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L'usine de transformation Marinard, qui a été longtemps l'un des plus importants transformateurs de crevette nordique au pays, se tourne vers le homard pour survivre.
L'usine transforme un peu de crevette, mais avec la baisse draconienne des stocks, 1,5 million de dollars a été investi dans des équipements de transformation de homard.
Cette diversification permet à la fois de maintenir les 120 emplois, tout en offrant une plus grande capacité de production pour le homard gaspésien, dont l'industrie connaît des débarquements records.

Avec des débarquements records de homard sur la pointe de la péninsule gaspésienne, l'usine Marinard pourrait occuper un rôle clé les prochaines saisons pour permettre d'absorber la hausse des captures dans la région.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Marinard a toujours été considéré comme un fleuron de la transformation de la crevette nordique. Mais avec la crise qui sévit, c'est le homard qui permet de garder la tête hors de l'eau et de ne pas mettre la clé sous la porte.
Jeudi dernier, l’usine a transformé du homard et de la crevette la même journée. Une première pour l’entreprise.
Actuellement, on parle qu'il y a seulement quelques bateaux de crevette en mer, donc il y a des semaines qu'on aurait pu travailler 1 journée, 2 jours, peut-être 3, bien là, avec le homard, on s'assure de pouvoir travailler 5 jours par semaine et de faire des semaines complètes de travail.

Patrick Samson est le directeur des opérations chez Marinard et travaille pour le plus gros employeur de Rivière-au-Renard depuis 14 ans.
Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares
Et chez les 120 employés, dont 80 travaillent en usine, on se dit extrêmement reconnaissant de ce virage qui permet de sauver leur gagne-pain.
France Cloutier travaille chez Marinard depuis 27 ans. Elle a connu les hauts et les bas de l’industrie.
L’arrivée du nouveau propriétaire E. Gagnon et fils en 2023 a apaisé bien des inquiétudes, tient-elle à souligner avec gratitude.
C'est qu'on peut faire nos timbres avec le homard, ça nous fait un 12 semaines assurées pour être éligible à l'assurance-chômage, souligne l’employée.

France Cloutier estime que l'arrivée du nouveau propriétaire E.Gagnon et fils a permis d'apporter de la stabilité dans une industrie en crise.
Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares
E. Gagnon et fils est spécialisé dans la transformation du crabe des neiges et du homard.
Avec cette nouvelle ligne de production, le crustacé est cuit à l'usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé et les pinces sont ensuite envoyées à Rivière-au-Renard pour être décortiquées, ensachées ou mises en boîte pour le marché québécois ou de l’exportation.

La transformation du homard exige davantage de travailleurs, par rapport à d'autres espèces, ce qui représente un enjeu pour l'industrie.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Cette diversification permet certes de sauver des emplois, mais aussi d'augmenter de façon importante la capacité de production de E. Gagnon et fils qui opère à pleine capacité à son usine de Ste-Thérèse-de-Gaspé.
Avec la situation dans la crevette, c'est certain que pour nous l'emplacement était stratégique, explique le vice-président de l’entreprise Bill Sheehan. Et avec les débarquements de homard à Rivière-au-Renard qui risquent d'être plus importants que la crevette et avec les nouvelles émissions de permis et les augmentations de volume, ça nous permet de couvrir plus de terrain et d'avoir accès à plus de matière première.

Bill Sheehan est vice-président de l'entreprise de transformation E. Gagnon et fils à Sainte-Thérèse de Gaspé.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Avec un quota total qui est passé de 30 000 tonnes en 2015, à 5400 tonnes cette année dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, il aurait été impensable de transformer seulement de la crevette.
Anciennement, chez Marinard, quand on travaillait à 3 quarts de travail, on avait une capacité de 900 000 livres à un million de livres par semaine, se souvient le directeur des opérations Patrick Samson.

À partir de cette saison, la marque maison de Marinard «La Marinière» va à la fois commercialer de la crevette nordique et du homard gaspésien.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
Au Québec, il ne reste que deux usines de transformation de crevette, soit Marinard, mais aussi Crevette du Nord Atlantique, à l’Anse-au-Griffon, le village voisin.
Elles se partagent, grosso modo, un maigre six millions de livres.
Les signes sont quand même encourageants, mais on n'est quand même pas à des niveaux qui permettent d'atteindre les seuils de rentabilité. On a essayé les deux premières années la transformation de la crevette de Norvège, mais les captures là-bas sont plus difficiles et les coûts, notamment liés au transport, font que ce n’est pas une avenue qui est viable.
À court terme, transformer davantage de homard chez Marinard pourrait être rentable, mais c'est la pénurie de main-d'œuvre et l'obligation d'embaucher des travailleurs étrangers qui freinent les ardeurs des propriétaires.


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