistrats professionnels à certains crimes commis en bande organisée, dont ceux liés au narcotrafic.
En mars dernier, Slate avait déjà raconté en détail le déroulement de ce triple assassinat. Fin décembre 2020, trois jeunes trafiquants marseillais, Réda Khaldi, Nassim Loubani et Brahim Chabane, demi-frère d'Amine Kessaci, sont tués dans un guet-apens puis brûlés, l'un d'eux est démembré. Les cinq hommes jugés sont Karim Harrat, commanditaire présumé depuis Dubaï, Amine Oualane, son relais présumé, devenu l'un des chefs supposés de la DZ Mafia, ainsi qu'Ahmed Zakaria Bensaci, Nadjim Ahamada Mbae et Malik Kariba.
Face au «mal»
À l'ouverture, dès l'appel de l'affaire, sans qu'un seul mot soit prononcé, on devine la hiérarchie en place, tant le langage non verbal des uns et des autres diffère. Aux deux extrémités du box des accusés, les boss: Karim Harrat à l'extrême gauche et Amine Oualane à l'opposé. Ils enserrent les trois autres, qui semblent moins à l'aise, voire perdus. Oualane porte un pull sombre à motifs colorés et de fines lunettes dorées; il s'installe comme un habitué le ferait dans un palace, décontracté et peu impressionné par les lieux.
Amine Kessaci le 22 octobre 2026 à la cour d'assises d'Aix-en-Provence. | Guillaume Origoni/Hans LucasIl dispose son coussin sur le banc qui va supporter son corps au moins trois semaines. En fond de cette menaçante et silencieuse chorale criminelle, pas moins de douze policiers aux carrures de rugbymen, tous cagoulés et multi-armés. Le dispositif de sécurité global est par ailleurs réellement impressionnant autour de ce procès.
Amine Kessaci et sa mère, Ouassila Benhamdi, observent les auteurs présumés de l'assassinat de Brahim Chabane, demi-frère du premier et fils de la seconde. Kessaci, dont la France entière connaît le visage doux et poupin, est d'une froideur qui confine à la rigor mortis. Son regard ne quitte pas Karim Harrat et Amine Oualane, mais son visage ne trahit aucune perte de contrôle émotionnel. Bras croisés, il fait face au «mal».
Les deux mères endeuillées, Ouassila Benhamdi et Malika Loubani, la mère de Nassim, se donnent la main. Nouar Omouri, le père de Nassim Loubani, exprime en silence un étrange mélange, tant il semble éteint, englouti par un insondable chagrin dont le corollaire semble une détermination sans faille. Monsieur Omouri n'a plus qu'un seul but dans la vie, qu'il ne livre qu'à contrecœur à une presse dont il se méfie: «Je n'ai pas de haine pour eux, mais plutôt du mépris. Ce sont des lâches (…). J'ai conduit moi-même ma propre enquête et je sais que c'est eux!»
Rien, un peu, pas tout
Les premières heures du procès confirment cette dénégation générale. Amine Oualane: «Je ne reconnais rien du tout (…). La famille en face (les Kessaci), si elle accepte les condoléances… sinon tant pis.» Karim Harrat se lève du banc, nie en bloc et affirme qu'il veut profiter du procès pour «dire la vraie vérité, pour lui et pour les victimes», alors qu'un «ohhh» de désapprobation inonde la salle. Zakaria Bensaci ne reconnaît rien non plus et veut «profiter de ce procès pour clarifier». Nadjim Ahamada Mbae «ne reconnaît que les vols de voitures». Malik Kariba, lui, reconnaît «les faits, mais pas dans leur intégralité»: l'incendie de la Clio, oui; celui de l'Audi, non; les meurtres, non.
Aix-en-Provence. Matins et soirs un important dispositif de sécurité est déployé aux abords de la cour d’assises. Tireurs d’élite, voitures blindées, hélicoptères, gendarmes, policiers, administration pénitentiaire assurent le bon déroulement des convois et protègent les parties civiles. | Guillaume Origoni / Hans LucasTout au long de cette première semaine de procès, les cinq du box demandent à la cour «des stylos et des blocs-notes, pour assurer notre défense», avant de conduire la mère de toutes les batailles: «Celle des coussins pour tous, car les bancs sont trop durs, monsieur le président.»
Les avocats, tant ceux de la défense que ceux des parties civiles, se connaissent, s'estiment, se respectent. Ils ne sont certes pas du même bord ici et maintenant, mais ils sont du même monde: celui de la technique et du langage, de la prestance et de la bienséance. Cela donne parfois lieu à des moments de bonne humeur dans cette salle austère. Le bâtonnier fait des citations en latin pour marquer l'erreur d'un des avocats de Karim Harrat; l'avocat général lâche spontanément «Mais j'ai pas ouvert la bouche?» en réponse à une remarque dont il n'est manifestement pas l'auteur. Des moments humains dans un flot de paroles, d'invectives, de violence symbolique maîtrisée. Du côté des victimes, on sourit moins et on ne rit jamais. Monsieur Omouri charrie sa peine, et Amine Kessaci détaille le dossier d'instruction afin que rien ne lui échappe.
Cette apparente normalité masque mal les poussées de fièvre qui éclatent au détour de paroles ou de gestes dont il est parfois difficile de saisir la véritable intentionnalité. Lorsque Ouassila Benhamdi bondit de son banc et s'adresse à Amine Oualane, tout le monde se demande ce qui se passe. Elle le fixe, lui intime de répondre en battant la paume de sa main droite sur le torse: «C'est à moi que tu dis ça?» Elle expliquera plus tard avoir détecté un geste de menace silencieux, mais à trente minutes de distance, elle en est moins sûre: «Peut-être que pour lui ce geste n'est pas une menace? Les gens normaux comme vous et moi ne communiquent pas avec cette violence des mots, des gestes, des regards. Dans leur monde, certains gestes brutaux, menaçants, ne signifient pas toujours grand-chose. Peut-être que je me suis trompée, mais je n'en suis pas sûre non plus?», explique-t-elle avec sa douceur et le sourire triste de celle qui a perdu deux de ses fils dans le narcotrafic marseillais: Brahim en décembre 2020, puis Mehdi, abattu le 13 novembre 2025.
Prochain épisode: «Triple Homicide»: Marion Costa, la dame de fer.





























.jpg)






French (CA)