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Travailler le cuir à l’heure de la surconsommation

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Un couple de Moffet, au Témiscamingue, perpétue un savoir-faire de plus en plus rare : le travail artisanal du cuir.

Dans leur atelier, Jean-Pierre Leduc et Catherine Tokarz façonnent à la main des ceintures, des étuis et des pièces sur mesure.

Enfant, la passion des chevaux a poussé Jean-Pierre Leduc à s’intéresser au travail du cuir afin de créer une selle adaptée à ses besoins et à son budget. Depuis, il ne compte plus le nombre de pièces qu'il a conçues.

Nous avons eu des étuis à GPS, des trucs pour la chasse et la pêche, des étuis de hache, énumèrent le duo d’artisans.

Ils évoquent aussi des demandes spéciales, comme un banc de véhicule tout-terrain ou une pièce pour un tracteur agricole.

Quelques étuis conçus au fil des années par Jean-Pierre Leduc. Au premier plan, la pièce a été couverte d'une peau de doré.

Quelques étuis conçus au fil des années par Jean-Pierre Leduc. Au premier plan, la pièce a été couverte d'une peau de doré.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Catherine Tokarz, d'origine polonaise, s'est rapidement intéressée à l'art du cuir.

J'ai un talent artistique, je voulais m'essayer, puis j'aime beaucoup ça. Jean-Pierre m'a appris vraiment plein de choses. On a deux façons de faire différent, nos styles sont différents. Ce qui est bien quand on travaille ensemble, on mélange les deux styles et ça fait de la belle job, illustre-t-elle.

M. Leduc opte pour des motifs et des couleurs classiques, comme le brun et le noir, alors que son épouse affectionne les couleurs vives. Le pattern je dirais classique, floral, classique western de l'époque. J’aime ce qui est celtique, précise Jean-Pierre Leduc. Puis, avec elle, évidemment, on a l’influence polonaise.

L'artisan utilise une vieille machine à coudre avec une roulette pour coudre un fil sur un bout de cuir.

Jean-Pierre Leduc s'intéresse à l'histoire du cuir et de ses outils. Cette machine à coudre est utile pour les coutures sur des matières plus épaisses, comme les bottes.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

À la main, de A à Z

Chaque pièce est créée à la main, du découpage de motifs à la couture, en passant par la coloration. Le cuir est acheté en grande pièce et découpé selon les besoins. Il y a des épaisseurs par rapport à la partie de l'animal aussi, explique Catherine Tokarz.

Par exemple, pour une ceinture, il faudra viser un cuir plus mince que pour une selle.

Il n’y a pas beaucoup de monde qui fait encore la confection du cuir, surtout dans la région, ou au Québec en général.

La fabrication d’une ceinture peut nécessiter jusqu’à 40 heures de travail, et pour une selle de cheval western, on peut compter plusieurs semaines. Une ceinture est vendue entre 220 $et 300 $. [Avec] tout le temps qu'on donne, comme tous les artisans, on ne gagne pas le pain avec ça, souligne Mme Tokarz.

Une ceinture en cuir colorée avec des fleurs mobilisée sur un support en bois.

Une ceinture produite par Mme Tokarz sur un outil qui sert à immobiliser la pièce pour coudre sur le cuir.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Dans le processus, il faut d’abord dessiner le motif unique qui sera sculpté dans le cuir. Vient ensuite l’étape la plus longue : modeler les dessins dans le cuir humide avec des outils qui donneront le relief à la pièce. La couleur est par la suite appliquée. La couture à la main de la bande et du rebord arrive à la toute fin, et cette étape seule peut prendre une journée complète.

Ce que j’aime le plus, c’est disons que je vais m’acheter une pièce et que je n’ai pas d’étuis, je décide de me faire quelque chose de hot, au point où à un moment donné, le monde en veut et t’appelle, confie le passionné.

L’odeur du cuir, l’odeur de la peinture… C’est vraiment de créer à partir de rien, c’est ça que j’aime, relate pour sa part l’artisane.

Gros plan sur une main qui tient un objet en métal qui découpe.

Un outil utilisé sur du cuir d'ordinaire humide pour modeler les motifs.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Des commandes spéciales

Le couple travaille uniquement à partir de commandes pour éviter de produire des pièces coûteuses qui risquent de ne pas trouver preneurs.

D’ailleurs, les deux artisans de l’atelier JP Tackshop ont reçu une commande bien spéciale. Le nouveau propriétaire de l’église de Latulipe-et-Gaboury, désormais transformée en centre de généalogie, leur a demandé de grandes pièces pour l’extérieur et l’intérieur de l’église.

Vue de l'église en hiver.

Des pièces d'art en cuir seront exposées à l'extérieur de l'église de Latulipe-et-Gaboury, récemment transformée en centre généalogique.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Deux bannières seront notamment affichées à l’extérieur, un défi intéressant selon Jean-Pierre Leduc, puisque le cuir devra résister à toutes intempéries.

M. Leduc a longtemps travaillé avec des Cris à Chibougamau et a confectionné des pièces pour eux, dont certaines pour des compétitions de portage. Mme Tokarz conçoit aussi des ceintures pour des jupes à rubans en collaboration avec une artiste autochtone de la Première Nation de Timiskaming.

Une large ceinture avec deux plumes découpées dans le cuir.

Une ceinture confectionnée par Catherine Tokarz pour une jupe à rubans, une tenue autochtone traditionnelle.

Photo : Gracieuseté Catherine Tokarz

Un legs

Le couple apprécie la liberté artistique que lui procure le cuir, mais aussi son côté durable, surtout dans un monde de surconsommation. Ce travail s’harmonise également avec son mode de vie autosuffisant.

De voir aussi mes affaires après tant d'années, c’est encore là, c'est encore utilisé! C’est un petit peu le but de pourquoi on met tant d’heures à le faire.

L’histoire d’amour de M. Leduc avec le cuir s’est d’ailleurs forgée en quelque sorte avec un legs, en rachetant à bas prix la collection d’outils et de dessins d’un artisan du cuir décédé.

Les deux personnes sont penchées en regardant un livre avec des dessins.

Le couple regarde des motifs qu'il a utilisés dans des créations.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

J’ai toujours conservé les avoirs de ce monsieur-là, avec ses livres, même ses propres dessins qu’il a faits toute sa vie. J'ai tout conservé pour 500 $. Je trouve qu’aujourd’hui, pouvoir le transmettre à Catherine et la voir œuvrer avec les outils d’un homme qui a passé sa vie dans cette passion, c’est d’honorer quelqu’un, dit-il, émotif.

À leur tour, les artisans de Moffet espèrent transmettre ce savoir à leurs enfants pour ne pas qu’il se perde.

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